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Renault : les nuages restent nombreux.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 11 mai 2018 (numéro 941) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Chez Renault, il y a toujours le risque du non-respect des normes. Dans son expansion mondiale, le groupe Renault, qui est propriétaire d’un peu plus de 43 % de Nissan (et de ses sous-marques, dont Datsun et Infiniti, plus le contrôle du constructeur Mitsubishi), se trouve dans une situation un peu scabreuse, et, à l’échéance de son mandat, Carlos Ghosn pourrait bien se retrouver assailli de quolibets, pour ne pas l’avoir préparée. Même s’il n’est pas prouvé (pourtant, Ségolène Royal a utilisé les moyens de l’Etat pour le chercher) qu’il y ait eu tricherie en ce qui concerne les logiciels de contrôle de la pollution, ce qui est certain, c’est que Renault part de loin, ayant retenu des systèmes de dépollution « à l’économie ».
Là où PSA a fait des efforts pour utiliser les meilleurs procédés, ce qui était assez coûteux, le groupe Renault, par souci d’économies, par défaut de marges peut-être, a décidé de faire juste le strict minimum, et le constructeur s’est fait « rattraper par la patrouille », alors que, en 2016, le constructeur au losange avait juré qu’il allait très rapidement tout faire pour pouvoir répondre aux normes, et corriger les défauts sur ses véhicules trop polluants. Renault avait annoncé que le 1,3 million de voitures concernées allait être traité le plus rapidement possible.
Au printemps de 2018, 95% des voitures trop polluantes “non corrigées”.
C’était en 2016, au milieu du printemps de 2018, le moins qu’il soit possible de dire, c’est que le boulot n’a pas été fait. Quelques mois après le scandale du « Dieselgate », suite à la découverte de logiciels de tricherie chez Volkswagen, Renault avait annoncé, en avril 2016, qu’il allait rectifier au plus vite les véhicules concernés. Le constructeur avait indiqué avoir trouvé le moyen de réduire les émissions de NOx en élargissant la plage de température de fonctionnement de ses systèmes de dépollution et en modifiant son autre dispositif, le piège à NOx. Tous les véhicules en circulation qui étaient concernés (Renault Espace, Kadjar, Talisman, Dacia Lodgy et Dokker, Mégane…) auraient également une mise à jour logicielle, à la demande de leurs propriétaires. Plutôt que de procéder à un rappel généralisé, Renault a envoyé un petit courrier d’information, non coercitif, à l’ensemble des propriétaires de voitures concernées. Il n’y avait pas d’urgence, et les courriers sont allés à la poubelle, pour la plupart du temps.
Très peu de personnes sont venues, moins de 1 % du parc concerné. La mise en place de ces rectifications, lors des visites dans les garages du réseau Renault, n’a été imposée qu’au tout début de l’année 2018. Alors que le groupe PSA publie avec régularité des listes complètes de consommation et de pollution de ses véhicules en usage réel, chez Renault, la transparence n’est pas de mise. Comme chaque rectification et les modifications ont un coût (main-d’œuvre plus pièces et adaptation des logiciels), que l’on peut estimer quelque part entre 150 et 250 euros selon les véhicules, on peut considérer que cette politique de « rappels volontaires » a eu comme conséquence de doper le résultat des années 2016 et 2017, artificiellement, en différant la dépense sur les années à venir, et encore, pas de façon certaine.