La jeune pousse ubérise les auto-écoles et les services liés à l’automobile.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Benjamin Gaignault, fondateur d’Ornikar : « Il n’est pas normal que le Code de la route, qui reste l’examen le plus passé dans le monde, n’ait pas subi une transformation pédagogique de son apprentissage. »

L’auto-école en ligne Ornikar a clôturé un tour de table de 10 millions d’euros, réalisé auprès d’Idinvest Partners, Partech Ventures, Elaia Partners et Brighteye Ventures. Il s’agit d’un événement dans le secteur de l’automobile car le développement d’Ornikar marque l’ubérisation du secteur des auto-écoles, mais aussi de toutes les entreprises qui proposent des services liés à l’automobile. Lancée en 2014, Ornikar est une auto-école en ligne. L’entreprise évoque « un tournant décisif » et « une belle revanche » car son histoire a été jalonnée de procès, émanant notamment d’associations et de syndicats de l’apprentissage de la conduite qui s’opposaient à ce modèle d’enseignement.

Le site Web permet d’apprendre le Code de la route en ligne et de prendre rendez-vous pour des cours de conduite avec des moniteurs diplômés inscrits comme auto-entrepreneurs autour de son lieu de résidence. Ornikar propose notamment une formation qui coûte 749 euros (Code de la route + 20 heures de conduite). Avec ce financement, l’entreprise souhaite donner « une nouvelle impulsion au développement d’Ornikar en France et à l’international ». Présente dans 250 villes françaises, elle compte étendre ses services à d’autres pays européens d’ici à la fin de l’année et elle souhaite également élargir son offre à la vente de voitures et d’assurances, notamment pour les jeunes conducteurs. Benjamin Gaignault, fondateur d’Ornikar, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : La création d’une auto-école en ligne semble un concept simple. Or, si d’autres ne l’ont pas fait, ce ne l’était finalement pas autant que cela... Pourtant, on aurait pu voir arriver des auto-écoles ou des éditeurs de Code de la route sur ce marché. Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer ?

Benjamin Gaignault : C’est une bonne analyse. En effet, lorsque nous avons créé cette entreprise, nous avions 24 ans et, avec mon associé, nous avons été « victimes » des auto-écoles. Autour de nous, nous entendions toujours le même discours comme « C’est trop cher », « C’est trop long » ou « Je n’en peux plus de cette auto-école… » En entendant tout cela, nous avons pensé qu’il y avait clairement quelque chose à faire en France. En voyant l’émergence d’Uber, nous nous sommes dit qu’il y avait une opportunité pour apporter à l’auto-école une évolution numérique car cette profession n’a jamais évolué. Il faut savoir que la moyenne d’âge d’un gérant d’auto-école est de 55 ans et que c’est une profession qui n’attire plus les jeunes, parce que l’on ne gagne pas d’argent. Le modèle ne fonctionne pas, le marché est limité et l’État donne des places d’examen au compte-gouttes. Une auto-école a la capacité d’accueillir en moyenne six élèves par mois en France aujourd’hui.

Donc, créer une société pour accueillir six clients par mois, cela devient forcément compliqué… Les gérants qui sont en place sont assez éloignés du digital et les éditeurs, comme Codes Rousseau, avaient évidemment peur d’un manque à gagner. En effet, leurs clients sont des auto-écoles et le premier qui s’adresserait directement aux élèves prendrait le risque de perdre ses clients auto-écoles. Il n’est pas certains que ces éditeurs puissent tenir financièrement le temps que la situation se débloque. C’est la raison pour laquelle ils n’y sont pas allés. Maintenant, nous avons rencontré de nombreuses difficultés. Nous avons été créés en 2013, il a fallu deux ans et demi pour obtenir une autorisation, parce que c’est un marché où la pression syndicale est assez forte et tout cela coûte de l’argent. Nous avons fait une première levée de fonds en 2014, c’est ce qui nous a permis de tenir, mais sans cette levée de fonds, les choses auraient été beaucoup plus compliquées. Au bout de trois mois, nous avions déjà un procès avec douze mois de prison ferme pour les fondateurs et 50 000 euros d’amende ! Évidemment, c’était complètement démesuré…

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