Bouygues est paré pour une nouvelle période de croissance.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 6 avril  2018 (numéro 936) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Chez Bouygues, la troisième étape se prépare. Il y a eu le fondateur, Francis Bouygues, il y a eu le développeur, Martin Bouygues, et on se pose des questions pour savoir ce que fera la troisième génération, si elle sera en capacité de développer ou si elle choisira de « plier les gaules », et d’arrêter la diversification qui a été initiée par Francis Bouygues puis continuée et développée par Martin Bouygues. Le groupe Bouygues est aujourd’hui étroitement contrôlé par la famille fondatrice, qui détient un peu plus de 21 % du capital sans compter les parts détenues en direct par la veuve de Francis Bouygues, et par les salariés, qui détiennent un peu plus de 20 % du capital, une participation qui a monté au fur et à mesure des plans d’intéressement du personnel, avec une forte contribution de la part du groupe. Si l’on ajoute la famille fondatrice et les salariés, on aboutit à une structure capitalistique assez facilement identifiable, et à un contrôle rendant quasiment impossible une offre hostile.

Le groupe Bouygues est un grand groupe dans la construction, ceci dit, la diversification est beaucoup plus intéressante en ce qui concerne la contribution aux résultats ou l’influence que sa part dans le chiffre d’affaires. Si l’on additionne la partie médias et télécommunications, on n’arrive pas tout à fait au quart du chiffre d’affaires, la construction, à travers le BTP, les travaux publics, le génie électrique et thermique, l’aménagement urbain (Colas est numéro un mondial de la route) ou encore la promotion immobilière, reste au cœur du groupe Bouygues, célèbre par son logo, le « minorange ». Au cours des dernières années, quand on regarde les comptes du groupe Bouygues, on a l’impression d’une grande stagnation. 


Un “faux plat” durant cinq années de changements.

Pourtant, même si avec 32,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 contre 33,35 milliards au 31 décembre 2013, il y a une impression de stagnation, voire même de légère baisse, il y a eu quand même des évolutions particulièrement fortes, notamment avec une amélioration sensible du résultat opérationnel, passé de 1,25 milliard à 1,53 milliard, après un trou d’air, en 2015, à 668 millions d’euros. Sur le résultat net, il en est de même. La perte de 2013 n’était pas normale, elle venait de la dépréciation des titres Alstom, ce n’était pas quelque chose de répétitif. Le résultat net de 1,205 milliard d’euros en 2017 est plus représentatif de l’évolution des comptes de l’entreprise. Au cours des dernières années, bien qu’il ait fallu investir dans les télécoms, pour redresser les marges, pour développer les réseaux, le groupe a renforcé ses fonds propres, d’années en années, tout en diminuant son endettement net. Le désendettement du groupe Bouygues lui a permis, très récemment, de racheter le groupe suisse Alpiq Engineering, pour une valorisation de 725 millions d’euros.

Il s’agit d’une acquisition qui reste dans le BTP, mais qui entre également dans des services parallèles, puisque le groupe Alpiq compte 7.650 employés, et a réalisé en 2017 1,44 milliard d’euros de chiffre d’affaires dans les services techniques aux infrastructures (énergie, ferroviaire…) et au bâtiment (essentiellement en Suisse, 57 % du chiffre d’affaires, en Allemagne (24 %), et en Italie), ce qui accroît la diversité de l’activité du groupe Bouygues, lequel est toujours essentiellement franco-français, puisque la France, l’an dernier, représentait encore plus de 63 % du chiffre d’affaires. Bouygues se place en concurrent du groupe Engie, ou des activités spécialisées de services techniques aux infrastructures du groupe Vinci. Avec l’acquisition d’Alpiq, il prend le contrôle d’un agglomérateur, qui servira vraisemblablement de base, dans le futur, pour acheter des PME de taille plus ou moins grosse, un peu à la manière de l’acquisition en 2016, par le groupe Spie, de l’allemand SAG.

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