Vers la Révolution. Et si la France se soulevait à nouveau ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Fabrice Grimal a 37 ans. Diplômé de l’ESSEC, il dirige une start-up dans le domaine de la musique et il incarne cette nouvelle jeunesse qui ne croit plus dans nos institutions et qui s’intéresse aux mouvements d’idées alternatifs. Dans son livre, ce jeune « geek » livre une réflexion musclée sur la situation politique et sociétale française, en faisant le constat d’une paupérisation croissante des salariés et des entrepreneurs, et d’une baisse du niveau de vie des retraités qui ne peuvent plus aider leurs enfants ni leurs petits-enfants... Cela, d’un regard cruel du peuple à l’égard des élites qui sont discréditées et d’une absence de confiance à l’égard des institutions, y compris de la justice. Pour l’auteur, tous ces facteurs sont annonciateurs d’une révolution. Il pose l’hypothèse d’une révolution qui interviendrait en 2023, un an après l’élection présidentielle de 2022, qui verrait la réélection d’Emmanuel Macron…

L’ensemble du livre comporte une analyse de la situation actuelle et aussi une enquête approfondie sur les révolutions. D’abord, dans tous les pays où il y a eu des révolutions, la population disait toujours « Cela ne se produira jamais chez nous… » : « Exactement. Tout le monde disait cela... Même les révolutionnaires disaient cela la veille ou l’avant-veille, que ce soit Robespierre, Desmoulins ou Lénine… Aucun d’entre eux ne s’attendait à faire une révolution, puisque même Lénine disait à ses amis : « On fait ce que l’on peut pour faire avancer les choses, mais il est certain que je ne verrai jamais cette révolution de mon vivant… » La révolution a toujours été une surprise, car on pensait que le régime était totalement immuable et que rien ne pourrait l’abattre jusqu’à la veille ou l’avant-veille des événements ». Autre enseignement : on a toujours tendance à penser qu’une révolution surgit lorsque le peuple est en pleine misère, or il confirme qu’il ne faut pas croire que ce sont la famine et la pauvreté qui entraînent une révolution : « Ce n’est pas automatique du tout. Au contraire, quand on a vraiment faim, on doit passer son temps à trouver à manger pour sa famille et ses enfants, et on n’a pas vraiment le temps de se lancer dans des considérations politiques et de se déplacer pour contester... On doit d’abord manger. Il n’y a pas plus anti-révolutionnaire que la famine ! En revanche, ce qui est révolutionnaire, c’est un état de misère générale et c’est surtout un décalage entre le peuple et les élites, un décalage croissant qui paraît inéluctable. C’est-à-dire lorsque l’on n’a pas les cartes permettant de changer les choses pour aller vers une autre direction ».

Or, pour Fabrice Grimal, c’est ce qui se passe en France : « On n’est jamais devenu riche par le salariat, mais aujourd’hui encore moins ! À l’époque de mes parents, il y avait la sécurité de l’emploi, même lorsque l’on n’était pas fonctionnaire. Les entreprises faisaient confiance aux salariés, les salaires augmentaient, alors qu’aujourd’hui tout stagne. On sait qu’avec un salaire très correct on arrivera à peine à rembourser l’emprunt de sa maison et qu’il ne restera plus rien à donner aux enfants… Évidemment, plus de résidence secondaire, puisque c’est le coup de bâton… Pendant ce temps, on apprend que Bernard Arnault a gagné 800 euros par seconde l’année dernière et qu’il a gagné en une année de quoi payer la moitié de l’impôt sur le revenu des Français à lui tout seul ! Les inégalités ne font qu’augmenter, l’écart se creuse sans cesse, et c’est cet écart qui est important, plus que la misère absolue ».

Justement, la jeunesse est désespérée et, pour l’instant, cette jeunesse survit parce qu’il y a les parents et les grands-parents qui sont là... Mais il explique aussi que dans quelques années, ces jeunes ne seront plus aidés puisque les grands-parents n’en auront plus les moyens : « Il y a la CSG qui augmente, les revenus qui baissent ou qui stagnent, les personnes âgées qui vont devoir se payer des maisons de retraite hors de prix et il n’y a plus que dans les classes aisées que les grands-parents font des gros chèques aux petits-enfants... Ces transferts intergénérationnels étaient en hausse à une période, mais on constate qu’ils baissent en ce moment. Ces transferts sont de moins en moins possibles. La France reste évidemment un pays riche, mais cette richesse est de plus en plus concentrée. C’est une ambiance générale de chacun pour soi et c’est le chacun pour soi absolu, puisque les parents ne peuvent même plus aider leurs enfants. Les donations sont taxées, l’impôt sur les successions devient confiscatoire, on est obligé de vendre tous ses biens, le patrimoine ne se transmet plus... C’est vraiment chacun pour soi. Tout cela est bien symbolisé par notre président ».

L’autre facteur déclencheur d’une révolution, c’est lorsque l’on constate que la démocratie n’existe plus, avec la confiscation du pouvoir par les élites et la bureaucratie européenne : « Il faut tous ces éléments pour que le peuple se sente dépossédé de son argent et de son droit de choisir un gouvernement qui le représente et qui puisse faire les choses qu’il a promises pendant sa campagne. Le problème, c’est que le peuple a le choix entre des gens qui promettent ce qu’ils sont obligés de faire - Emmanuel Macron était obligé d’appliquer le programme de l’Union européenne et il a promis de le faire - et des gens qui promettent l’inverse, mais qui ne pourront pas le réaliser, parce qu’ils ne seront jamais élus, parce que le système fait que certaines personnes n’ont aucune chance d’être élues. D’ailleurs, même une fois élues, l’Europe interdirait à ces personnes de faire les trois quarts de ce qu’elles ont dans leur programme. Cela vaut pour Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et d’autres candidats… »

Dans cette situation, il observe aussi que les gouvernants ont des attitudes de plus en plus dictatoriales : « Cela abuse de moins en moins de personnes, car ce sont des artifices de communication. Le vrai fond de l’affaire, c’est qu’ils doivent appliquer un programme parce que l’Union européenne le leur demande et parce que ceux qui ont financé leur campagne demandent également cela. Mais quand on fait des sondages dans la population, cela vaut pour la France comme pour d’autres pays européens, les réponses sont toujours non à 60 ou 70 %, or il faut quand même appliquer des nouvelles mesures… Dans ces cas-là, on devient autoritaire. On fait la chasse aux fausses nouvelles sans se demander si le gouvernement ne serait pas le premier pourvoyeur de fake news ou si la presse officielle ne serait pas aussi pourvoyeuse de fausses nouvelles... Ce n’est pas grave, on va désigner les nouvelles qui ne plaisent pas au gouvernement et on va purement et simplement les interdire. Et, si l’on a le mauvais goût d’expliquer que ce sont des méthodes soviétiques, on risque gros… »

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