L’intelligence artificielle va-t-elle bientôt remplacer les journalistes ?

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Claude de Loupy, président de Syllabs : « La seule valeur ajoutée que l’on trouvera dans les médias, c’est justement le journaliste. »

Les journalistes seront-ils remplacés demain par de l’intelligence artificielle ? Syllabs est à l’origine d’une technologie de rédaction automatique de contenus à partir de données. L’entreprise vient de lever 2 millions d’euros auprès de West Web Valley, du groupe Ouest-France et du fonds BNP Paribas développement. Depuis 2006, Syllabs s’est spécialisée, en tant que laboratoire de recherche privé, dans le traitement automatique des langues. Ses travaux de R&D l’ont conduite à mettre au point un moteur de rédaction basé sur un algorithme qui collecte, trie et organise des données et les reformate en contenu rédactionnel ciblé. Syllabs travaille pour différents acteurs du tourisme, du commerce en ligne ou de l’immobilier qui ont des besoins en contenus pour leurs sites comme Voyages-sncf.com, mais aussi pour des médias français. En 2015, Le Monde a utilisé sa technologie lors des élections départementales afin de produire des articles locaux sur les résultats des 36 000 communes et cantons concernés par le scrutin. L’entreprise a également développé une solution automatique de valorisation de contenus par des liens qu’elle commercialise à des médias comme Les Échos, Slate ou France TV. Claude de Loupy, cofondateur et président de Syllabs, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : On parle beaucoup de l’intelligence artificielle, qui est associée pour le grand public à la reconnaissance vocale comme Siri mais, pour la première fois, vous développez une intelligence artificielle presque capable de remplacer un journaliste… On dit que, demain, l’intelligence artificielle va supprimer beaucoup d’emplois au sein des professions intellectuelles, comme les avocats ou les journalistes, est-ce une première approche à travers ce que vous faites ?

Claude de Loupy : Je ne suis pas d’accord, pour plusieurs raisons. D’abord, notre technologie ne fait pas de journalisme, mais de la rédaction. Nous transformons une information qui est sous forme de données, donc peu intelligible pour la plupart des gens, et nous la transformons en une information intelligible sous forme de texte. Cela ne veut pas dire que l’on fait du journalisme, mais que nous sommes en mesure de produire une information plus ou moins brute, avec parfois un peu d’analyse, puisque la technologie est, par exemple, capable de dire, en comparant des appareils photos, que le zoom est très puissant par rapport au prix. Mais cela s’arrête là. Dans ce concept d’intelligence artificielle, le fantasme associé vient de l’idée que la machine serait capable d’avoir une intelligence du même niveau qu’un être humain, ce que personne ne peut prévoir. Cela arrivera peut-être dans vingt ans, dans cent ans, ou peut-être jamais…

Tout ce que l’on peut lire là-dessus est faux puisque personne ne peut savoir ce qui va arriver. Il y a un fantasme qui est logique. C’est mon domaine, je vois bien ce qui se passe, mais on ne peut pas savoir. Donc, il faut surveiller et si, un jour, on constate que l’on arrive au niveau de l’intelligence humaine, effectivement, on pourra se poser des questions. Mais ce n’est pas le cas maintenant. Aujourd’hui, nous avons des machines qui sont capables de faire des tâches extrêmement répétitives et demandant peu d’intelligence. Elles font cela d’une manière plus rapide et plus efficace qu’un être humain. Il y a évidemment un impact sur l’emploi, mais cet impact ne touche pas actuellement la profession de journaliste. Dans un journal, si nous sommes capables d’écrire un ou deux petits articles, ce sera le maximum…


Dans de nombreux journaux, les journalistes sont transformés en rédacteurs pour gagner en productivité, donc ils ne peuvent pas travailler sur le fond et c’est en fait cette partie qui va devoir se remettre en question…

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