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Air France-KLM ne dégage pas suffisamment de marges pour survivre, à terme.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 30 mars 2018 (numéro 935) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Air France va-t-il connaître le sort d’Alitalia ? Le gouvernement, dans sa mansuétude (défense de ricaner), a décidé de ramener la majoration liée à la taxe d’aéroport de 1,25 euro actuellement à 0,90 euro par passager, à partir du 1er avril (idem). Cette taxe, en théorie, sert à financer les services de sécurité, d’incendie et de sauvetage dans les aéroports. Même si le transport aérien ne reste plutôt pas mauvais, avec une croissance du trafic passager en France de 3,1 % en 2016 puis de 5,7 % en 2017, ce trafic a une croissance qui est inférieure au rythme moyen de l’Union européenne. Le pavillon français (pour l’essentiel, il s’agit d’Air France et de ses filiales), a perdu 17 points de parts de marché sur le trafic aérien français depuis 2000 et, ces dernières années, il n’a capté que 10 % de la croissance annuelle du marché domestique.
Il est très clair que les compagnies aériennes françaises en général et Air France en particulier sont grevées de taxes et de charges trop importantes, et ne sont pas en mesure d’être compétitives face à l’accélération de la concurrence. On connaît beaucoup les compagnies à bas coûts anciennes, style easyJet ou encore Ryanair. Pourtant, elles ne sont pas seules. Il y a eu une multiplication de ces compagnies, sur les courts et les moyens courriers, mais il y a eu aussi l’irruption de nouvelles concurrences à bas coûts, sur des vols longs courrier. Cela fut notamment le cas avec Norwegian Air, qui est arrivée sur le marché transatlantique, une chasse gardée de l’alliance Air France-KLM et Delta.
Offensive low-cost sur le long-courriers aussi.
Norwegian vient de lever environ 150 millions d’euros de capital nouveau pour financer sa croissance rapide et consolider sa position financière. Même si les pertes de Norwegian seront vraisemblablement plus lourdes que prévu au premier trimestre, il y a des financiers pour combler les trous, du coup, Norwegian Air va ouvrir encore des lignes nouvelles entre l’Europe et le Canada dès le mois de juillet, après avoir lancé très récemment des vols entre le Royaume-Uni et l’Argentine. Des compagnies à bas coûts se présentent aussi sur le marché africain, qui a été pendant très longtemps le précarré du groupe Air France, une rente particulièrement agréable. Pendant que certaines compagnies aériennes récupèrent du capital frais dès lors qu’elles en ont besoin, et que d’autres bénéficient de la conjoncture pour se renforcer, en récupérant à très bon compte les actifs de concurrents en difficulté, Air France-KLM s’embourbe dans des grèves à répétition de la part de ses pilotes, qui n’ont rien compris, et qui veulent imiter, vraisemblablement, le sort de la compagnie italienne Alitalia, qui est aujourd’hui au bord de la faillite définitive, sous perfusion gouvernementale depuis déjà plusieurs années.
On a tendance à l’oublier, mais les grandes compagnies aériennes sont mortelles, même si elles sont réputées solides. Certains vont penser que les chiffres de Lufthansa, magnifiques, au titre de 2017, montrent le parcours qui va être celui du groupe Air France-KLM. Cela n’est pas vrai. Il faut savoir que, à de très rares exceptions près, le groupe allemand Lufthansa a toujours été bénéficiaire chaque année entre 2008 et 2017, les très rares exceptions déficitaires de 2008 et de 2011 concernaient quelques millions d’euros de pertes, ce qui est totalement négligeable. Après avoir à peine dépassé l’équilibre en 2014, Lufthansa a sorti 1,7 milliard d’euros de résultat net positif en 2015 puis 1,78 milliard en 2016 et 2,36 milliards en 2017, sur 35,58 milliards d’euros de chiffre d’affaires.