Un maire met en vente son village sur Le Bon Coin pour dénoncer l’excès de zèle de la DDTM.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Pasquale Simeoni, maire de Manso (Haute-Corse) : « Je critique l’interprétation contraignante des services de l’État sur ces lois et règlements, qu’ils transforment en véritable punition pour la Corse. »

Manso est un charmant village de 114 habitants, situé dans le département de la Haute-Corse. Son maire, Pasquale Simeoni, vient de faire parler de lui en proposant sa commune à la vente sur le site Le Bon Coin. Une manière de dénoncer avec humour les difficultés, notamment en matière d’urbanisme, auxquelles il doit faire face : « À vendre, la commune de Manso et ses hameaux (Montestremu, Barghjana, Mansu, Tuarelli…), idéalement situés au pied du Capu Tafunatu et à vingt minutes de la mer ». Pasquale Simeoni explique que les politiques mises en place par la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Haute-Corse « en matière d’urbanisme et d’interdiction d’occupation et d’utilisation des sols (CU et Permis de construire) », menacent directement Manso. Et un numéro de téléphone figure, pour toute personne intéressée par l’annonce qui souhaiterait se renseigner sur le prix de vente… celui du directeur de la DDTM ! Cependant, dans un communiqué, le préfet de la Haute-Corse assure « que rien ne permet à ce jour de mettre en cause le fonctionnement » des services incriminés par le maire de Manso. Il précise que les administrations restent à la disposition des maires inquiets dans la réalisation de leurs projets communaux… Pasquale Simeoni n’est pas de cet avis. Il répond à nos questions.


L’Hebdo-Bourseplus : En mettant en vente votre village sur Le Bon Coin, voulez-vous rappeler avec humour à quel point l’État est interventionniste en vous empêchant de développer votre commune ?

Pasquale Simeoni : Effectivement, s’il y a une question qui préoccupe les habitants et les élus de la commune de Manso, c’est celle de l’urbanisme, car c’est de l’urbanisme que tout découle. En tant que maire, l’urbanisme me permet de maintenir une population active et permanente dans mon village, et de faire en sorte que les habitants qui vivent chez moi, les Corses de souche ou d’adoption, puissent construire une résidence principale ou secondaire pour y vivre en permanence ou y passer leurs vacances. Au-delà du trait d’humour, cette initiative traduit le profond désarroi dans lequel sont plongés de nombreux élus de l’intérieur qui entendent, du matin au soir, le discours convenu des collectivités locales et des services de l’État qui disent qu’il faut revitaliser l’intérieur. C’est écrit dans tous les documents et, dans le premier document de planification de la Corse, il est stipulé que l’objectif des communes est le maintien de la population. Nous ne sommes pas sur le littoral, où les conditions sont totalement différentes, avec une croissance démographique exponentielle.

Ce coup de communication, je ne pensais pas qu’il aurait un tel retentissement, mais nous voulions montrer le désarroi des communes rurales face à certains agissements de l’administration. Nous menons un combat quotidien pour la survie de notre commune et, pour essayer de maintenir la population que nous avons sur nos territoires, nous réalisons des travaux très importants en matière d’infrastructures. Nous réhabilitons, nous faisons de la rénovation, nous faisons de la mise en conformité, que ce soient les réseaux d’eau potable, les réseaux d’assainissement, l’entretien des routes, qui coûtent une petite fortune... Tout cela pour pouvoir maintenir un semblant de vie dans ces villages.

Or, les services de l’État semblent poursuivre des objectifs qui sont parfois différents. Ce que je critique aujourd’hui, ce n’est pas la loi Montagne, ce n’est pas la loi Littoral, parce qu’en Corse on voit souvent dans les médias un affrontement entre deux blocs avec, d’un côté, les protecteurs de l’environnement et, de l’autre, les bétonneurs et les promoteurs… Je me situe entre ces deux extrêmes. Je ne critique pas la loi Montagne, je ne critique pas la loi Littoral, mais je critique très vivement l’interprétation extrêmement contraignante, voire fermée, des services de l’État sur ces lois et règlements, qu’ils transforment en véritable punition pour la Corse. Aujourd’hui, les Corses vivent cela comme une véritable punition, parce que les services de l’État considèrent qu’un certain nombre de choses ne peuvent pas se faire. En réalité, il ne s’agit que d’une interprétation. Je peux vous citer des exemples concrets : par exemple, j’ai des administrés qui ont déposé des demandes d’urbanisme dans mon village, avec une demande de permis de construire dans un hameau. Il a été refusé une première fois, puis il a été accordé parce que les élus sont montés au créneau. La première fois, il a été refusé au motif que l’urbanisation devait se faire en continuité de l’existant. La maison était située entre d’autres maisons, dans une dent creuse, au-dessus de la station d’épuration et nous étions à des années-lumière de toute discontinuité. Je peux citer de nombreux exemples de la sorte. Je m’aperçois que ce qui s’applique pour les uns ne s’applique pas pour les autres…

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