Une biotech lève 2 millions d’euros pour traiter les maladies auto-immunes.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Véronique Pomi-Schneiter, cofondatrice de Medsenic : « Nous avons choisi d’être sur un marché de niche en traitant des maladies pour lesquelles il n’y a aucun traitement actuellement. »

Medsenic innove et exploite les nouvelles possibilités offertes par l’usage thérapeutique du trioxyde d’arsenic dans plusieurs maladies auto-immunes, actuellement en étude clinique en Europe. La société a été créée en 2010 par François Rieger, ancien directeur de recherche CNRS 1ère classe, auteur de plus de 170 publications scientifiques internationales, et Véronique Pomi-Schneiter, anciennement fondatrice et gérante d’une société de conseil auprès des entreprises en ressources humaines, communication et stratégie de développement. Sous l’égide d’un conseil scientifique de haut niveau, présidé par le prix Nobel de médecine Jules Hoffman, et soutenue par de nombreux investisseurs privés, Medsenic a accéléré son développement en 2016 avec l’arrivée d’investisseurs professionnels, Cap Innov’Est, Fa Dièse et Fist SA filiale du CNRS. L’entreprise vient de lever 2 millions d’euros.

Ces fonds vont lui permettre de poursuivre les recherches sur le trioxyde d’arsenic et les essais cliniques prometteurs menés sur des maladies auto-immunes, comme le Lupus érythémateux systémique sévère et la Maladie chronique du Greffon contre l’Hôte (cGvHD). On dénombre à ce jour 150 maladies auto-immunes qui affectent plus de 6 % de la population globale. Il s’agit de la troisième cause de mortalité après les cancers et les accidents cardiovasculaires. La cGvHD est une réaction auto-immune qui se produit à la suite de greffes de moelle osseuse. Elle touche environ 16 000 personnes dans l’Union européenne et 20 000 aux États-Unis et au Canada, ce qui la place sous la dénomination de maladie orpheline. Par ailleurs, le Lupus touche entre 160 000 et 300 000 personnes en Europe. Le trioxyde d’arsenic a fait ses preuves pour lutter contre les mécanismes auto-immuns et plusieurs maladies auto-immunes pourraient à terme bénéficier d’un traitement analogue, en particulier dans un cycle court d’injections intraveineuses. Véronique Pomi-Schneiter, cofondatrice de Medsenic, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Qu’est-ce qui vous a incitée à vous lancer dans cette entreprise ? Est-ce à la suite de rencontres ou s’agit-il d’une démarche plus personnelle ?

Véronique Pomi-Schneiter : C’est une démarche personnelle, que ce soit pour mon associé ou pour moi. Mon associé est issu de la recherche du CNRS et je suis plutôt issue du côté business, développement et gestion des ressources humaines. Nous nous connaissions depuis assez longtemps pour savoir que l’on pouvait travailler ensemble et, ce qui nous intéressait, c’était la sclérose en plaques, notamment pour des raisons personnelles. Le CNRS avait un brevet à valoriser sur le traitement des maladies auto-immunes avec du trioxyde d’arsenic et il a demandé au professeur François Rieger de voir s’il était possible de valoriser ce brevet. Nous avons étudié l’ensemble, lui pour la partie scientifique et moi pour la partie développement, c’est-à-dire ce que l’on peut faire avec un brevet qui démarre, dans lequel il n’y a que du préclinique qui a été fait et avec quels moyens. La recherche étant extrêmement intéressante, nous avons décidé de nous lancer en créant Medsenic en 2010 en nous lançant directement sur des essais cliniques. La recherche étant déjà bien avancée, avec d’excellents résultats, nous avons eu la possibilité de démarrer un essai clinique sur l’homme en phase II.

En parallèle, il a fallu lever des fonds. Nous avons commencé en love money, c’est-à-dire des gens qui croyaient en nous et qui ont commencé à prendre des parts dans l’entreprise. Nous avons fonctionné de cette manière pendant quelques années. Les résultats étaient très bons. Nous avons fait un premier essai clinique sur le Lupus et nous en sommes à un deuxième essai clinique sur une maladie rare qui s’appelle la réaction du greffon contre l’hôte. C’est une maladie orpheline et nous traitons des patients avec du trioxyde d’arsenic. L’essai est en cours. Pour faire cet essai clinique, il a fallu lever beaucoup plus d’argent que précédemment et nous avons démarré en 2016 en levant des fonds auprès d’investisseurs, dont Cap Innov’Est et Fa Dièse. Le CNRS est venu se rajouter puisqu’il a souhaité participer à notre aventure en investissant chez nous. En 2016, nous avons levé environ 2 millions d’euros et, comme les résultats sont positifs, nous avons décidé de nous structurer davantage en accentuant toute la recherche au niveau réglementaire. Donc, il s’agit de mettre les données au propre pour commencer à avoir une visibilité médiatique, mais surtout réglementaire, au niveau de l’EMA, l’organisation réglementaire européenne. Pour cela, nous avons fait appel à nos investisseurs d’origine et nous avons refait une levée de fonds. Ils nous font confiance et nous redémarrons avec cette nouvelle levée de fonds.

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