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Les efforts d’un maire pour trouver un repreneur à sa boulangerie.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean-Louis Igier, maire de Belhomert-Guéhouville (Eure-et-Loir) : « Maintenant, les gens veulent privilégier leur vie privée avant leur métier. »
Cette histoire illustre la situation de nombreuses communes de France et elle est emblématique des difficultés rencontrées pour la survie du commerce rural. Le point de vue de Jean-Louis Igier est intéressant, parce qu’il estime que de nombreux commerçants qui s’installent n’ont plus la fibre entrepreneuriale comme il y a quelques années, car les jeunes entendent désormais privilégier leur vie privée. Le maire de Belhomert-Guéhouville, une commune de 850 habitants, située dans le département d’Eure-et-Loir, prend donc son bâton de pèlerin pour chercher un repreneur à la boulangerie locale qui vient de fermer, alors que le café du village est lui aussi menacé. Il nous explique le contexte auquel il est confronté.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous lancez un cri d’alarme après la fermeture de la boulangerie. Comment, dans une commune comme la vôtre, proche de grandes agglomérations, en arrive-t-on à perdre ses commerces de proximité ?
Jean-Louis Igier : Je vais revenir au début. Il y a quatre ans, nous avions un boulanger qui faisait bien son métier. Il a vendu sa boulangerie 120 000 euros. Cela signifie donc que les choses tournaient bien, mais il était arrivé au sommet de ce qu’il pouvait faire localement. Il a décidé de s’installer ailleurs et il a vendu son affaire à un jeune boulanger qui venait de la région parisienne. Or, au bout de six mois, c’était la déconfiture totale… Le fonds a été vendu après six mois, pour 40 000 euros, à quelqu’un du coin… Ce nouveau boulanger décide de s’installer. Mais, avec sa femme, il habite à une trentaine de kilomètres. La boulangerie est louée 780 euros par mois avec un appartement. Il arrive à 6 heures du matin, sa femme vient à 8 heures pour vendre le pain, ils ferment à 13 heures pour aller déjeuner chez eux et, le soir, c’est fermé à 19 heures. Ensuite, il n’y a pas de pâtisserie. En plus, il ferme le samedi après-midi et, le dimanche, il ferme à midi… Donc, ce couple n’était pas fait pour vivre à la campagne et exploiter un petit commerce. Il est obligé de revendre sans gagner le moindre centime. Cela ne tient pas. Il nous faut un boulanger-pâtissier qui sache travailler sur la pâtisserie, car je sais que ce commerce fonctionne si quelqu’un a du talent.
N’est-ce pas, en quelque sorte, un problème de fonctionnarisation des états d’esprit ?
Maintenant, les gens veulent privilégier leur vie privée avant leur métier. Mais quand on se lance dans un commerce à la campagne, il faut décider de faire son travail à fond pendant dix ans et, ensuite, revendre le commerce lorsqu’il marche bien. Sinon, ces gens doivent être salariés, faire les 35 heures et ne pas travailler le week-end. Je prends l’exemple de la boulangerie, mais la situation du café est à peu près identique : il est à vendre, il ne trouve pas de repreneur, il est obligé de baisser les prix en permanence… Ces gens ont dû faire des investissements avec une cuisine, ils doivent rembourser 900 euros tous les mois alors qu’ils ne font même pas de restauration ! C’est pareil, ce sont des gens qui ont des emplois du temps d’employés sans avoir une réelle volonté de s’investir.