⟵ Retour
Le gouvernement engage la réforme de l’apprentissage.
EN DIRECT AVEC...
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Catherine Fabre, députée LREM de la Gironde : « À l’issue de l’apprentissage, sept élèves sur dix trouvent du travail assez rapidement. »
Le gouvernement et la majorité entreprennent la réforme de l’apprentissage. Catherine Fabre, députée LREM de la Gironde en charge de ce dossier, estime que « le défi n’est toujours pas relevé. On peut même parler de gâchis lorsque 17 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi ni en formation – notamment ceux de ces jeunes qui se trouvent en situation de handicap – et lorsque 24 % des moins de 25 ans sont au chômage. L’une des raisons de cette situation, c’est que l’apprentissage, qui enregistre pourtant de très bons taux d’insertion professionnelle, peine à se développer, car il pâtit d’une organisation inefficace, inégale et complexe : inefficace, car malgré les budgets investis, seuls 7% des jeunes sont en apprentissage ; inégale, car l’apprentissage reste à tort un second choix, dévalorisé socialement ; complexe, car le système est trop rigide, trop administré, et les schémas de financements sont kafkaïens ». Face à cette situation, le gouvernement vient de présenter des mesures en faveur de l’apprentissage. Catherine Fabre espère que « cette réforme sera non pas une réforme de plus, mais la réforme dont l’apprentissage a besoin pour, enfin, remplir sa promesse ». Elle répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Tout le monde a conscience que l’apprentissage est une voie pour des jeunes qui ne réussissent pas facilement, mais on oublie souvent d’en parler… Le gouvernement entreprend plusieurs chantiers en matière d’éducation, dont la réforme du baccalauréat. Selon vous, celle de l’apprentissage doit-elle entrer dans cette réflexion ?
Catherine Fabre : Vous présentez l’apprentissage comme une voie réservée uniquement à ceux qui ne réussissent pas, c’est déjà une manière de mettre l’apprentissage dans un sous-domaine ! C’est un peu le problème de l’apprentissage aujourd’hui. C’est quelque chose qui n’est pas du tout valorisé dans l’esprit des Français, ce qui empêche son développement, alors que lorsque l’on regarde les performances de l’apprentissage, on s’aperçoit qu’elles peuvent être largement supérieures à un diplôme général. À l’issue de l’apprentissage, sept élèves sur dix trouvent du travail assez rapidement, c’est-à-dire dans les six mois qui suivent, donc c’est vraiment une formation qui permet l’insertion professionnelle. Même en termes de salaire, l’apprentissage n’a pas du tout à rougir de ses performances. Notre ambition va être aussi de rendre publics les embauches et les salaires de l’apprentissage afin que l’on puisse vraiment considérer l’apprentissage comme une voie prometteuse.
D’ailleurs, je vais embaucher un jeune en stage. C’est quelqu’un qui a choisi l’apprentissage alors qu’il pouvait faire des études générales et il a vraiment un parcours d’excellence qui n’a rien à voir avec un parcours qu’il aurait eu dans le général. Souvent, ce sont des jeunes qui peuvent partir à l’étranger, qui peuvent faire des stages intéressants, prendre des responsabilités dans des associations, avec un parcours riche. Des jeunes beaucoup plus matures que ceux qui sont issus des filières générales... Malheureusement, l’apprentissage pâtit d’une image très mauvaise et l’on considère que c’est une voie réservée à ceux qui sont en échec. C’est justement cette image que nous souhaitons casser pour permettre aux jeunes d’avoir le choix entre deux filières équivalentes. Nous souhaitons que la filière professionnelle, notamment l’apprentissage, bénéficie de la même estime que les études dans l’enseignement général.
Depuis longtemps, les parents rêvent que leurs enfants fassent des études de droit ou de médecine et, s’ils ne réussissent pas, l’apprentissage est alors considéré comme une roue de secours… Comment expliquez-vous cela ?