Le Testament du Chien ou à l’ombre du doute.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Gérard Fruneau est connu comme artiste peintre mais on le connaît aussi comme comédien sous le nom de Nicolas Silberg. Il a interprété de grands rôles au théâtre et il a tourné, entre autres, dans La Dame de Monsoreau, Mesrine ou La 7e Cible. L’acteur, sociétaire honoraire de la Comédie Française, vient de publier son premier roman. Il présente son ouvrage comme une « autofiction » dans laquelle il raconte le parcours initiatique d’un jeune provincial qui « monte à Paris » pour tenter sa chance au concours d’entrée du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.

Il signe son livre sous le nom de Nicolas Silberg, mais il aurait aussi pu le faire sous celui de Gérard Fruneau… Il nous explique les raisons de son choix : « Ce livre raconte le parcours initiatique d’un jeune bon à rien, épris de liberté, fils de famille bourgeoise, élevé dans les interdits et les brimades de l’enseignement catholique, qui est venu de sa province, au milieu des années 60, pour chercher à Paris son indépendance et tenter sa chance au concours d’entrée du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Une grande école qui lui apporterait la confiance en soi et la reconnaissance qui lui faisaient tant défaut. Quand je suis parti à Paris, je suis rentré dans un cours. Mon nom était Fruneau, mais on m’a appelé Trumeau, Fourneau, Plumeau… Le professeur m’a conseillé de changer de nom en me disant : « Tu n’y arriveras jamais ! ». J’ai fait une anagramme avec le nom d’une fille de province, dont j’étais amoureux quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai pris des lettres dans son nom et c’est devenu Silberg. Je détestais le prénom Gérard et je trouvais que Nicolas était un joli prénom. Donc, je me suis baptisé Nicolas Silberg. Et cela a fonctionné…»

Ce livre est aussi un hymne à la vie puisque ce jeune bon à rien avait surtout une énorme envie de vivre : « Il avait une énorme soif d’indépendance et de liberté. La liberté a toujours été mon moteur, tout comme la fierté de ne rien devoir à personne. Mon père me traitait de fainéant, tout était terrible dans ce milieu bourgeois et je voulais absolument lui prouver que j’étais capable de faire quelque chose dont il n’aurait pas à rougir. Alors, je me suis lancé dans ce parcours. Un jour, il a été reconnaissant. Il est venu à la Comédie Française, beaucoup plus tard, pour me voir dans Dom Juan avec Georges Descrières et Jacques Charon. C’était encore l’époque des soirées habillées et j’ai vu mon père sortir un mouchoir de la poche de son costume. Il avait les larmes à l’œil et j’ai vu deux boules de naphtaline tomber… Il avait fini par m’appeler Nicolas, cela veut dire que je m’étais battu et qu’il avait quand même une petite fierté… »

Dans cet ouvrage, on observe aussi une grande nostalgie de cette époque des années 60 et 70 : « Tout était permis... Le sida n’existait pas, on faisait l’amour sur les plages, c’était la liberté absolue pour les enfants ». Finalement, ce plaisir de la vie l’a empêché de faire une carrière comme Alain Delon ou d’autres grandes vedettes : « Mon livre s’appelle « A l’ombre du doute » et je n’ai jamais arrêté de douter de moi... Je pense que quand on ne fait que douter, on ne fait rien. En revanche, si l’on est sûr de soi, on devient insupportable de fatuité. La définition de l’artiste, c’est celui qui doute avec certitude... J’ai toujours douté du résultat, mais j’étais persuadé que ce que je faisais me conduirait à ma vérité et à ma gloire. Elle serait relative, mais ce serait la mienne et je ne la devrais à personne. Effectivement, je remercie tous les jours le ciel d’être sur Terre. Le bonheur, c’est une succession d’états, une jolie fille qui passe, un bon vin... Et plus ces instants de bonheur sont rapprochés, plus on s’approche du plaisir d’être sur Terre… »

C’est finalement un très beau voyage dans le temps qu’il nous propose : « C’est surtout un testament, que j’appelle le testament du Chien. J’avais la réputation de courir après les jeunes femmes, accompagnées ou pas, et j’avais souvent du succès. Et puis, je ne lâchais pas mes proies… Alors, on m’a appelé le Chien. Ce livre est très précis dans le temps, car si je n’étais pas entré au Conservatoire, j’étais condamné à revenir dans les transports Fruneau pour faire le déménageur ou diriger l’entreprise... Cette période est extrêmement décisive parce que, à force de volonté, d’opiniâtreté, de hargne, d’envie de vivre et d’exister, j’ai ouvert la porte à ce qui a déclenché tout le reste. Cette période n’est pas longue, elle va de février 1967 à octobre 1967. On retrouve des personnages qui ont existé, d’autres qui n’ont pas existé, et c’est ce côté romanesque qui me plaît bien ».

« Le Testament du Chien » ou « À l’ombre du doute » de Nicolas Silberg est publié aux éditions La Mouette.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.