Moyen-Orient, plus que jamais, une zone à risques.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 26 janvier 2018 (numéro 926) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

La péninsule arabique et le golfe arabo-persique sont plus que jamais au bord de l’explosion. Avant la guerre de 1914-1918, l’ancien Empire ottoman étendait soninfluence sur la côte de la Mer Rouge jusqu’à la limite du Yémen, et sur la plus grosse partie de l’actuel Irak, jusqu’à Bassorah. C’était une sorte de grand croissant, avec maîtrise des « lieux saints » de l’Islam, notamment La Mecque et Médine, au bénéfice du sultan, qui siégeait à Constantinople. Pour maîtriser la route vers son vital« empire des Indes », le Royaume-Uni avait installé un protectorat sur l’Egypte, contrôlait également le Soudan anglo-égyptien, avec donc la maîtrise de la côte occidentale de la Mer Rouge, du Sinaï, et, sur le sud de l’Arabie Saoudite, le protectorat d’Aden, un protectorat sur Oman et toute une myriade d’émirats, dont l’actuel Qatar, les Emirats Arabes Unis, et le Koweït. L’Italie, qui avait conquis en 1912 la Tripolitaine et la Cyrénaïque (côtes méditerranéennes de l’actuelle Libye), et à la fin du XIXe siècle l’Erythrée, sans oublier une grosse partie de la Somalie, était présente dans la zone, mais ne rivalisait pas avec l’empire britannique. Bien qu’étant intervenu régulièrement pour protéger les chrétiens de l’empire ottoman, notamment dans des opérations au Liban sous Napoléon III, la France n’avait pas d’ambition territoriale dans la zone, et avait juste une implantation à Obock et à Djibouti, en face d’Aden, afin de disposer d’une base pour ses navires à vapeur, pour “y faire du charbon”. 


La Russie y a une longue histoire.

A l’époque, la Perse était partagée entre une influence russe sur le Nord, et une influence britannique sur le Sud, notamment sur les régions pétrolières, à travers la British Anglo-Persian Oil Company, devenue ultérieurement BP. L’effondrement des empires a eu pour conséquence la mise en place d’une myriade d’Etats, rivaux les uns des autres, et qui cherchent, depuis presque un siècle, à prendre l’ascendant, à dominer le paysage local. Ibn Saoud, fort de l’appui des Américains, rivaux de l’empire britannique, a eu les armes lui permettant de conquérir une vaste zone alors désertique et, ultérieurement, de prendre le contrôle, armes à la main, des lieux saints de l’Islam, afin de s’en autoproclamer le protecteur. Faute de récupérer l’Irak, bien trop peuplé, la Transjordanie et la Syrie, l’Arabie Saoudite s’est concentrée sur l’exploitation de ses énormes gisements de pétrole, et, manne toute aussi rentable, sur son monopole dans l’organisation des pèlerinages, une obligation de tout bon musulman qui se respecte. Lors des accords Sykes-Picot de 1917, la France et le Royaume-Uni s’étaient partagé leurs zones d’influence avec la Palestine et la péninsule arabique et le bas de l’Irak pour le Royaume-Uni, Bagdad compris, la Syrie, le Sud de l’Anatolie, le Kurdistan et l’ancienne Arménie, sans oublier le nord de l’Irak pour la France. La France ayant abandonné à la Turquie moderne tout le plateau anatolien et l’ancienne Arménie, il n’a pas été question de créer un Etat kurde, ce qui était envisagé, sous protectorat français, et depuis, les frontières ont beau être stables, la zone reste une poudrière.


Frontières figées, mais montée des régimes “chiites”.

La fondation de l’Etat d’Israël en 1947 suivie des différentes guerres israélo-arabes de 1947, 1956, 1967 et 1973, avec à chaque fois une défaite des coalitions arabes a eu pour conséquence un maintien du statu quo en ce qui concerne les frontières, mais, dans la période récente, cela a tendance à bouger. Les interventions américaines en Afghanistan puis en Irak ont eu pour effet l’arrivée d’un régime « démocratique » en Irak, et la prise de pouvoir de la majorité chiite avec une volonté de revanche sur la minorité sunnite, qui pendant longtemps était assez oppressante à son égard. En Syrie, une révolte financée par des fonds arabo-émiratis a eu pour conséquence une très sanglante guerre civile, qui est en train progressivement de s’achever, 400.000 morts et 4 millions de réfugiés ont aujourd’hui quitté la Syrie, qui est devenue un champ de ruines. Le régime syrien a été appuyé par l’Iran des Mollahs, notamment à travers le Hezbollah libanais, sans oublier le retour sur la zone de l’influente « Sainte Russie », qui a toujours eu un intérêt sur cette région, pour remplacer la France en qualité de protecteur des lieux saints peut-être, mais pour garder un œil sur la production pétrolière, la Russie étant l’un des principaux producteurs mondiaux, avec les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite se sent en danger et a décidé de liquider ce qui est appelé localement « l’encerclement chiite ».

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