Moyen-Orient, plus que jamais, une zone à risques.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 19 janvier 2018 (numéro 925) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Nous allons célébrer, dans quelques mois, le centenaire de la fin de l’horrible boucherie qui toucha l’Europe et une partie du bassin méditerranéen, entre août 1914 et lemilieu du mois de novembre 1918. Cette guerre de 1914-1918 a entraîné des bouleversements énormes au Moyen-Orient, dont les effets sont encore visibles aujourd’hui. Affaibli depuis déjà plusieurs décennies, l’empire ottoman, convoité par les Tsars de la Sainte Russie, s’est effondré du fait de son alliance avec l’Allemagne de Guillaume II, et ne s’est pas relevé depuis, malgré la constitution, autour de la population d’origine turque, de la « Turquie moderne », qui engloba l’essentiel du Kurdistan, les Arméniens ayant été massacrés ou expulsés, tout comme les Grecs d’Asie mineure, ce pays était, sinon ethniquement homogène, du moins à majorité religieuse musulmane sunnite, ce qui, dans un Etat en théorie laïc, pouvait être une sorte d’anachronisme. L’empire ottoman, après avoir perdu la Cyrénaïque et la Tripolitaine (Lybie moderne), dans la foulée de la perte de l’Egypte, tombée sous protectorat britannique au XIXe siècle, a perdu, du fait de la guerre de 1914-1918, la domination plus ou moins forte sur la péninsule de l’Arabie Saoudite (hors Aydin, Oman, et la zone côtière sous influence britannique, tout comme le Koweït), et, bien évidemment, la Syrie, la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, riche région pétrolifère.
Durcissement du régime.
Depuis sa « nuit des longs couteaux » à lui (pour faire une analogie qui n’est pas obligatoirement à 100 % vérifiée, mais qui y ressemble, suite au coup d’Etat qui toucha la Turquie en juillet 2016), la Turquie président Recep Tayyip Erdogan (au pouvoir depuis 2003, Premier ministre avant d’être élu président en 2014), est devenu un régime autoritaire. De façon naïve, certains pays de l’Union européenne (surtout le Royaume-Uni qui ne voyait l’Europe que comme une vaste zone de libre-échange), considéraient que la Turquie pouvait être intégrée dans l’Union européenne, malgré des différences fondamentales, grâce à sa réussite et à son expansion économique. L’événement connu sous le nom de « printemps arabe », suivi par l’annexion de la Crimée de la part de la Russie de Poutine a enhardi Erdogan. Certains pensent que le coup d’Etat manqué de juillet 2016 a été, dans les faits, plus ou moins organisé par les services secrets turcs, je n’ai pas de qualification ni suffisamment d’informations pour pouvoir le dire, mais c’est une opinion qui n’est pas obligatoirement complotiste. Il est quand même très intéressant de voir que le durcissement du régime, déjà fort, s’est accéléré, et qu’il y a aujourd’hui quasi impossibilité de critiquer le dirigeant, leader omniprésent par ses affiches dans les magasins, y compris dans les rangs de son parti, l’AKP. La Turquie est en train de basculer, et lors de la célébration du centenaire de la Turquie moderne, l’héritage laïc d’Atatürk ne sera plus qu’un lointain souvenir, vraisemblablement, en 2023.
Nostalgie de l’empire des Ottomans.
Erdogan est nostalgique de l’empire ottoman, il ne s’en cache pas. L’empire ottoman a duré de 1299 à 1923. La République turque, pour Erdogan, n’aura été qu’une sorte de parenthèse avant la restauration du califat, et la reprise, plus ou moins consentie, sur les anciennes possessions, avec notamment l’Irak, la Syrie, et tout ce qui pourra être repris. La Turquie des militaires s’était faite les dents, en 1974, en annexant de facto 40 % de la superficie du territoire de l’île de Chypre, un pays qui fait partie désormais de l’Union européenne et qui n’a jamais pu être réunifié. La République turque de Chypre du Nord, à l’instar de la « République du Donetsk » à l’est de l’Ukraine, n’est reconnue que par la Turquie, comme la République du Donetsk n’est reconnue que par la Russie. Dans le contexte de la guerre civile syrienne, l’armée turque est entrée progressivement en Syrie du Nord, cherchant à conquérir Alep, ce qui n’a pas été possible puisque le gouvernement syrien, appuyé par l’allié russe, ennemi héréditaire et traditionnel de l’empire ottoman, ont réussi à libérer la ville avant que les armées turques ne s’en approchent. Il ne faut pas oublier non plus qu’au début de 1939, afin d’éloigner la Turquie moderne de l’alliance hitlérienne, négociée par Von Papen, la France avait donné une partie de la Syrie à la Turquie, dont Alexandrette et Antioche, ce qui lui permet de boucler le golfe de Seyban, dans une partie qui ne fut historiquement jamais peuplée par des populations d’origine turque ou même d’origine kurde. L’éradication violente des minorités religieuses n’est pas une vue de l’esprit en Turquie. On estime que sur les 80,8 millions d’habitants, il n’y a guère davantage que 100.000 non musulmans. En 1914, dans le cadre des frontières de l’actuelle Turquie, il n’y avait que 75 à 77 % de population musulmane, le reste était chrétienne, soit d’origine arménienne soit d’origine libanaise, grecque ou syriaque.
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