L’horreur politique : L’État contre la société
LITTÉRATURE
Olivier Babeau est professeur à l’université de Bordeaux et président de l’Institut Sapiens. Ancien conseiller ministériel et directeur de campagne électorale, il connaît bien les coulisses du pouvoir et de la politique. Il s’exprime régulièrement dans les médias pour commenter l’actualité économique et il a publié plusieurs ouvrages dont « Le management illustré par l’art » (2013) et « La nouvelle ferme des animaux » (2017). Dans son dernier essai, il apporte des réponses à ces questions que tout le monde se pose : Pourquoi est-il si facile d’augmenter les dépenses de l’État, mais si difficile de les baisser ? Pour quelles raisons le domaine de l’intervention publique s’étend-il sans cesse ? Dans quelle mesure les responsables politiques sont-ils influencés par les groupes de pression et déterminés par des objectifs à court terme ? L’administration est-elle au service des populations ou d’elle-même ? Confrontés à un alourdissement constant des prélèvements qui ne parviennent ni à juguler les déficits et l’endettement, ni à enrayer le chômage, ni enfin à rétablir la croissance, les Français soupçonnent confusément l’existence d’un lien entre cette impuissance et les dérives les plus scandaleuses des pouvoirs publics : clientélisme, fonctionnement autarcique des institutions, utilisation du pouvoir et des fonds publics au profit d’intérêts particuliers, décisions absurdes ou inefficaces…
Or, selon Olivier Babeau, ils ont raison ! Il nous explique pourquoi : « Oui, c’est un système qui présente une très grande inertie ! À l’origine, c’était un étonnement de professeur car, quand on enseigne l’économie, on enseigne souvent les échecs du marché. Il y a beaucoup de chapitres autour des échecs et l’on en arrive à expliquer qu’il faut un État. Mais on parle très peu des échecs de l’État, de la décision publique, et c’est vraiment dommage parce que, dans l’État, il y a des hommes et des femmes comme nous, ni pires ni meilleurs, avec leurs propres défauts, et ces organisations sont indépendantes des problématiques de formation du chiffre d’affaires, puisque l’on a cassé le lien entre dépenses et recettes, les recettes étant contraintes par l’impôt. Donc, les dynamiques sont particulières. C’est ce que j’ai essayé de décrire d’une façon très didactique. » Alors, prenons un exemple d’actualité avec un rapport du sénateur Roger Karoutchi, qui fait valoir qu’il ne sert à rien d’avoir autant de chaînes de télévision et de stations de radio publiques. Chaque fois qu’un nouveau président arrive à la tête de Radio France ou de France Télévisions, même lorsqu’il est libéral, il déclare qu’il y a beaucoup trop de chaînes et qu’il vaut mieux redonner du sens à l’action publique, avec des programmes de qualité. Puis, quelques années plus tard, il fait l’inverse en créant une nouvelle radio ou une nouvelle télévision…
Olivier Babeau estime que « ce qui se passe dans l’audiovisuel public est à l’image de ce qui se passe dans la plupart des administrations. C’est un phénomène qui a été étudié et décrit. Toute organisation a tendance à finir par exister pour elle-même et non plus pour le but pour lequel elle a été créée. Cette auto-légitimation est naturelle dans toutes les organisations, y compris les entreprises, mais les entreprises ont un garde-fou : si elles deviennent inutiles, elles n’arrivent plus à attirer des clients et, à ce moment-là, elles meurent. Ce n’est pas le cas des administrations, qui n’ont pas de problèmes pour attirer des recettes, grâce à ce monopole de la force de l’impôt qu’a l’État. Du coup, les administrations peuvent prospérer et il est toujours très facile d’arriver à se justifier. Il y a énormément d’exemples d’administrations qui, ayant perdu leur objectif initial, arrivent toujours à s’en inventer d’autres, ne serait-ce qu’en créant de la complexité qui va vous permettre de vous justifier, puisque vous allez justement pouvoir gérer cette nouvelle complexité... Tout fonctionnaire va avoir tendance à essayer de légitimer l’emploi de deux autres, ne serait-ce que pour les coordonner. C’est un phénomène qui est malheureusement très difficile à enrayer, parce que vous avez des forces de légitimation qui sont extrêmement fortes. On observe, dans tous les pays développés, que la dynamique de croissance de l’État va toujours dans un sens. Il y a quelques exemples où l’État a réussi à se réformer, mais pas en France…»
Finalement, il laisse entendre, qu’en étant élu à l’Assemblée nationale comme député, malgré toute la bonne volonté, il n’aurait pas fait grand-chose cinq ans plus tard : « Oui et c’est pour cette raison que je ne jette pas la pierre aux hommes politiques. Mon livre est vraiment contre le « politique bashing » avec cette idée simpliste qui voudrait qu’il suffirait de remplacer nos dirigeants pour que les choses aillent mieux. C’est tout à fait illusoire, parce que la problématique est justement le mécanisme du système et ce ne sont pas les gens qui sont à l’intérieur. Ces gens sont pris dans un système qu’il est très difficile de changer. Un député a peu de pouvoirs en pratique. Il est dépendant très rapidement de sa réélection, donc du parti, de la ligne du parti, mais aussi d’électeurs qui n’ont pas tous le bien commun comme objectif et préoccupation. Un élu local passe son temps à gérer des demandes particulières, des gens qui demandent une exception à la règle… Les gens ne demandent pas que l’on applique les règles, mais que l’on fasse toujours une exception pour eux, que ce soit pour une place en crèche, un logement social ou un travail… C’est la réalité du travail d’un homme politique, qui se trouve face à une demande réelle de clientélisme ».
En conclusion, Olivier Babeau ajoute, en partant de ce constat, que les citoyens vont dans le sens de leur propre asservissement : « Je cite cette idée de la soumission volontaire de La Boétie et il y a aussi cette phrase de Bastiat qui explique que « l’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Derrière, il y a cette idée que vous allez tous pouvoir arriver à grignoter une part des ressources de l’État sans être celui qui va contribuer à abonder les recettes de l’État. C’est un grand jeu de dupes... Malheureusement, on est toujours déçu à l’arrivée, car cet argent est donné sous forme de dettes et ce sont les descendants qui vont devoir payer... » Mais en conclusion il faut être optimiste car nos concitoyens commencent aussi à prendre conscience de cette situation : « Oui. Je fais des conférences un peu partout, et j’observe une préoccupation partagée. C’est très positif, parce que le plus inquiétant serait l’indifférence vis-à-vis de ces problèmes. Cette préoccupation partagée explique beaucoup le changement politique récent auquel nous avons pu assister et la démocratie n’est donc pas désespérée. J’essaie de faire passer dans le livre le message suivant : la démocratie est un régime impossible qui est le pire à l’exception de tous les autres, c’est-à-dire que c’est quand même celui qu’il nous faut préférer, parce que l’on n’a pas trouvé mieux... Mais on sait qu’il est quand même impossible et qu’il faut le rendre possible ».
« L’horreur politique : L’État contre la société » d’Olivier Babeau est publié aux Éditions Manitoba.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.