Renault : pour sécuriser son poste, Carlos Ghosn décide de devenir patron de presse !
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 décembre 2017 (numéro 921-922) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Lorsque Carlos Ghosn est devenu PDG de Renault, en succession de Louis Schweitzer, la gamme de Renault s’articulait autour de la Clio, de la Mégane, du Scénic, qui était à l’époque la machine à cash de l’entreprise. Le redressement de Nissan était effectif, Nissan contribuait fortement aux résultats de Renault, et la gamme « Global Access » démarrait tout juste, avec le lancement de la Logan, d’abord dans les pays d’Europe orientale, puis ensuite un peu partout dans le bassin méditerranéen et en Europe occidentale sous le nom de Dacia, en Amérique du Sud, en Russie et ailleurs dans le monde sous le nom de Renault. Fort de sa réputation de redresseur de Nissan (avec l’argent insufflé par Renault, plus de 5 milliards d’euros tout de même en augmentation de capital, cela aide), Carlos Ghosn a présenté un plan de développement qui était ambitieux et qui a propulsé, un moment, l’action Renault à plus de 120 euros.
Le Renault de Ghosn sauvé par l’héritage Schweitzer (Logan, Sandero, Duster).
Renault laissait le champ libre à sa filiale Nissan en Chine, mais cherchait à se développer en Inde, en Iran, à revenir en Afrique du Nord, et à conquérir l’Amérique du Sud, où il a fait la courte échelle à sa filiale Nissan, qui n’y était pas implantée. Après le succès de la Logan, une déclinaison avec hayon arrière, la Sandero a été imaginée pour le marché brésilien, qui est très friand de ce genre de véhicules, cela fut un succès également un peu partout dans le monde, notamment en France, essentiellement avec la finition Stepway, qui a un aspect baroud mais un prix assez bon marché. Lors de son lancement, il y a quelques années de cela, le 4x4 Duster avait l’ambition de trouver entre 60.000 et 80.000 clients chaque année. Très vite, au fur et à mesure de sa déclinaison sur tous les marchés, les ambitions ont été revues à la hausse et l’année 2017, dernière de ce modèle avant le renouvellement de 2018 pour le Duster « opus 2 », sera encore une année record pour ce qui est devenu la « cash machine » de la marque Renault et de sa filiale Dacia. Globalement, la gamme « Entry » (devenue désormais Global Access), apporte une rentabilité opérationnelle de l’ordre de 10 % du chiffre d’affaires, mais, sur le Duster, on est, depuis 2015, au-delà de 15 % du chiffre d’affaires et la rentabilité ne va pas diminuer avec le renouvellement, qui semble connaître un très gros succès initial, partout où la commercialisation a déjà démarré, avec beaucoup plus d’achats sur les versions haut de gamme que lors de la première version du Duster, ce qui contribuera à améliorer encore la marge, et à dépasser, pour ce seul modèle, sur 400.000 à 500.000 unités annuelles, les 15 % de marge opérationnelle pour se rapprocher des 20 %.
Challenge’s ou Historia dans le vide-poches.
En attendant de voir les résultats financiers annuels de 2017 qui seront publiés le 16 février 2018, il est intéressant de faire le tour de Renault, qui vient d’annoncer, à la surprise de tous, sa nouvelle vocation de devenir entrepreneur de presse, en prenant 40 % du capital du groupe de presse Challenge’s, qui comprend, outre le magazine économique éponyme, Science et Avenir, La Recherche, L’Histoire et Historia. Avec 40 % du capital (renflouement), face à un actionnaire nonagénaire qui détient 60 % des actions, le prétexte indiqué (répondre au défi des services éditoriaux de la voiture connectée, autonome et aux problématiques de distribution innovante de la presse), ne va tromper personne, Carlos Ghosn cherche à prendre pied dans la presse, afin de conforter son image ! La relation du PDG de Renault avec l’Etat s’est pacifiée depuis la vente, début novembre dernier, de la participation surnuméraire de l’Etat, qui a été reclassée auprès d’investisseurs institutionnels. Les assez bonnes performances commerciales européennes de Renault ne doivent pas tromper, car elles ne correspondent pas du tout aux ambitions qui furent affichées, en interne, avec le renouvellement complet de la gamme et notamment le lancement d’un certain nombre de modèles dans le haut de gamme. Les Espace de cinquième génération voient leurs ventes baisser fortement en 2017 après un lancement effectif en 2016, après une première année complète en 2016, on est loin des chiffres de ventes de l’Espace de naguère, sous la période Lagardère. Même s’il ne s’agit pas d’un échec totalement cuisant, la Talisman, en haut de la gamme, pâtit à la fois de la baisse de la part de marché des berlines traditionnelles et d’une qualité perçue qui est « perfectible », du coup, Renault est très loin des plusieurs centaines de milliers d’exemplaires vendus naguère chaque année pour la Laguna de première ou de deuxième génération.
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