La conspiration de Chambord
LITTÉRATURE
Dominique Labarrière, philosophe de formation et historien par passion, est l’auteur de nombreux articles et ouvrages de fond portant sur des faits majeurs de l’histoire ou de grandes affaires politico-judiciaires. Dans son dernier roman, nous retrouvons Louis XIV, Colbert et Molière dans le cadre d’un complot qui se déroule à Chambord : « Louis XIV vient à Chambord goûter le divertissement de la chasse. Colbert, l’omnipotent ministre du roi, celui qui fait tant d’ombre autour de lui et suscite tant de haines, y est lui-même attendu. Molière aussi est du voyage. Avec sa troupe, il doit créer sa nouvelle pièce, « Le Bourgeois gentilhomme». Le roi aime Molière, qui sait si bien le faire rire et dire les choses qu’un roi ne saurait dire. Mais si Colbert a ses ennemis, Molière a les siens, non moins acharnés. Ceux-là voient dans ses pièces d’intolérables attaques contre les bonnes mœurs, la religion et les privilèges de toutes sortes. Mettre à profit le séjour à Chambord pour abattre l’un et l’autre, le ministre trop puissant, l’auteur tellement impertinent, voilà le dessein machiavélique qui se trame dans l’ombre… »
Ainsi, après plusieurs essais et documents, il revient au roman historique avec cette intrigue qui a Chambord pour cadre et de très grands personnages pour protagonistes : Louis XIV, Molière, Colbert… Dominique Labarrière revient sur sa démarche : « Pour le lieu, c’est tout simple. Il se trouve que j’ai grandi et passé de nombreuses années tout près de Chambord. Certains automnes, il m’est arrivé d’y aller tous les soirs pour les couleurs de la forêt et le brame du cerf. Et même une fois pour suivre une chasse présidentielle. Quant au château lui-même, je crois que je pourrais m’y faufiler les yeux fermés. Mais pour aborder un lieu de cette force, de cette majesté, dans une fiction, il me fallait une histoire qui colle parfaitement à des événements authentiques l’ayant eu pour cadre, pour écrin, pourrait-on dire. En fait, dans ce roman, Chambord est plus ou moins un personnage à part entière ». Quant à l’intrigue, elle met en scène principalement Louis XIV et Molière, cela dans des circonstances particulières, mais des faits bien réels, historiques : « Le roi, comme tous les Bourbons, d’ailleurs, est fou de chasse. Chaque automne, il vient quelque temps à Chambord « goûter le divertissement de la chasse », selon l’expression consacrée. La cour s’empresse autour de lui et toute la région connaît une effervescence incroyable. Le château bourdonne de vie, de plaisirs, de fêtes fastueuses. Et puis, il y a l’autre divertissement royal, le théâtre, et donc Molière et sa troupe. Nous sommes en octobre 1670, l’auteur-comédien crée à Chambord pour le roi « Le Bourgeois gentilhomme ». Il y a une certaine connivence entre le roi et l’auteur-acteur. On l’oublie souvent, mais Molière, c’est la jeunesse de Louis XIV. Le roi a vingt ans lorsqu’il voit Molière jouer du Molière pour la première fois, et il n’en a que trente-cinq lorsque celui-ci meurt. Ce sont quinze années où, d’une certaine manière, et en certaines situations, le roi a utilisé le rire des comédies de l’écrivain (oui, écrivain, car Molière est un vraiment un grand écrivain !) comme instrument politique, à l’intention de la cour notamment ».
L’affaire qu’il imagine est d’ailleurs parfaitement cohérente avec la situation politique du moment. Et c’est là qu’intervient le grand ministre de l’époque, Colbert : « En effet, 1670 est un moment particulier où les ennemis de Molière et de Colbert ont toutes les raisons d’être particulièrement remontés, si l’on peut dire. Le roi a enfin autorisé les représentations publiques de « Tartuffe », la pièce qui met en furie les hypocrites de tout poil et surtout les dévots. Quant à Colbert, tant par la réformation de la noblesse visant à traquer les faux nobles et les bâtards qui jouissent sans vergogne de la dispense de l’impôt, que par la répression sévère qu’il lance contre les officiers royaux des provinces qui abusent de leur pouvoir, il s’est fait une foule d’ennemis irréductibles. Alors, je me suis permis d’inventer une conspiration, assez diabolique d’ailleurs, visant à engloutir dans le même piège l’auteur trop impertinent et le ministre trop puissant ». Ce nouveau roman de Dominique Labarrière rencontre un excellent accueil depuis quelques semaines et l’écrivain est enchanté : « L’accueil est génial. J’en suis tout bouleversé et tout content. Les lecteurs m’envoient des mots absolument sympathiques. Et puis, j’ai eu la vive émotion - toute teintée d’humilité, bien sûr - de pouvoir évoquer cette histoire à l’endroit même du château de Chambord où l’illustre Molière, en personne, a joué ».
« La conspiration de Chambord » de Dominique Labarrière est publié chez Marivole Editions.
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