Dans notre sĂ©rie "les pièges Ă Ă©viter" : la bulle de l’art contemporain.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 décembre 2017 (numéro 919) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Bulle, krach… l’art contemporain est très proche de la roche Tarpéienne. Vous avez apprécié la bulle Altice ? Vous adorerez l’explosion de la bulle sur l’art contemporain, qui fera à peu près le même volume de dégâts ! Sur Altice, la capitalisation boursière s’est envolée de plus de 20 milliards d’euros en quelques semaines seulement, et il ne passe pas de séance, depuis un mois, où un nouveau plus bas historique ne soit atteint. Ce mercredi, le cours a plongé jusqu’à 6,966 euros, il était, avant l’explosion de la bulle, au-dessus de 20 euros. Dans l’art contemporain, le marché est devenu fou. Si l’on se gargarise sur un record d’enchères de 450 millions de dollars (frais compris), pour un tableau attribué à Leonard de Vinci, une rareté historique s’il est réellement vrai et un intérêt économique du fait que ce genre de tableau peut attirer deux ou trois millions de visiteurs sur un nouveau musée, les visiteurs payant une rente aux investisseurs, on peut considérer qu’il ne s’agit pas obligatoirement d’un mauvais placement pour celles et ceux qui ont décidé de multiplier par neuf la mise des antiquaires qui avaient acheté, collectivement, ledit tableau, après restauration, il y a quelques années seulement. Leonard de Vinci est mort, on n’en trouvera pas de nouveaux, du moins vraisemblablement.
Folie pure.
En revanche, on est dans la folie pure en ce qui concerne l’art contemporain. Une œuvre de Jean-Michel Basquiat, qui fut vendue 19.000 dollars par l’artiste lui-même en 1984, a été achetée pour 110 millions de dollars en mai 2017 par Yusaku Maezawa, fondateur japonais de Start Today, un géant du commerce en ligne. Même si l’argent ne lui manque pas, cette œuvre spectaculaire ne vaut peut-être pas exactement 110 millions de dollars, dans quelques années, elle vaudra peut-être seulement quelques milliers de dollars, au mieux, si du moins il y a toujours des amateurs. A la fin du XIXe siècle, au moment où les Impressionnistes démarraient, tout le monde se ruait vers des peintres néoclassiques, dont les œuvres valent aujourd’hui, au mieux, quelques milliers d’euros ! On le voit bien, les bulles artistiques se suivent et les pseudo-investisseurs se retrouvent ruinés beaucoup plus facilement que s’ils avaient jeté leurs liasses de billets dans une chaudière de locomotive. Il faut savoir que le monde de l’art est un monde sans aucune limite, sans aucune vergogne non plus. Certains « collectionneurs » sont en réalité de riches spéculateurs, qui cherchent à escroquer l’Etat, via la valorisation de fonds d’atelier qu’ils ont acheté et dont ils ont augmenté la valeur via des maisons de vente aux enchères, de façon artificielle, ils ont comme méthode simple et traditionnelle d’offrir ensuite, en mécénat (on appelle ça dation), des œuvres à des conservateurs de musée qui sont heureux de les récupérer « gratis », mais le « don » donne droit à un crédit d’impôt colossal, qui permet de détourner des sommes importantes au détriment du Fisc.
Escroqueries en tous genres.
On est dans le fou, dans l’archifou. 15 millions de dollars ont été payés pour un cow-boy qui fait de son sperme un lasso. Certains ont dépensé 20 millions de dollars pour un requin plongé dans le formol (the shark, de Damien Hirst). Une somme colossale de 58 millions de dollars a été payée pour un chien en acier inoxydable, laid comme tout, qui imite, clin d’œil à la bulle, des ballons de baudruche ! Il s’agit de « l’œuvre » Balloon Dog de Jeff Koons. Via les escroqueries fiscales, via la méthode que je vous ai indiquée, des inconnus ont fait leur entrée dans les plus grands musées, car les conservateurs cherchent à suivre les modes, cherchent à attirer du public, cherchent à se faire bien voir par les autorités de tutelle. Dans un livre publié récemment, le journaliste Jean-Gabriel Fredet a, en 361 pages, fait le tour des « requins, caniches et autres mystificateurs » (le titre de son livre). Chez votre libraire, le bandeau est plus explicite puisqu’il parle de « la bulle dorée de l’art contemporain). Selon les statistiques de Artprice.com, qui collecte toutes les informations dans ce secteur, au cours des dix-sept dernières années, le marché de l’art contemporain est passé de 103 millions de dollars en l’an 2000 à presque 1,6 milliard de dollars pour les ventes répertoriées lors de l’exercice 2016-2017. Le record déjà cité sur l’œuvre de Jean-Michel Basquiat, bien évidemment, n’est pas uniquement l’arbre qui cache la forêt.
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