Le Chasse-Avant...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Christine Marquet de Vasselot a publié l’an dernier son premier roman, «Plaise au ciel » qui a été un succès de librairie et elle est reconnue par la presse féminine, dont Le Figaro Madame et Marie France, comme l’une des personnalités littéraires qui comptera dans les années qui viennent. Son dernier livre relate une histoire d’amour incandescente qui montre l’influence du passé sur le destin des êtres : « Paris, 1999. Une jeune artiste, Aude, vient d’emménager dans l’atelier de l’un de ses amis de longue date, Martin, photographe. Un soir, celui-ci lui rend visite. Mais ses propos incohérents effraient Aude : serait-il devenu fou ? Il affirme en effet être la réincarnation de Salomon de Brosse, un architecte du XVIIe siècle à qui l’on doit, entre autres, le palais du Luxembourg, le Collège de France et la place des Vosges. Il est avéré que Salomon de Brosse a disparu six années durant, sans explication, avant de revenir sur le devant de la scène en « Grand Architecte » de la reine Marie de Médicis. Une histoire d’amour est-elle à l’origine de sa longue absence ? La faute des amants a-t-elle pesé sur leur descendance ? » Le titre de son livre, « Le Chasse-Avant », est un très joli terme inventé par Henri IV et Christine Marquet de Vasselot souligne que « cela fait effectivement partie du langage très fleuri que l’on retrouve dans sa correspondance. C’est une locution qui signifie : « Celui qui trace le chemin pour les autres ». On trace la route, on essaie de montrer l’exemple et on prépare le terrain pour les autres ».

Dans son roman, c’est le passé qui rattrape le présent : « C’est un roman contemporain, qui devient un roman historique, puisque le contemporain s’interroge sur le lien du passé qui se produit pour les deux protagonistes de l’époque contemporaine. C’est une lecture différente, plus imaginative, plus poétique, sur l’influence du passé sur nos vies et je suis persuadée, pour l’avoir éprouvé moi-même, qu’il y a dans notre vie une suite de coïncidences. Cory Aquino disait que le destin n’est peut-être qu’une suite de coïncidences. Au fil des générations, on s’aperçoit que les coïncidences font que quelque chose se met en place et mes deux personnages sont le fruit de coïncidences extraordinaires sur plusieurs générations ». Finalement, lorsqu’un couple a le sentiment de vivre quelque chose d’unique, il a toujours cette réflexion : « Nous avons dû nous connaître dans une vie antérieure… »

Christine Marquet de Vasselot revient sur cette analyse : « Je me suis vraiment posé la question de savoir pourquoi il y avait tant de lieux en commun et de choses qui se répandaient. Par exemple, je n’ai pas raconté la période d’après-guerre où j’ai découvert des éléments surprenants sur la famille de mon époux et la mienne qui, finalement, s’étaient rencontrées sans se connaître... Un de mes cousins m’a dit il y a deux ans : « J’ai trouvé une lettre extraordinaire ». Son grand-père était responsable d’un réseau de résistance dans l’Indre et il a retrouvé un courrier de ce grand-père, écrivant au ministère des Armées en 1948, pour dire qu’il avait été sauvé à deux reprises par un dénommé Monsieur X. Or, ce Monsieur X était le père de mon mari ! » Le personnage de Salomon de Brosse est au cœur de cet ouvrage, ce n’est pas Haussmann, mais il est toutefois à l’origine de nombreux bâtiments historiques dans Paris : « Non seulement de beaucoup de bâtiments, mais aussi d’un académisme qui était précurseur au XVIIe siècle. Nous sommes vraiment à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. On dit aussi qu’il a amené Mansart, donc c’est quelqu’un de très important. Il n’a pas fait que le Palais du Luxembourg, il n’a pas fait que le Collège de France, mais aussi une partie de la place des Vosges, on le suppose, et également le château de Rosny et le château de Selles sur Cher. Il a même commencé le château de Versailles, puisqu’il a fait le premier petit château. C’est en cherchant dans l’histoire d’Androuet du Cerceau que j’ai découvert l’histoire de Salomon de Brosse que je ne connaissais pas ».

Finalement, quelque chose l’attire dans cette époque : « J’ai voulu brouiller les pistes... Le départ est autobiographique, j’ai cherché un dénominateur commun à tous ces lieux et je suis tombée sur Salomon de Brosse. C’est vrai que le début du XVIIe siècle est un moment fabuleux. J’ai toujours été fascinée par Henri IV, par son intelligence, par le tandem qu’il a fait avec Sully, qui était aussi précurseur puisque, ensuite, on retrouve Colbert et des grands ministres. Mais c’est la première fois que l’on a un tel tandem. Et puis, Henri IV c’est le roi que tout le monde adore... On ne peut pas faire autrement, ne serait-ce que par le langage du XVIIe siècle qui est très amusant ». Finalement, il n’y a pas de fatalité dans la vie et, avec des éléments qui se reproduisent, Christine Marquet de Vasselot amène le lecteur à réfléchir à tout cela dans une société où les gens sont partagés sur cette question.

Pourtant, une grande partie de la population a mis de côté toutes références philosophiques ou spirituelles : « Cela peut aussi toucher la superstition. Les gens sont beaucoup plus réceptifs à ce genre de choses qu’on pourrait le croire. En fait, dès que vous parlez de destin, de hasard ou de coïncidences, ils ont tous quelque chose à raconter. C’est un peu comme un millefeuille, tout le monde pourrait avoir cette lecture, mais il faut être dans un état d’esprit qui permette cela ». Ce deuxième roman est une réussite, son premier livre a été salué par toute la critique, alors pourquoi avoir attendu autant de temps pour écrire ? « J’ai toujours écrit mais, pour être publiée, je me suis dit qu’il fallait quand même y aller, sinon ce serait un peu tard... Auparavant, je n’ai jamais montré ce que j’avais écrit. J’ai eu plusieurs métiers et cela m’a beaucoup nourrie. Il faut lire, il faut vivre et ensuite peut-être passer à l’écriture si l’on en a envie ».

« Le Chasse-Avant » de Christine Marquet de Vasselot est publié aux Éditions l’Archipel.

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