Une commune propose des terrains à un euro le mètre carré !

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Marc Lambert, maire de Conflans-sur-Anille (Sarthe) : « N’importe quel couple lambda qui est dans une situation économique précaire en région parisienne peut beaucoup mieux vivre ici. »

Afin d’inciter des familles à venir s’installer à Conflans-sur-Anille, la commune a lancé en 2007 la commercialisation d’un lotissement à 12 euros le mètre carré dont, sur les dix parcelles disponibles, cinq ont déjà été vendues. Un nouveau lotissement avait été proposé il y a quelques années, avec des terrains à un euro le mètre carré, mais le maire de Conflans-sur-Anille vient de dresser un bilan négatif de cette opération puisque seul un terrain a été vendu. Conflans-sur-Anille est un village de 550 habitants, situé dans le département de la Sarthe, qui offre un cadre de vie idéal pour une famille qui aimerait s’établir à la campagne. Jean-Marc Lambert, maire de la commune, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous n’êtes pas très loin de Paris, de plus en plus de gens font du télétravail, les citadins se plaignent du stress des grandes villes et, pourtant, des villages comme le vôtre n’attirent pas de nouvelles populations. Comment expliquez-vous cela ?

Jean-Marc Lambert : Ce qui m’aurait davantage intéressé, c’est que vous m’apportiez la réponse à cette question ! Notre souci, c’est de ne pas avoir du travail à proposer localement. Effectivement, il y a le télétravail, mais son développement est quand même lent. Je connais des entreprises de pointe qui ont des difficultés à mettre en place le télétravail, y compris dans les nouvelles technologies, donc ce n’est pas encore vraiment entré dans les mœurs. C’est vrai, suite à notre annonce, ce sont des gens de la région parisienne qui ont le plus rapidement répondu. Notre souci, c’est qu’ils n’ont pas été au bout de leur démarche et je pense que cette opération de terrains à un euro le mètre carré fait que l’on a touché des gens qui étaient un peu fragiles financièrement et qui n’ont pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet. Pour moi, cette volonté de rester en ville reste un grand mystère. J’ai connu la ville, mais je n’ai plus l’intention d’y retourner. Il y a aussi ce souci que nous avons dans les zones rurales depuis des décennies puisque les pouvoirs publics enlèvent progressivement les services à la population, alors que nous sommes censés tous être sur une chaîne d’égalité. Je suis élu depuis 2001 et, au début de mon premier mandat, il y avait un bureau de poste. Or, aujourd’hui, le bureau a disparu. La DDE (Direction départementale de l’équipement) avait aussi un service d’aide aux petites collectivités.

C’était une assistance technique, mais ce service a été supprimé il y a quelques années, alors que c’était quelque chose de très important pour les petites communes. On est obligé de faire appel à des entreprises privées, mais c’est beaucoup plus cher. Les petites collectivités ont de plus en plus de mal à répondre aux nouvelles obligations. Par exemple, on nous a informés sur les nouveaux rythmes scolaires il y a quelques années, avec les temps d’activités périscolaires, et, lors d’une réunion, nous étions plusieurs à nous énerver devant le directeur académique. J’ai aussi écrit au ministère de l’Éducation nationale, mais je n’ai jamais reçu de réponse.

Or, j’estime que c’était une mesure vraiment inégalitaire. J’ai une école avec trois classes et il fallait que dans nos communes de 500 habitants nous offrions la même chose que dans une commune où il y a beaucoup plus de monde... Pour nous, ce n’était pas possible et, comme seule réponse, on nous expliquait que l’État verserait 50 euros par enfant. Cela nous a fait bien rigoler puisqu’il fallait trouver du personnel et l’embaucher, ce qui coûte évidemment beaucoup plus cher. Tout va dans le même sens depuis très longtemps. Il y a aussi la question de la dotation globale de fonctionnement, qui est moitié moins importante pour les communes rurales que pour une commune plus importante. Mais, malgré tous ces freins, nous sommes un territoire extrêmement dynamique et nous avons quand même des gens de la région parisienne qui viennent s’installer chez nous.

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