La grosse boule Orange Bank arrive dans le jeu de quilles des banques trop cupides et très coûteuses.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 17 novembre 2017 (numéro 916) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Banques, la révolution vient de commencer. Cela a pris beaucoup de temps, mais, depuis le 2 novembre 2017, le premier opérateur téléphonique français, Orange, s’estlancé sur le marché des services bancaires avec Orange Bank, via une offre « 100 % mobile ». Cela risque bien, dans le secteur bancaire, d’avoir le même impact que lelancement de « Free Mobile » dans le secteur des télécoms. 


Objectifs modestes.

Officiellement, le groupe dirigé par Stéphane Richard et modeste dans ses ambitions puisqu’il ne vise que la conquête de 2 millions de clients en dix ans avec un chiffre d’affaires d’environ 400 millions d’euros en 2018. Les innovations d’Orange Bank ne sont pas obligatoirement évidentes, à première vue, en dehors de la carte qui est verticale, alors que les cartes bancaires traditionnelles, de même format, sont plus larges que hautes. Bien évidemment, Orange Bank offre une carte de paiement, mais le nouvel établissement financier permet aussi à ses clients de payer avec leur téléphone mobile, et offre un service théoriquement ouvert 24h/24 et 7j/7, grâce notamment à « un conseiller virtuel ». La numérisation des activités bancaires s’est faite progressivement, avec, de façon assez accessoire, pour beaucoup d’établissements, la mise en place de systèmes permettant de puiser encore plus profond dans les poches des clients, comme notamment lors de la suppression des standards permettant d’appeler son conseiller sur une ligne ordinaire, pour passer via une ligne surtaxée, ce qui apporte quelques millions d’euros de plus dans la poche du bankster organisateur. Pour ne pas se vautrer dans un métier qui est nouveau en France pour Orange (à l’étranger, Orange a déjà développé avec succès des services financiers notamment en Pologne et en Afrique), le groupe a racheté 65 % de Groupama Banque, ce qui lui permet déjà de récupérer une petite base de clientèle, ce qui n’est pas négligeable quand on démarre. Groupama ne gagnait pas d’argent dans son activité bancaire, la puissance de la marque Orange peut faire la différence.


Orange + Groupama + GAN = 4.000 points de contact physique.

Je rappelle que le réseau d’assurance a 3.700 agences en France, entre les marques Groupama et Gan, lesquelles gèrent 7 millions de clients environ. Orange Bank est donc un « bancassureur » par construction. Dans les agences d’Orange, 144 boutiques sont dotées désormais d’un nouvel espace dédié pour la souscription d’un compte bancaire, on a beau parier sur le numérique, sur le digital, il y a un vrai réseau physique, et cela fait toute la différence. Orange a formé pas loin de 900 salariés pour l’intermédiation en opérations de banque et en services de paiement (IOBSP), là encore, en plus du réseau des agences Groupama et Gan, cela représente une présence physique qui est rassurante pour une partie significative de la clientèle. La banque version Orange, c’est une banque conçue pour une génération nouvelle, mais qui peut être tout à fait utilisée par la génération ancienne. Il est possible d’envoyer de l’argent par SMS, c’est pratique, et cela peut aider, surtout lorsque l’on a des enfants. Bien évidemment, pour les applications de paiement mobile, il convient de ne pas perdre son smartphone, mais cela, c’est vrai pour d’autres usages. La carte de paiement est gratuite, et, pour les utilisateurs normaux (au moins trois fois par mois) des systèmes de paiement par carte ou mobile, il y a zéro euro de frais de tenue de compte, Orange Bank pénalise les clients endormis, qui ne font pas travailler leur compte. Il y a beaucoup d’applications qui tombent sous le sens pour des jeunes, et qui sont parfois existantes dans les banques traditionnelles et souvent payantes, très chères. C’est notamment le cas du choix du code secret, de la modification des plafonds pour payer par carte, ou encore la fonction de blocage temporaire et de déblocage de ladite carte.

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