Éolien, une catastrophe silencieuse : coûts, nuisances, efficacité, les chiffres qui font peur.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Cela fait des années que Jean-Louis Butré s’évertue à dénoncer le scandale de l’éolien en France. Ingénieur de l’École Supérieur de Physique et de Chimie de Paris, dirigeant de plusieurs structures dans le domaine de l’énergie, le président de la Fédération Environnement Durable et de l’ONG EPAW, qui regroupent ensemble plus de 2000 associations de lutte contre les éoliennes en Europe, vient de publier un ouvrage intitulé « Éolien, une catastrophe silencieuse » et préfacé par Valéry Giscard d’Estaing. L’ancien président de la République a déclaré : « Le développement inconsidéré – j’allais dire irresponsable – des éoliennes ne résiste pas à l’analyse de quelques vérités de quelques chiffres simples ». Il estime nécessaire de dénoncer un gaspillage inacceptable des fonds publics, un discours officiel trompeur, un « business » souvent douteux… »

Ce livre est également accompagné d’un texte de Claude Allègre, qui souligne notamment : « Quelle absurdité que de produire de l’électricité pour rien, car on ne sait pas la stocker… » Or, Jean-Louis Butré est confronté à l’omerta des médias : « Quand il y a beaucoup d’argent et que c’est subventionné, il est sûr qu’immédiatement vous avez des lobbys qui font en sorte d’essayer de prouver que tout est merveilleux et fantastique. En réalité, quand on regarde le système éolien, la première critique que l’on peut faire, c’est que c’est un système hyper subventionné depuis le début, qui produit une électricité de très mauvaise qualité, totalement intermittente, et tout cela amène à un prix d’électricité que l’on est obligé de racheter pour l’éolien terrestre deux à trois fois le prix normal, donc EDF est plombée, et je ne parle pas de l’éolien offshore… A ce moment-là, on parle de prix de rachat qui représentent cinq fois le prix normal de l’électricité. Tout cela retombe sur la facture des consommateurs et l’on va arriver très rapidement à un doublement du prix de l’électricité. Si c’est ce que l’on veut pour la compétitivité de la France, je ne comprends pas… »

Il s’agit aussi pour lui d’une véritable catastrophe économique : « Toutes les éoliennes qui viennent en France sont fabriquées au Danemark ou en Allemagne, on ne fabrique pas une machine en France, donc on importe et on se plombe chaque fois que l’on achète une éolienne ». L’auteur démontre à quel point ce secteur est pris en main par les lobbys : « Il n’y a pas que dans l’éolien que les lobbys agissent. Il est normal qu’une industrie essaie de prendre des subventions, mais cela devient inquiétant car, quand des États n’ont plus de pouvoir, ils sont pris en main par des lobbys qui prennent les décisions. Ce qui m’a toujours frappé, c’est que les industriels de l’éolien sont dans les circuits de décision, à travers l’agence de maîtrise de l’énergie ou les ministères de l’Environnement. L’éolien représente des investissements lourds, que l’on doit peser sur 50 ans ou plus, mais on navigue en fonction des circonstances politiques et c’est totalement anormal ».

Le président de la Fédération Environnement Durable invite donc les politiques à se ressaisir : « Il faut beaucoup de courage politique pour faire une analyse indépendante et, si l’on s’aperçoit que l’on s’est trompé, faire demi-tour. Une fois que vous avez mis tous ces systèmes en place, on a l’impression que plus rien ne peut les arrêter. On est toujours dans les mêmes théories qui sont ressassées, comme sauver la planète, mais c’est faux parce que ce sont les centrales thermiques qui prennent le relais quand l’éolien s’arrête. On ressasse cette fausse écologie, on ment, mais avec une considérable puissance médiatique. On ne voit pas un reportage sur les éoliennes à la télévision qui ne commence pas par : « On est en retard sur l’Allemagne ! » C’est hallucinant, parce que l’on cavale après une technologie que l’on n’a pas, donc on s’aplatit avant de commencer quelque chose… »

Jean-Louis Butré aborde aussi la question non neutre du massacre des paysages : « On s’oppose toujours aux gens qui essaient de défendre une certaine image de la France en leur expliquant que les éoliennes, c’est finalement une architecture moderne. En effet, quand on voit une éolienne de loin, on peut la trouver belle... Mais j’invite quand même les gens qui pensent à cela à s’imaginer ce que cela représente quand on s’approche d’une forêt d’éoliennes, avec des milliers de machines qui vont atteindre 200 mètres de haut ! Le problème, c’est que ces machines volent l’espace. La nuit, ça clignote, ça tourne, donc on a vraiment l’impression que le reste disparaît. C’est une espèce de hold-up. La France est un très beau pays, qui est très diversifié, c’est toute notre richesse, et nous sommes en train de transformer ce pays en un vaste champ industriel de mâts qui tournent ! Il y a 7000 machines sur le territoire, mais le plan du gouvernement était d’en mettre deux à trois fois plus d’ici à 2023 ».

Pour autant, Jean-Louis Butré se montre positif en préconisant le développement de technologies françaises d’énergie renouvelable : « Sur l’offshore, toutes les machines que l’on va mettre le long des côtes sont des machines importées et c’est scandaleux. Nous sommes en train de développer une technologie d’éolien flottant, comme en Mer du Nord, il faudrait que la France développe une technique avec ses brevets. Mais quand on importe des machines de Chine pour les mettre à Noirmoutier, pour saloper la beauté de ces régions, c’est scandaleux et, en plus, on massacre les fonds marins ». Jean-Louis Butré prend l’exemple de la baie de Saint-Brieuc : « C’est un fond marin sensible, avec beaucoup de coquillages, c’est là où les espèces se régénèrent, c’est un endroit où les migrateurs qui viennent du Nord se reposent et l’on va mettre des pieux pour installer ces éoliennes qui ne servent pratiquement à rien. Tout cela pour une affaire d’argent et l’on va racheter cette électricité cinq fois le prix normal ! »

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