Le Conseil d’État demande le retrait de la croix de la statue de Jean-Paul II

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Patrick Le Diffon, maire de Ploërmel (Morbihan) : « On est en train de raviver une guerre de religion qui est complètement dépassée. »

C’est une affaire dont on parle jusqu’en Pologne ! Le Conseil d’État a ordonné le retrait de la croix qui surplombe le monument érigé en hommage à Jean-Paul II au centre de Ploërmel. Cela dans un délai de six mois, au nom de l’article 28 de la loi de 1905 qui interdit « d’élever ou d’apposer un signe ou emblème religieux » dans un « emplacement public ». Depuis dix ans, cette statue est au centre d’un combat judiciaire entre les opposants à cette œuvre d’art religieuse et la mairie. Des milliers d’internautes se sont mobilisés au cours de ces derniers jours, en postant des photos de calvaires, de crucifix ou de croix de Lorraine... Mais Patrick Le Diffon, maire LR de Ploërmel, souhaite éviter les tensions : « Je n’ai pas envie de faire renaître une guerre de religion ». Il envisage ainsi de vendre le terrain à un investisseur privé, ce qui permettrait de se conformer à la loi. Ce dossier est même commenté par le gouvernement polonais puisque la Première ministre, Beata Szydlo, a déclaré : « Le gouvernement polonais tentera de sauver de la censure le monument de notre compatriote et nous proposerons de le transférer en Pologne ». Patrick Le Diffon, maire de Ploërmel, commune de 10 200 habitants située dans le Morbihan, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : comment réagissez-vous à la décision du Conseil d’État vous enjoignant de procéder à l’enlèvement de la croix qui surmonte la statue de Jean-Paul II ?

Patrick Le Diffon : Je suis déçu de la décision du Conseil d’État, car j’aurais voulu qu’une décision d’entendement soit prise. Douze ans après la mise en place de cette statue, on me demande aujourd’hui de retirer la croix qui est installée sur le dôme de cette statue. Je dis bien douze ans ! Cela veut dire qu’elle fait partie du paysage de Ploërmel et c’est ce que me disent d’ailleurs les habitants de la commune. C’est donc un monument bien installé. Je comprends la loi, mais j’aurais voulu qu’il y ait un peu de discernement et que l’on prenne en compte la réalité des choses. La réalité, c’est que cette statue est en place depuis longtemps. Il y a de multiples croix sur notre paysage breton, nous sommes une terre où fleurissent les calvaires avec des croix, sans doute érigées avant 1905, donc elles échappent à ce dispositif. Mais, en grattant bien, on en trouvera certainement qui sont beaucoup plus récentes et je ne voudrais surtout pas que Ploërmel devienne l’objet d’une jurisprudence en la matière.


En fait, vous défendez le caractère culturel et non l’aspect religieux de cette croix…

Aujourd’hui, cette croix se trouve sur un lieu public. C’est une place qui accueille un espace de parking, mais qui, pour moi, n’est pas plus ostentatoire que d’autres dispositifs de croix que l’on peut trouver dans d’autres lieux. Ce qui me révolte, c’est que l’on s’attache à reconsidérer son implantation alors que cette croix est installée depuis douze ans !

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