L’UNESCO envisage de classer au patrimoine mondial les cimetières militaires de 14-18
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
Jean-Gabriel Masson, maire de Fromelles (Nord) : « Nous sommes vraiment dans cette notion de partage d’une histoire commune. »
L’UNESCO examine la possibilité de faire figurer au patrimoine mondial de l’humanité 136 sites de la Première Guerre mondiale de France et de Belgique. Des experts visitent actuellement les différents lieux et celui de Fromelles est évidemment concerné puisque 7000 soldats australiens et britanniques ont perdu la vie lors de la bataille qui s’y est déroulée en juillet 1916. C’est un dossier important, qui requiert plusieurs mois de traitement, porté par de nombreux partenaires, des élus ainsi que l’association Paysages et sites de mémoire de la Grande Guerre. Rappelons que le label patrimoine mondial est attribué à « des lieux sans équivalent dans le monde et dignes d’intérêt pour toute l’humanité ». Jean-Gabriel Masson, maire de Fromelles, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : On évoque beaucoup le développement touristique que pourrait connaître votre région avec ce projet de classement de l’UNESCO, mais vous souhaitez davantage accentuer vos projets sur la notion de respect de la mémoire. Comment abordez-vous ce dossier ?
Jean-Gabriel Masson : Tourisme et mémoire sont deux mots antagonistes à mes yeux : ce serait plutôt un tourisme au sens d’un accueil bienveillant et dans la simplicité pour accompagner les personnes qui viennent se recueillir sur les sépultures de leurs ancêtres. Nous devons les accompagner dans ce travail de commémoration et nous ne pouvons pas aborder cela sous l’angle économique. En tant que collectivité locale, nous vivons ces événements avec ces personnes qui viennent depuis les années 80 et qui sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui. Nous essayons de les recevoir en toute simplicité et nous organisons des commémorations tout au long de l’année. Finalement, le dossier UNESCO, sur le site de Fromelles comme sur de nombreux autres sites, permet de reconnaître cet esprit et de rappeler que nous avons aussi quelque chose à transmettre aux générations futures. Nous ne sommes pas du tout dans une logique économique, c’est hors de propos, même si, évidemment, cela permet de valoriser et de développer notre territoire. Nous voulons également permettre à d’autres projets d’émerger autour de la mémoire et de favoriser aussi le tourisme dans une logique d’accueil au sens noble du terme. L’idée n’est pas de créer des complexes hôteliers, mais de pouvoir accueillir ceux qui veulent venir dans de bonnes conditions et leur permettre de vivre une expérience personnelle et émotionnelle qui soit la plus riche possible.
Comment pouvez-vous transmettre cette émotion aux jeunes générations, qui sont souvent habituées aux images violentes et qui ne font parfois pas la distinction entre la fiction et la réalité historique ?
Nous ne sommes pas dans un traitement sur la violence de la guerre. Le but n’est pas de faire des reconstitutions de batailles en montrant tous les détails avec des explosions et des morts. Cela aurait pu être une approche que nous aurions pu avoir il y a quelques décennies. D’ailleurs, nous commémorons la bataille de Fromelles qui a eu lieu le 19 juillet 1916 et qui a été l’un des actes fondateurs de la nation australienne. Mais nous ne sommes pas dans un aspect violent, puisque nous commémorons plutôt les personnes qui ont sacrifié leur vie. À travers l’histoire de chacun, grâce aux identifications ADN que nous avons pu obtenir, notamment lorsque nous avons retrouvé des corps dans des fosses communes, nous avons pu remettre à l’honneur ces soldats oubliés. Nous sommes en lien avec leurs descendants dans une approche de deuil qui sort complètement d’une thématique violente puisque nous expliquons qu’il y a eu des vies sacrifiées pour, finalement, une bataille qui n’a été qu’une diversion... Le deuxième aspect de notre démarche consiste aussi à créer des contacts entre les jeunes générations, puisque des jeunes Australiens viennent nous visiter et nous sommes vraiment dans cette notion de partage d’une histoire commune. D’ailleurs, je pense qu’il serait hors de propos de faire un descriptif détaillé et violent de cette bataille.
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