Après son échec dans le domaine du cancer du foie, Onxeo annonce des données cliniques convaincantes pour son mécanisme de réparation de l’ADN tumoral
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Judith Greciet, directeur général d’Onxeo : « Il y a un risque réel sur les développements, mais aussi une possibilité de retour sur investissement qui va au-delà de ce que l’on peut avoir ailleurs. »
C’est la biotech dont on a le plus parlé au cours de ces dernières semaines : Onxeo. Cotée à Paris et à Copenhague, la société a subi un sévère revers boursier suite à l’échec, en phase III, de son candidat médicament dédié au cancer primitif du foie. Cependant, deux semaines plus tard, la société a de nouveau progressé en annonçant des données précliniques convaincantes pour ses deux molécules innovantes, AsiDNA et belinostat. Les résultats portent sur des études précliniques in vitro de l’association d’AsiDNA, un inhibiteur de réparation de l’ADN tumoral first-in-class (nouvelle classe thérapeutique), avec les inhibiteurs d’histone-déacétylases (HDACi), dont belinostat, sur diverses lignées tumorales.
Sur la base de données scientifiques montrant que les inhibiteurs d’HDCA augmentent les cassures double brin d’ADN dans les cellules tumorales, la société de biotechnologie a mis en place un plan d’expérience démontrant l’effet synergique de l’association d’AsiDNA avec les HDACi, et notamment avec belinostat. Pour mieux comprendre ce que cela signifie, nous avons demandé à Judith Greciet, directeur général d’Onxeo, de nous expliquer pourquoi cette annonce, avec une plate-forme qui utilise un mécanisme de « leurre » pour lutter contre le cancer, est importante.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez annoncé avoir perdu une bataille le 12 septembre dernier, toutefois vous en avez remporté une autre le 1er octobre : sur combien de fronts êtes-vous ?
Judith Greciet : Schématiquement, nous sommes sur trois grands fronts. Il y a ce programme qui est une reformulation Doxorubicine, une chimiothérapie développée dans le cancer primitif du foie, et c’est ce programme sur lequel nous avons annoncé des résultats non positifs de notre étude de phase 3. C’est un premier champ et une grosse partie de ces activités est mise en attente après la publication des résultats de cette étude, le temps de trouver un moyen de le valoriser et de lui trouver une voie pertinente. Ensuite, nous avons deux autres grandes lignes d’activités qui ont un point commun : ce sont des produits qui vont avoir une activité anticancéreuse, avec des mécanismes très innovants, et qui vont atteindre systématiquement ce que l’on appelle l’épigénétique. Cela signifie que l’on cible des récepteurs ou des protéines qui ont un rôle dans la composition et le cycle de l’ADN tumoral au moment de la cancérisation et de la multiplication cellulaire. Nous avons un programme qui s’appelle Belinostat, ce sont aussi des protéines qui vont intervenir au moment où la chromatine qui forme l’ADN se rassemble pour former les chromosomes, une étape indispensable à la multiplication cellulaire, donc ils vont cibler les protéines en empêchant cette chromatine de se condenser.
C’est un premier programme sur lequel nous travaillons. Le deuxième est extrêmement innovant, AsiDNA, c’est un inhibiteur de la réparation de l’ADN tumoral. C’est une petite molécule qui, quand elle est dans la cellule tumorale, va reproduire les signaux que l’ADN tumoral émet lorsqu’il est abîmé et qu’il a besoin d’être réparé pour que la cellule puisse se répliquer. En fait, il crée des faux signaux, c’est un leurre, l’objectif est d’attirer les enzymes réparatrices. Nous sommes sur des mécanismes qui sont différents, mais toujours dans un même domaine, avec une même finalité, ce sont deux programmes dont nous avons fait l’acquisition l’année dernière et il y a trois ans, et sur lesquels nous avons beaucoup d’espoir. Ce sont des programmes très prometteurs. Nous venons d’annoncer la plate-forme platON, une plate-forme de chimie, en prenant trois composés, un morceau d’ADN, un linker et un vecteur (une molécule qui facilite la pénétration dans la cellule). En jouant sur la configuration de ces trois éléments, on peut finalement dessiner un certain nombre d’autres molécules qui vont avoir des activités différentes, ce que l’on appelle la plate-forme platON, c’est-à-dire une espèce de source de nouveaux composés que l’on peut designer, mettre en production, afin de les faire entrer dans un processus de développement.
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