Le crépuscule de l’Occident : chronique de la décadence.
LITTÉRATURE
Olivier Piacentini a publié « Vers la chute de l’Empire Occidental » en décembre 2016, un ouvrage remarqué dans lequel il s’interrogeait sur notre civilisation qui vacille « et ne semble pas en mesure d’éradiquer ces ennemis acharnés ». Ainsi, « le déclin de nos économies, la fuite de nos industries, l’endettement de nos États donnent à ces pays l’occasion de contester un leadership occidental sans partage depuis plusieurs siècles ». Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, l’auteur dirige un cabinet de conseil spécialisé dans la création d’entreprises.
Son dernier livre, intitulé « Le crépuscule de l’Occident » vient de sortir. Il reste sur le même douloureux constat : « J’analyse dans sa globalité ce que je considère être un véritable déclin de l’Occident et qui pourrait conduire à terme à la chute de l’empire occidental. Dans mon premier livre, j’ai analysé les conséquences du déclin de l’Occident d’un point de vue géopolitique et économique. Je considère que les pays occidentaux, l’Europe et les États-Unis sont en train de perdre la main sur les affaires du monde. On voit bien que cela ne s’arrange pas. Dans ce nouveau livre, j’essaie d’évoquer l’état d’esprit qui a conduit notre civilisation à plonger dans le déclin ». Lorsque l’on aborde ce sujet, on est toujours surpris par le refus d’une partie de la population de regarder les choses en face. Olivier Piacentini explique que « c’est une manière de se voiler la face. On a l’impression que ce qui compte, c’est la consommation, les loisirs et l’hédonisme et, dès que l’on essaie d’expliquer que cela commence à aller mal et qu’il y a d’autres civilisations qui nous concurrencent, d’autres qui nous agressent, on refuse de l’entendre parce que les gens veulent du positif… Selon eux, c’est en pensant positivement qu’ils auront du positif... Mais non, on retrouvera du positif en se positionnant sur les valeurs qui nous ont fait gagner, comme la valeur du travail, l’esprit de conquête ou la valeur du risque. Ce sont ces piliers qui ont fait la victoire du capitalisme industriel occidental et qui sont en train de partir aujourd’hui ».
D’ailleurs, Olivier Piacentini va même jusqu’à dire que ce que l’on appelle la pensée positive constitue paradoxalement l’un des signes de la régression de notre civilisation : « Je veux bien que l’on ait un esprit positif, on pouvait l’avoir quand l’Occident était en pleine ascension, mais il faut une pensée positive qui s’appuie sur une action pour que cela aille dans le bon sens. Si c’est une pensée positive en faisant n’importe quoi et en comptant sur la méthode Coué, ce n’est pas comme cela que l’on va remonter. On se demande si cette méthode n’est finalement pas celle qui est choisie par l’oligarchie qui est au pouvoir et les médias, parce que cela fait des semaines et des semaines que l’on entend que l’économie reprend et que tout va mieux... Mais regardez la réalité : le chômage continue de grimper et les déficits sont toujours aussi élevés. Donc, ce n’est pas en pensant que les choses vont aller mieux, qu’elles vont aller réellement mieux ».
Toujours dans cette optique, au sujet de la publication de son dernier ouvrage, Olivier Piacentini estime que cet angélisme est l’illustration d’une certaine arrogance occidentale qui considère détenir la solution universelle pour assurer le bonheur collectif : « Quand le Mur de Berlin s’est écroulé au début des années 90 on a cru que les valeurs occidentales allaient se répandre d’elles-mêmes à travers le monde et que nous étions appelés à devenir la civilisation universelle. Finalement, tout le monde allait entrer dans notre mode de consommation et de loisirs. On voit bien que cela n’a pas été le cas. On voit bien que c’est la vision d’Huntington dans « Le choc des civilisations » qui s’est réalisée avec la naissance de ces conflits entre différents pôles de civilisation dans le monde, en particulier avec le monde musulman ».
D’ailleurs, le problème du choc des civilisations reste toujours posé, même s’il y a une tentation de l’Occident mais sur le plan de la consommation et non sur celui des valeurs : « Les politiques keynésiennes ont débouché sur des États-providence colossaux qui n’hésitent pas à faire du déficit et de la dette pour soutenir le niveau de consommation des populations occidentales, même si elles ne produisent plus ce dont elles ont besoin pour assurer leur train de vie. Effectivement, il y a un désir d’Occident, dans le sens où tout le monde a le désir d’avoir plus de liberté, plus de démocratie, avec un niveau de vie qui s’élève, mais les autres civilisations n’apportent pas du tout cela de la même manière que nous. Dans le pôle musulman, il y a effectivement une partie de la jeunesse qui a la volonté de rejoindre le monde occidental, mais il y a une réaction en face, avec le terrorisme, qui ne veut surtout pas que la jeunesse musulmane rejoigne cette sphère occidentalisée. Vous avez le versant chinois qui consiste à élever le niveau de production, le niveau économique, le niveau de consommation de la population, avec une classe moyenne qui émerge, mais sans déroger au parti unique et à une planification de l’économie par les instances gouvernementales. Finalement, ils essaient de rejoindre le niveau économique de l’Occident sans déroger aux principes de base qui était ceux de la Chine depuis fort longtemps ».
Olivier Piacentini évoque des générations biberonnées à l’État-providence et au refus de l’exigence, et il ne perçoit aucun espoir de redressement, du moins à court terme : « La France est un pays très particulier et qui inquiète beaucoup. Emmanuel Macron n’a pas un vrai mandat pour réformer la France. Il se contente de quelques réformettes pour maintenir le système à flot, mais il n’a pas un vrai mandat comme aurait pu l’avoir François Fillon. Il propose simplement de changer quelques éléments pour permettre au système de se maintenir avec la tête au-dessus du niveau de la mer. Maintenant, il s’inquiète de constater que la France n’est pas vraiment réformable. En réalité, sans les affaires, François Fillon serait arrivé en tête et beaucoup de gens ont voté par dépit pour Emmanuel Macron ».
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