Renault-Nissan : vers une fusion... industrielle, mais pas juridique.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 septembre 2017 (numéro 908) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Renault-Nissan : la fusion impossible. Renault et Nissan peuvent-ils fusionner ? C’est la question qui se pose, avec régularité, du fait du sauvetage de Nissan par Renault, qui détient désormais 43 % du capital de sa filiale. En contrepartie, pour récupérer de l’argent et se rembourser un petit peu sur la bête, après le redressement de Nissan, Renault a réalisé une augmentation de capital réservée à Nissan Finance, des actions dépourvues de droits de vote puisque dans un strict système juridique d’autocontrôle. Renault a récupéré des fonds propres, Nissan a une participation qui est dépourvue tant de droits de vote que de dividendes, c’est le rapport « naturel », entre une maison-mère et une filiale.

Avec les 5 milliards d’euros environ qui ont été apportés par Renault à Nissan, via une augmentation de capital, l’entreprise japonaise, alors en perdition, a pu se désendetter, et a obtenu le temps nécessaire pour que Carlos Ghosn, alors directeur général de Renault et numéro deux de Louis Schweitzer, puisse opérer le redressement de Nissan, en mettant un grand coup de balai dans toutes les participations extraordinairement nombreuses qu’il pouvait y avoir dans ce conglomérat, fabriquant des machines-outils, des camions, des moteurs pour bateaux… une sorte d’inventaire à la Prévert. Fermeture d’usines, réduction des effectifs, recentrage sur les marchés porteurs, simplification des gammes et utilisation des ressources apportées par Renault ont pu permettre un redressement assez rapide de Nissan, notamment en Europe, où les pertes étaient colossales, grâce notamment au recours à RCI Banque (la filiale financière de Renault), qui a pu financer les concessionnaires et la filiale européenne de Nissan de façon normale, alors que Nissan surpayait ses emprunts, vu sa situation financière.


L’argent de Renault a sauvé Nissan.

Renault a restructuré complètement le réseau de distribution de Nissan en Europe, l’a simplifié, et, grosso modo, 80 à 90 % des concessionnaires Nissan se sont vu croqués par des concessionnaires Renault, qui ont établi des magasins neufs juste à côté de leur concession au losange. Nissan a pu récupérer des moteurs très efficaces dans la gamme de Renault, a économisé énormément en ce qui concerne les frais de recherche et de développement, et a pu restructurer sa gamme, de manière à ce qu’elle devienne complémentaire, en inventant les Crossover tels que le Qashqai, à celle proposée par Renault, beaucoup plus classique. Lorsque Renault a pris la main sur Nissan, en Amérique du Nord, la part de marché était tombée à 2 % environ et les pertes étaient également assez fortes. Renault a simplifié l’organisation de Nissan, mis fin au siège en Californie, regroupé les dirigeants et les ingénieurs à côté de l’usine principale du sud des Etats-Unis, et conçu une gamme qui pouvait davantage correspondre aux besoins de l’Amérique du Nord, à partir de la gamme japonaise ou de modèles spécifiques, comme le gros pick-up Titan. En Amérique du Sud, Renault a ouvert la porte à Nissan qui n’y était pas présent. Renault a offert à Nissan ses capacités de fabrication dans son usine du Mexique, où un véhicule de petite dimension a été monté sur les chaînes qui, naguère, fabriquaient les Clio et les Kangoo pour le Mexique et une partie de l’Amérique du Sud. Il en a été de même au Brésil et en Argentine, où Renault s’était implanté de plus longue date, et où Nissan a pu bénéficier d’usines de montage, de moteurs, et d’une gamme d’organes techniques lui permettant de fabriquer sur place, et de prendre une part de marché qui, désormais, n’est plus du tout à négliger.


Europe, USA, Amérique du Sud : Nissan a été porté par le losange.

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