Le coup de gueule du patron du réseau ERA Immobilier

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Éric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier : « À force de taper sur les propriétaires, ils vont arrêter d’investir. »

ERA Immobilier est l’un des plus importants réseaux de franchise d’agences immobilières dans le monde. Présent dans 35 pays, il emploie plus de 32 000 collaborateurs dans plus de 2 300 agences. En Europe, le réseau est présent dans 14 pays avec 1 100 agences, dont 380 en France. Éric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier, est connu pour ne pas manier la langue de bois. Il le prouve une nouvelle fois en publiant un coup de gueule sur la polémique autour des 5 euros : « Demander aux propriétaires de baisser leurs loyers de 5 euros, c’est faire peser sur eux une nouvelle taxe et laisser entendre qu’ils abuseraient en matière de loyers ». Selon lui, « si les investisseurs se détournent de la location traditionnelle et optent pour d’autres modes de location, tel que Airbnb, ils pourront également être tentés d’investir dans des villes étrangères qui offrent de meilleures rentabilités et une meilleure sécurité. Ils pourront aussi se tourner vers d’autres investissements non immobiliers, en aggravant ainsi la crise du logement en France ». Nous avons interrogé Éric Allouche sur ce sujet.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez que les récentes déclarations du gouvernement demandant aux propriétaires de baisser de 5 euros le prix de leurs loyers sont une catastrophe pour l’économie du secteur. Quelle est votre analyse ?

Éric Allouche : Avec cette polémique sur les 5 euros, nous n’avons pas une politique du logement définie, avec des orientations précises sur ce que souhaite le gouvernement et ce qui est bon pour la France. L’histoire des 5 euros relève davantage de l’anecdote que du sérieux. Dire que l’on va faire peser sur les propriétaires ces 5 euros qui représentent la réduction du montant des APL, c’est encore une fois dresser les locataires contre les propriétaires, en laissant entendre que ce seraient les propriétaires qui abusent et qui exagèrent. Une fois que l’on a dit cela, il faut descendre un peu et essayer de comprendre. Aujourd’hui, nous avons des loyers qui sont stables, ou qui sont en baisse, c’est l’indicateur officiel de l’immobilier Clameur qui l’indique dans sa dernière étude, mais le parc locatif est en diminution (- 4 % à fin août) et nous avons des bailleurs qui vendent à des propriétaires occupants. Donc, nous avons des biens en location qui sont vendus à des gens qui vont habiter dedans. Cela veut dire qu’il y a moins de logements qui vont être mis en location. Une fois que l’on a analysé ces paramètres, les choses sont assez simples. Un propriétaire est à la recherche de rentabilité, il ne fait pas les choses par humanisme mais parce qu’il a besoin de rembourser son crédit ! Il y a aussi des gens qui ont acheté un bien pour leur retraite et qui attendent leurs loyers. Si ces gens ont l’impression que leur investissement n’est pas rentable, ils s’en vont du secteur. Un signal a été donné avec l’ISF sur les investissements : ce n’est pas mal, cela va peut-être permettre à certaines personnes de revenir en France pour investir, il vaut mieux qu’elles investissent en France qu’en Angleterre ou ailleurs… En revanche, on garde un ISF immobilier. Cela n’est pas très cohérent, car cela laisse entendre que l’immobilier serait un investissement de rentiers, avec des gens qui s’en mettent plein les poches et qui ne produisent rien pour notre pays.

Ce n’est pas juste, parce qu’il faut savoir que l’immobilier est le premier poste d’investissement des Français. On dit souvent que quand le bâtiment va, tout va ! L’immobilier est un facteur de croissance et de production d’emplois, c’est quelque chose qui est très important pour notre économie. D’où ce coup de gueule. Aujourd’hui, tout le monde dit que l’on a besoin de renouer avec la croissance. La croissance ne va pas revenir par magie, parce que l’on est dans une situation économique favorable. Peut-être, mais cela ne suffit pas. Donc, il faut des investissements et des profits. Si vous stigmatisez les gens qui font des profits, les gens ne vont plus faire de profits, donc ils ne vont plus investir. Nous avons aussi un problème d’insuffisance dans l’offre de logements disponibles. Face à cela, il faut permettre l’augmentation du nombre de biens à louer, en favorisant les investissements locatifs, en prolongeant le Pinel et, surtout, en donnant envie aux investisseurs d’investir. Du coup, cela augmentera le volume de biens à louer et, mécaniquement, cela fera baisser le prix des locations. Si vous augmentez le nombre de biens à louer, mécaniquement vous allez faire baisser les prix, donc il faut aussi tenir compte du jeu de la concurrence, qui est un jeu sain. À force de taper sur les propriétaires, ils vont arrêter d’investir. Donc, il faut faciliter l’accès au logement et la fluidité des ventes. Il faudrait peut-être aussi baisser la durée des plus-values, puisque nous en sommes à 22 ans : si l’on sortait au bout de 15 ans, peut-être que certains propriétaires vendraient leur bien, cela augmenterait ainsi le volume des biens disponibles sur le marché et cela ferait aussi baisser le prix des biens à la vente. Enfin, cela augmenterait le volume des biens à la location. Donc, c’est tout ce mécanisme qu’il faut revoir ! Ce genre de déclaration sur les 5 euros m’a beaucoup déçu, parce que Monsieur Macron a fait naître énormément d’espoir. Il parle autrement, c’est quelqu’un qui a une sensibilité sociale et qui a l’air de comprendre l’économie.


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