Vivendi cherche à redresser Canal+

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 septembre 2017 (numéro 906) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Vivendi cherche à sortir du flou. Si beaucoup d’analystes financiers sont aujourd’hui dans l’incertitude concernant la stratégie du groupe Vivendi, cette incertitude n’est pas partagée par les actionnaires. Le 25 avril 2017, lors de l’assemblée générale de l’entreprise, qui s’est tenue à Paris avec un quorum de 62,9 % de membres présents ou représentés, le groupe Bolloré, qui détient un peu plus de 20,5 % du capital, était en théorie minoritaire, malgré ses droits de vote doubles. Cela n’a pas empêché que 82 % des actionnaires présents ou représentés ont voté en faveur du renouvellement de Vincent Bolloré en qualité de membre du conseil de surveillance, un conseil de surveillance qui est désormais composé de six femmes sur douze membres, une parité totale, quelque chose de rare dans la gouvernance des entreprises importantes qui sont cotées à la Bourse de Paris. Je rappelle que trois membres font partie du groupe Bolloré et trois autres membres font partie du personnel de Vivendi, ledit personnel détenant environ 3,5 % du capital. Il n’y a pas d’unanimité concernant la gouvernance de Vincent Bolloré, mais les actionnaires ne sont pas non plus dissidents, et font confiance, dans leur globalité, à ce « groupe industriel intégré dans les médias et les contenus », selon le communiqué qui fut diffusé juste après l’assemblée générale. 


Bolloré a tout changé, ou presque.

L’irruption puis la prise de contrôle de Vincent Bolloré dans le capital de Vivendi a entraîné une profonde réorganisation et transformation de l’entreprise. Les actifs dans les télécoms (Maroc Telecom, SFR, GVT au Brésil…) ont été vendus, il en a été de mêmes d’Activision Blizzard, une formidable réussite dans le domaine des jeux vidéo, avec des valorisations, pour les reventes, qui ont été particulièrement heureuses, ce qui a permis de distribuer environ 6 euros à chaque actionnaire, sous forme de dividende extraordinaire. Si l’on pouvait résumer, partiellement au moins, Bolloré s’est « payé sur la bête ». Une partie significative de son investissement a été remboursée via ces dividendes extraordinaires. Le dividende ordinaire de Vivendi, fixé à 0,40 euro par action au titre de l’exercice 2016, payé le 4 mai 2017, n’est plus à la hauteur de ce qui fut traditionnellement distribué du temps où la machine à cash SFR était propriété du groupe Vivendi. Outre la distribution de l’argent reçu de la vente de ses participations vers les actionnaires, Vivendi a investi assez lourdement, dans une stratégie qui ne semble pas toujours évidente pour l’actionnaire extérieur, pour l’analyste financier. Le groupe Vivendi a acheté Dailymotion, cela ne fut pas vraiment une réussite ! C’était un petit investissement, l’objectif, en rachetant cette entreprise à Orange, était d’écarter d’autres repreneurs, et de prendre une position d’attente, face au géant américain YouTube, filiale de Google. Vivendi vient, au début du mois de juillet, de racheter les 59,2 % du capital détenus dans Havas par le groupe Bolloré, là encore, Bolloré a été en mesure de récupérer l’argent lui permettant de se désendetter, un endettement contracté au moment de son renforcement dans le capital de Vivendi.


Havas, la dernière acquisition.

Les actionnaires de Havas bénéficient d’une porte de sortie à 9,25 euros, lorsque le groupe Bolloré est entré dans Havas, le titre était aux alentours de 3 à 4 euros, la valorisation pour les minoritaires a été correcte, personne ne se plaint, en général, d’être associé à Vincent Bolloré. Le passé ne peut pour autant pas engager l’avenir. Même si le passé a été brillant, le groupe Bolloré, dans sa gestion de Vivendi, doit faire ses preuves. Outre le rachat d’Havas, on se souvient que le groupe est entré à la hussarde dans le capital d’Ubisoft (presque 30 % désormais), et s’est retrouvé cantonné à la porte du conseil d’administration par une famille Guillemot qui n’aime pas que l’on entre sur son précarré. Le groupe Vivendi a récupéré le contrôle d’une autre entreprise du groupe Guillemot, plus spécialisée dans les jeux sur mobile, qui permet de développer des microjeux. Gameloft est désormais une filiale intégrée à 100 %. Cette réussite ne doit pas faire oublier qu’il y a des mésaventures en Italie. Le gouvernement italien se demande si le groupe Vivendi outrepasse son rôle de premier actionnaire et se trouve dirigeant de fait de Telecom Italia, une entreprise dont les dirigeants ont été nommés, ce qui est logique, par le premier actionnaire en l’occurrence le groupe Vivendi. Vivendi détient une petite participation dans l’espagnol Telefonica, cette participation est issue du paiement partiel par titres Telefonica de la filiale brésilienne GVT. Le groupe Vivendi est également actionnaire significatif de tout un tas d’autres affaires, à travers notamment Universal Music Group, numéro un mondial de la musique (édition musicale, musique enregistrée, merchandising, droits sur les partitions…).

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.