La riche Californie, un futur Etat indépendant ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 1er septembre 2017 (numéro 905) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

La Californie peut-elle avoir un avenir indépendant ? L’Etat de Californie est un bastion démocrate depuis les années 1990. En novembre 2016, les suffrages populaires ont été à hauteur de 61,5 % pour Hillary Clinton, soit presque le double des 31,5 % qui se sont portés en faveur du candidat républicain, Donald Trump. Il y a eu un énorme décalage avec le résultat national, l’ancienne secrétaire d’Etat avait récupéré 48 % des votes populaires sur l’ensemble des Etats-Unis, contre 45,9 % pour Donald Trump, qui fut victorieux grâce au système des grands électeurs, logique dans un Etat fédéral. Un sondage récent qui fut réalisé entre décembre 2016 et janvier 2017 dit qu’un tiers des Californiens qui ont été interrogés seraient favorables à un retrait pacifique de leur Etat du reste du pays. En 2014, une enquête similaire indiquait que seulement 20 % des sondés y étaient favorables. Le « Calexit », à savoir la sortie de la Californie des Etats-Unis d’Amérique, ce n’est pas encore une idée majoritaire, mais c’est une idée qui progresse de plus en plus. 


Le “Calexit” progresse.

La Californie pourrait tout à fait avoir un rôle à jouer en devenant un Etat indépendant, avec un PIB de presque 2.500 milliards de dollars en 2016 soit 14 % de la richesse nationale des Etats-Unis, ce ne serait pas un petit Etat, ni en surface, ni en population, ni en richesses créées. Si jamais elle devenait un jour indépendante, la Californie serait la sixième puissance économique mondiale, il convient de le rappeler. La Californie serait un Etat beaucoup plus petit en taille que le Canada, mais beaucoup plus riche en termes de création de richesses. Très proche des Etats-Unis, le Canada est un pays indépendant qui est très dépendant des Etats-Unis, avec un accord de libre-échange qui a beau être remis en question de manière sporadique par l’administration Trump, il ne faut pas oublier que les échanges entre les Etats-Unis et le Canada sont de plus de 625 milliards de dollars, quand on additionne les biens et les services, pour les chiffres de 2016. Les Etats-Unis sont déficitaires dans leur commerce avec le Canada, on pourrait penser, en cas de Californie indépendante, que les rapports seraient plus équilibrés entre la Californie, fortement exportatrice de nourriture et de biens électroniques, qui importe beaucoup d’autres éléments du reste de l’Amérique du Nord, dont notamment les camions, les automobiles, et beaucoup de services. Le détricotage de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, qui va officiellement commencer, avec des négociations qui ouvrent au mois d’août prochain, apparaît comme extraordinairement difficile, de la même manière, si jamais un jour la Californie devient indépendante, ce sera à l’intérieur de cet ensemble de libre-échange nord-américain, il y aura un partenariat plus équilibré, avec un quatrième partenaire, très proche du Mexique puisqu’un gros tiers de la population californienne au moins parle l’espagnol.


L’espagnol s’impose de plus en plus.

Dans la grande agglomération de Los Angeles et encore davantage dans la ville frontalière de San Diego, l’espagnol est souvent la première langue parlée dans la rue, plus de la moitié des habitants de Los Angeles parlent l’espagnol couramment. Dans un monde qui se tourne vers le Pacifique, la Californie vit très mal l’hostilité qu’il peut y avoir, à terme, entre la Chine et les Etats-Unis. La grande conurbation qui va de Sacramento à San Diego, en passant par San Francisco et Los Angeles a vocation, du point de vue californien, à contrebalancer la grande conurbation qui va de Boston à Washington, en passant par New York et Philadelphie. La densité de population sur la partie proche du Pacifique de la Californie est supérieure à celle constatée sur la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs, pour la conurbation qui suit la route du Roy entre Québec et Montréal puis se prolonge vers Ottawa et Toronto, avant de s’épanouir dans le Michigan, avec Detroit et Chicago comme ultime horizon, un débouché vers les grandes plaines. De la même manière que les économies du Michigan et de l’Etat de l’Ontario sont particulièrement imbriquées les unes dans les autres, au Canada, la Californie est très imbriquée avec l’économie mexicaine, où se trouvent beaucoup d’usines qui fabriquent des pièces et sont sous-traitantes des usines californiennes. Il y a notamment eu, il convient de le rappeler, la mise en place de fabrication de pièces détachées pour Boeing, gros industriel californien en plus de ses implantations de Seattle, dans le nord du Mexique, à proximité de la Californie. Il en est de même pour beaucoup d’usines automobiles pour tous les constructeurs nord-américains ou asiatiques implantés en Amérique du Nord.

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