Une nouvelle approche de l’action politique

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Baptiste Djebbari, député LREM de la Haute-Vienne : « Il faut essayer d’être pédagogique et surtout de ne pas prendre des engagements à la légère. »

Qui sont ces députés de La République en Marche ? Depuis quelques semaines, on observe souvent les mêmes caricatures : des parlementaires godillots, des nouveaux élus qui n’ont pas de fond ou de culture, des gens sans idées… À 35 ans, Jean-Baptiste Djebbari a déjà une carrière professionnelle bien remplie et il n’avait pas besoin d’un mandat de député pour vivre, contrairement à de nombreux politiciens professionnels… Ce pilote de ligne avait envie de s’engager pour son pays. Il a connu les difficultés de la création d’entreprise et il estime qu’il peut faire évoluer les choses dans ce domaine. Le jeune parlementaire s’est fait remarquer lors de la séance de questions au gouvernement, le 12 juillet dernier, en se montrant fortement impressionné par l’hémicycle et le regard de ses collègues et des ministres au moment de prendre la parole. Il en a perdu le fil de sa question, qu’il a dû reprendre en lisant son papier : ceux qui sont dans le négatif retiendront l’image d’un député paniqué, tandis que ceux qui aiment voir la vie avec optimisme retiendront le nom d’un jeune élu courageux qui n’a pas eu peur de plonger dans l’arène alors que tant d’autres craignaient de s’exprimer. D’ailleurs, ceux qui ont fait quelque chose dans leur vie savent bien que dans tous les métiers, la première fois est toujours difficile ! Jean-Baptiste Djebbari, député LREM de la Haute-Vienne, a accepté de répondre aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer en politique ?

Jean-Baptiste Djebbari : J’ai une formation scientifique. J’ai été fonctionnaire de l’aviation civile dans le contrôle aérien, je suis rapidement devenu pilote de ligne et j’ai exercé en Angleterre, aux États-Unis et un peu partout en Europe. En 2010, j’ai décidé de me lancer dans la cofondation d’une compagnie aérienne d’affaires, qui est basée au Bourget et qui existe encore. Ensuite, j’ai fait un passage au ministère des Transports sur la question des affaires internationales, notamment pour promouvoir le savoir-faire français, ainsi que dans la détection des innovations. J’ai travaillé sur des sujets très pratiques, notamment sur les drones ou la reconstruction du contrôle aérien en Haïti. Ce qui était intéressant, c’était d’être à la frontière entre le privé et le public. On pouvait parler avec le tampon de l’État - ce qui facilitait beaucoup de choses - mais nous étions aussi dans un GIE qui était une petite structure où il y avait tout à inventer. Ensuite, j’ai voulu tenter de créer une compagnie aérienne interrégionale et c’est ainsi que j’ai pu rencontrer Emmanuel Macron pour la première fois : à l’époque, c’était grâce à Bruno Le Roux, qui est aussi pilote. Nous avons notamment pu obtenir l’entrée au capital de la BPI et des introductions auprès des compagnies bancaires pour discuter du financement des premiers avions. Le projet a été suspendu l’été dernier, parce que nous n’avions réussi à financer que deux avions et demi et il nous manquait un peu d’argent… Certaines normes réglementaires freinaient un peu les investisseurs. Depuis, j’ai repris la direction des opérations d’une compagnie aérienne d’affaires, une PME de 135 personnes avec une vingtaine d’avions et une centaine de pilotes, et nous opérons un peu partout en Europe. Je suis toujours pilote, j’essaie de voler un peu, mais c’était quasiment impossible pendant la campagne électorale ! Je pense que je vais être obligé d’arrêter les fonctions de direction, puisque cela me semble incompatible avec celles de député à temps plein. Mais j’aimerais bien garder un pied dans le cockpit pendant ces cinq ans pour m’oxygéner un peu et rester en prise avec le secteur professionnel, car je pense que c’est essentiel. L’Assemblée nationale, c’est une vraie fonction à temps plein, mais il est quand même important de garder une activité professionnelle, même résiduelle, dans un secteur que l’on connaît.

Alors, il y a deux éléments qui m’ont incité à me lancer en politique. Il y a d’abord la culture familiale. Même si je n’ai jamais été encarté, ma grand-mère était au PS en charge du droit des femmes et j’ai une famille assez attentive à la vie publique. J’étais un observateur attentif, mais je n’ai jamais trouvé le moyen de m’engager. Un certain moment, je me suis intéressé aux différents partis, j’ai été dans des réunions PS et dans des réunions UMP pour voir si cela me correspondait, mais ce n’était pas le cas… Il y a une forme d’égocentrisme des partis, on ne parle que de la vie du parti et de son positionnement, mais on ne parle pas des idées ! J’ai rencontré Emmanuel Macron, je l’ai trouvé différent et aussi plus à l’écoute. Je me suis intéressé au mouvement En Marche ! et j’ai trouvé que c’était vraiment intéressant, car on parlait du fond. La première réunion était consacrée à l’hôpital public et à la moralisation de la vie politique. Finalement, je me suis trouvé moins incompétent que je le pensais sur le fond et cet espace de débat me convenait parfaitement, parce que l’on pouvait s’exprimer. Ensuite, j’ai coanimé des conférences à Limoges, une sur l’innovation et l’économie, et une autre sur des aspects plus programmatiques. En janvier, j’ai postulé pour les législatives et j’ai été retenu. Alors, on se lance corps et âme dans la campagne en n’y connaissant pas grand-chose... C’était une campagne artisanale et sincère. Avant le premier tour, je n’avais vraiment aucune idée du score que l’on ferait et, finalement, on est arrivé à 36 % ! C’était une aventure vraiment enrichissante, avec des rencontres que je n’oublierai jamais. Un jour, j’ai visité une coopérative de pommes, j’ai rencontré 70 ouvrières qui faisaient essentiellement de l’emballage, et les producteurs de pommes évidemment. C’était une rencontre vraiment forte parce que les gens parlent de leurs problèmes au quotidien et, face à cela, il faut essayer d’être pédagogique et surtout de ne pas prendre des engagements à la légère. Au deuxième tour, je me suis retrouvé face à un candidat communiste. Localement, on a vu que les réticences des instances politiques étaient fortes, puisque l’UDI et les LR ont appelé à voter contre moi, c’est-à-dire pour le Parti communiste !


Vous nous dites bien que l’UDI et les LR ont préféré appelé voter pour un candidat communiste, plutôt que pour le candidat d’En Marche ?

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