Discours du Trône : ne changez rien, c’est Hollande 2.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 14 juillet 2017 (numéro 901) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

La confiance a été votée par les députés au gouvernement de Edouard Philippe par 370 votes pour et avec seulement 67 votes contre, le plus faible niveau depuis 1958. Pourtant, lors de son discours devant le Congrès réunissant députés et sénateurs à Versailles lundi, le président de la République n’a rien annoncé de révolutionnaire, et, lors de son discours à l’Assemblée nationale ce mardi, le Premier ministre n’a fait que répéter une longue litanie de mesurettes, repoussant à plus tard, si Dieu le veut, la révolution qui avait pourtant été promise par le candidat, devenu président. L’opération de communication, car il s’agit là d’une véritable opération de communication de propagande, a été rondement menée. La semaine dernière, on a eu l’épisode du bilan, qui, par la voix de la Cour des comptes, a répété ce que nous avions écrit dans l’Hebdo Bourse Plus dès l’été 2016 à savoir que le budget pour 2017 était un faux budget, aux recettes surestimées et aux dépenses sous estimées. 


Excédents outre-Rhin, déficits chez nous.

Alors que l’Allemagne est en excédent budgétaire, la France est en déficit et ne réduit pas ses déficits, tendanciellement, il y avait une dérive poussant à l’aggravation des déficits budgétaires sur les années 2017 et 2018, ce qui est totalement impensable. Non seulement le paquet de dette commence à faire gros, avec officiellement au 31 mars 2017 plus de 2.200 milliards d’euros de dette publique, mais la perspective d’une remontée des taux d’intérêt, qui se dessine à partir du milieu de l’année 2018 au plus tard et peut-être plus tôt, notamment sur les taux d’intérêt à long terme, gouvernés par les marchés, on se retrouve dans une situation de « corner », avec un gouvernement qui sera coincé, dans un futur proche, par une remontée drastique des taux qui coûtera, au fur et à mesure des refinancements, 20 milliards d’euros pour chaque 1 % de taux d’intérêt en plus, et bien sûr en dépenses annuelles supplémentaires et obligatoires. L’Espagne, malgré sa majorité fragile aux Cortès, est en train de rentrer dans les clous des traités européens, l’Italie est excédentaire en ce qui concerne le budget primaire (avant paiement des intérêts de la dette), et commence à voir l’équilibre se profiler à son horizon, pour la France, on reste toujours dans le déni, dans la théorie qu’il est possible d’emprunter toujours davantage, et que l’on laissera nos dépenses démagogiques d’aujourd’hui à la charge des générations futures.


Dépenses publiques en hausse.

Il n’est pas question de refaire le passé, mais on peut remarquer que si, en 2002, les propositions que nous avions faites de geler la dépense publique à son niveau qui était déjà particulièrement élevé avaient été retenues, nous serions aujourd’hui dans la même situation que celle de l’Allemagne avec un budget très légèrement excédentaire, avec des dépenses publiques qui seraient raisonnables et permettraient de relancer réellement l’économie, par l’abaissement des impôts et autres charges obligatoires. Au cours du quinquennat de François Hollande, la dépense publique a continué à s’accroître en volume de 0,8 à 0,9 % par an, et l’on était sur une tendance de 1,2 à 1,5 % pour les années 2017 et 2018 selon le diagnostic de la Cour des comptes. Quand la croissance moyenne n’est que de 1 % environ chaque année, sur le long terme, voir les dépenses publiques croître de 0,8 à 0,9 % par an implique une paralysie lente de l’économie, par dissuasion de l’entreprenariat. En chiffrant sans les préciser, le gouvernement a annoncé qu’il allait réduire de 5 milliards d’euros environ les dépenses au titre de 2017 et de 15 à 20 milliards d’euros en 2018. Il ne s’agira pas, craignons-le, de réductions réelles des dépenses, mais tout simplement d’une correction par rapport à la tendance délétère qui était celle annoncée par le rapport de la Cour des comptes.

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