Mémoires du Tour de France

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Juillet, c’est le mois du Tour de France et, pour nous faire revivre l’histoire de cet événement connu dans le monde entier, Daniel Pautrat vient de publier « Mémoires du Tour de France ». Sa voix est indissociable du Tour de France puisqu’il a commenté cette compétition pendant cinquante ans, sur France Inter, puis sur TF1, où il a été suivi par des millions de Français de toutes générations. Dans son livre, il retrace plus d’un demi-siècle de cyclisme et de Jeux Olympiques, et il dépeint l’évolution de la radio et de la télévision. Daniel Pautrat connaît par cœur le Tour de France et il a écrit cet ouvrage d’un trait de plume : « J’ai été bien aidé, dans toute ma vie de reporter, et de radio-reporter en particulier - puisque pour moi la radio est le plus beau des médias - par une génération de champions dont on se souviendra encore pendant des décennies, comme les Anquetil, Poulidor, Merckx, Hinault, Fignon… Je suis incapable de vous dire qui a gagné le Tour il y a six ans, mais je peux vous donner le palmarès de ces belles années que j’ai connues et commentées. Je n’avais jamais voulu écrire de livre, mais mon éditeur, Louis de Mareuil, chaque fois qu’il sortait un livre sur un coureur, venait me trouver en me rappelant que j’avais pas mal d’anecdotes à raconter. L’année dernière, il a fini par me convaincre. Je n’avais plus qu’à prendre la plume et à la laisser s’exprimer sur une feuille qui devenait vite noircie, car j’aurais pu faire deux ou trois livres sur le Tour de France ! »

Le journaliste a commencé sur France Inter à l’époque où la télévision ne retransmettait pas en direct le Tour de France : « J’ai été à l’école de Georges Briquet, l’inventeur du radio reportage sportif. Il m’avait engagé en me disant : « Vous devez être un photographe de la parole et faire preuve d’un maximum d’objectivité. » Tout le monde avait son transistor sur le bord des routes. Dans les Pyrénées, je faisais le commentaire sur la moto et je m’entendais en même temps sur les radios… Je venais de remporter un concours de jeunes reporters et tout le monde m’écoutait ! C’était génial. On était enthousiaste parce que l’on était au cœur de l’action. J’ai une cinquantaine de Tours de France à mon palmarès. J’avais fait du vélo, j’ai fait mon service militaire au bataillon de Joinville et la génération des années 60 et 70, avec les Lucien Aimar, Raymond Delisle, Désiré Letort ou Pierre Le Mellec sons des gens que j’ai connus et avec lesquels j’ai pédalé. J’ai été accepté parfaitement, je faisais partie de leur famille et nous étions capables de faire vivre le Tour tel qu’il était, alors qu’aujourd’hui les coureurs sont enfermés dans leur car jusqu’à cinq minutes avant le départ. Et après l’arrivée, ils ont toujours leur casque et leurs lunettes, on ne les reconnaît plus… Je les appelle des OPNI (Objets pédalants non identifiables). C’est dommage, c’est la vie, mais on ne va pas se retourner vers le passé ».

Daniel Pautrat revient sur son recrutement à la radio : «J’aurais voulu être coureur cycliste. J’étais un petit coureur amateur, j’ai gagné une dizaine de courses et, un jour, Raymond Marcillac a eu la bonne idée d’organiser un concours pour recruter des reporters pour la radio et la télévision. J’étais parmi les 5000 candidats qu’il y avait dans toute la France. Nous étions 64 à être sélectionnés et nous étions opposés un dimanche après-midi en direct à la télévision. Cela s’appelait la coupe des téléreporters. Parallèlement, il y avait la coupe des jeunes artistes qui a été remportée par Mireille Mathieu face à Georgette Lemaire. J’ai été battu en quart de finale, mais j’étais le seul à commenter du cyclisme et à ce moment-là, Georges Briquet cherchait un remplaçant à Robert Chapatte qui s’apprêtait à passer de la radio à la télévision. Quand j’ai appris cela, j’ai tenté ma chance et Georges Briquet m’a pris à l’essai. Je suis arrivé en même temps que Jean-Michel Leulliot, dont le père était journaliste et organisateur du Paris-Nice. Nous avons commencé en 1961 et nous avons assisté à la brillante deuxième victoire de Jacques Anquetil. »

Ensuite, dans son métier, il a aussi toujours fait preuve d’exigence : « J’ai toujours essayé de donner l’exemple, parce que je sais que tout ce que l’on peut raconter peut-être considéré comme parole d’évangile. J’ai toujours voulu être positif, parce que nous sommes dans un univers où l’on peut glorifier et valoriser le fair-play, l’esprit d’équipe, l’esprit de camaraderie, le dépassement de soi… Ce sont des valeurs que j’ai essayé de prôner. Quand un athlète est sélectionné dans une équipe pour faire le Tour de France, même s’il est décevant, s’il ne réalise pas tous les espoirs mis en lui par ses supporters, je ne le critique jamais. De la même manière, en commentant des matchs d’équipe, il ne me serait jamais venu à l’idée de critiquer l’arbitre, qui peut avoir ses faiblesses comme tout être humain. Pour le vocabulaire, un beau petit imparfait du subjonctif, cela réveille l’auditeur et cela lui permet de constater que celui qui parle n’est pas qu’un simple journaliste sportif... Quand je suis arrivé dans ce milieu, le journaliste sportif était considéré comme un journaliste de deuxième ordre… »

Malheureusement, c’est un constat assez négatif que dresse Daniel Pautrat sur le Tour de France d’aujourd’hui : « Il y a trente ou cinquante ans, on allait au Tour de France pour voir des duels ou des sprints, pour voir Bernard Hinault, pour voir Eddy Merckx, pour voir des champions… Aujourd’hui, les champions peuvent se promener sur les Champs-Élysées et peu de gens iront demander un autographe à Van Avermaet… On ne va plus voir les champions, parce que c’est l’événement qui l’emporte alors qu’auparavant c’était le champion qui participait à la grandeur du Tour de France. Mais aujourd’hui, c’est le Tour de France qui l’emporte sur tout le reste. Les gens vont évidemment voir des coureurs, mais ce n’est plus pareil ». Le journaliste ajoute : « C’est devenu une grosse affaire. La seule chose que je pourrais reprocher, c’est que deux heures après l’arrivée de l’étape, tout est démonté. Tout est dans les camions qui sont déjà repartis pour l’étape du lendemain et on peut se promener dans les rues d’une ville où a eu lieu l’arrivée du Tour deux heures après, il n’y a plus la moindre trace de cette arrivée. Avant, il y avait un spectacle le soir, avec des animations, des podiums avec différents partenaires. Europe 1 avait son spectacle du soir avec des grandes vedettes de la chanson française ou internationale. Aujourd’hui, l’étape est terminée et on passe à autre chose. Malheureusement, c’est un peu comme cela dans beaucoup de domaines de la vie. »

Le livre de Daniel Pautrat est préfacé par Raymond Poulidor dont le nom traverse les générations. Mais à ce sujet il nous confie : « Justement, Raymond Poulidor est un peu déçu, parce qu’il espérait que son nom entrerait dans le Petit Robert ou dans le Larousse, comme frigidaire pour signifier réfrigérateur ou comme kärcher pour signifier appareil à haute pression... Cela fait déjà plusieurs années qu’il me dit : « Je suis sûr qu’un jour, pour quelqu’un qui est toujours deuxième et qui ne gagne jamais, on dira que c’est un Poulidor et que ce sera dans le dictionnaire ! » On s’aime bien, on a commencé ensemble et on a suivi à peu près autant de compétitions. » L’ouvrage comporte de nombreuses anecdoctes sur le Tour de France et les coureurs, il est agréable à lire, il va évidemment passionner tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du Tour de France.

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