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Russie : fascinante, inquiétante, mais finalement prometteuse.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 30 juin 2017 (numéro 899) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
La Russie fait fantasmer. Pourtant, un peu à l’image des judokas, elle ne fait que profiter des forces qu’on lui oppose. L’Empire russe avait reçu, en juin 1941, un énorme coup à l’estomac avec l’invasion allemande, qui a surpris Staline, lequel faisait livrer plusieurs trains de matières premières stratégiques à son allié Hitler quelques jours encore avant le déclenchement de l’opération Barbarossa. L’armée soviétique avait été purgée, donc totalement désorganisée, par le paranoïaque Staline. Pourtant, même si cela fut réalisé sous la contrainte, l’industrie de guerre soviétique avait déjà sorti en 1941 le magnifique T34, un char en tout point supérieur aux chars allemands de l’époque, et les avions qui amenèrent la maîtrise du ciel par l’armée de l’air russe et par ses alliés étaient déjà non pas sous forme de prototype mais sous forme de production en assez grande série. L’industrie militaire russe était en cours de transfert vers l’Oural, avec des usines opérationnelles. L’attaque a surpris Staline, il n’empêche que, à la fin, c’est la Russie qui a gagné. L’Empire russe s’est effondré non pas en 1941 mais en 1989. L’arme fatale fut la contagion occidentale, avec l’incapacité de l’outil militaro-industriel de s’adapter aux défis matériels lancés par Ronald Reagan, aux défis spirituels lancés par Jean-Paul II qui a désorganisé complètement les pays satellites de l’Europe de l’Est, Pologne en tête.
Pays immense, peu peuplé, dans l’Histoire.
Les Occidentaux ne connaissent que très peu la Russie, pays gigantesque, à la plus grande superficie de par le monde, et finalement assez peu peuplé, puisque l’alcoolisme, la dénatalité… font qu’il n’y a que 140 millions d’habitants désormais. Il n’est pas possible de comprendre la Russie si l’on ne s’inquiète pas de l’âme russe, de l’âme slave. Cet immense pays doté de matières premières particulièrement convoitées a toujours eu à se défendre. Justement, son immensité a été un atout lors de toutes les invasions physiques, mais sa culture, qui s’adosse à l’église orthodoxe, est un atout énorme pour lutter contre l’invasion des esprits, contre la « cinquième colonne », des « traîtres » et des « agents de l’étranger ». L’ancien cadre de l’Union soviétique que fut Vladimir Poutine semble avoir bien reconnu l’âme russe, et l’incarne, du moins pour les deux tiers de la population. Après deux mandats présidentiels, il a nommé son Premier ministre président… et a repris le poste de président s’apprêtant à se faire de nouveau réélire, ce qu’il parviendra vraisemblablement à faire, n’ayant pas besoin de trucages pour obtenir une majorité des suffrages.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de trucages. Il devrait certainement y en avoir, car, dans tout régime fort, on aime l’unanimisme, pour comprendre Macron et son comportement actuel, il suffit de regarder Poutine. « La République En Marche », c’est un peu le « Russie unie », adapté à notre pays par le banquier d’affaires. En dehors des supplétifs, point de salut. Le « Jupiter » Macron n’a rien à voir avec le débonnaire Hollande, ce dernier ayant ironiquement dit à un aréopage de journalistes « vous verrez, vous me regretterez ». Lorsque le régime soviétique s’est effondré au début des années 1990, suite à la chute du Mur de Berlin, le chaos et le désarroi se sont mis à régner dans l’ancien Empire. Il fallait se raccrocher à quelque chose, il y a eu le pillage, les hommes d’affaires, et ensuite il y a eu la reconstruction. Pour construire quelque chose de durable, Boris Eltsine a décidé de remettre au goût du jour les symboles de l’ancien régime.
Ancien régime.