Le secret d’Adèle.
LITTÉRATURE
C’est un très beau livre d’histoire et aussi un roman que nous vous présentons cette semaine. Valérie Trierweiler nous raconte l’histoire de la Dame en or, le célèbre tableau de Gustav Klimt, et cette femme s’appelait Adèle Bloch-Bauer. Adèle a vécu dans la Vienne de la grande époque. La nature exacte de sa relation avec Gustav Klimt intrigue : le peintre multipliait les liaisons et choquait la bonne société. A-t-il conquis l’une des femmes les plus admirées de Vienne ? Valérie Trierweiler en a tiré un roman très émouvant : « J’ai essayé d’être au plus proche de la réalité. Il y a les dates et les événements historiques, la Vienne de l’époque, il a fallu respecter le cadre historique. Il y a tout ce qui concerne la psychologie du personnage et son intériorité, tout cela est parti de mon imagination avec, quand même, des éléments sur Adèle qui permettent de penser qu’elle était ainsi. Je suis allée à Vienne quelque temps après avoir commencé le livre, pour un voyage d’études, et j’ai visité tous les lieux qu’Adèle avait connus, c’est-à-dire les deux immeubles où elle avait habité et là où elle allait, tout cela pour essayer de respirer le même air qu’elle… J’ai aussi beaucoup lu la littérature de l’époque, avec Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler, et on trouve beaucoup de choses sur l’ambiance de l’époque.»
On a aussi envie de lui demander pourquoi cet intérêt pour cette œuvre de Gustav Klimt ? « C’est un peu un hasard. J’ai eu l’occasion de travailler pour Paris Match en faisant un article sur l’histoire de ce tableau qui est très particulière, puisqu’il a été spolié par les nazis en 1938 et la nièce d’Adèle Bloch-Bauer, Maria Altmann, a passé plus de 50 ans de sa vie dans un combat juridique pour que ce tableau lui soit restitué. J’ai fait ce papier sur l’histoire du tableau et j’ai eu envie de m’intéresser à Adèle, qui ne m’a pas quittée après cet article. L’histoire entre Gustav Klimt et Adèle Bloch-Bauer reste un mystère, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé... C’est mon imagination qui a fait le reste et j’ai décidé qu’elle n’allait pas démarrer tout de suite, parce que, d’abord, Adèle est une femme mariée et il y a quand même des choses qui se réfléchissent. Ensuite, elle est emportée par la passion.» On retrouve ce décalage entre Adèle, une épouse certes infidèle mais qui n’a pas d’autres amants, alors que Gustav Klimt multiplie les conquêtes : «Klimt est un amoureux des femmes. Il y a une grande différence entre les deux. C’est vrai que Klimt avait la réputation d’être un prédateur et il avait dans son atelier de peintre beaucoup de femmes qui devaient se déshabiller pour ses peintures, cela allait parfois bien au-delà… Il avait une réputation très sulfureuse à Vienne. Adèle savait cela, mais en même temps elle ne voulait pas le voir, jusqu’au moment où elle le découvre vraiment.»
En lisant cette histoire, on s’aperçoit qu’il y avait déjà une vie très animée dans Vienne et Adèle et son mari se déplaçaient souvent entre Vienne et Prague… Valérie Trierweiler a beaucoup appris de cette période : « Il n’y avait pas de télétravail et tous les moyens de communication que l’on connaît... On voit dans mon livre l’arrivée du téléphone. Le numéro de téléphone que je donne dans le livre est le vrai numéro de téléphone à cinq chiffres de Ferdinand, le mari d’Adèle. La lecture des journaux était un grand moment à Vienne, puisqu’il y avait énormément de presse écrite et les gens se réunissaient dans les cafés pour lire les journaux et pour commenter l’actualité. Mais tout cela était réservé à des privilégiés. Adèle est dans un milieu extrêmement fortuné. Elle est fille de banquier, son père était très riche, mais son mari plus encore… » Le lecteur a vite le sentiment de bien connaître Adèle : « J’avais des intuitions sur Adèle et, quand je suis allée à Vienne, il se trouve que ces intuitions se sont révélées assez justes. Dans son testament, elle fait des dons aux plus démunis, en offrant une partie de sa bibliothèque et de sa fortune, notamment pour les enfants d’ouvriers et la diffusion des idées socialistes.
Elle a eu une deuxième partie de vie où elle s’est engagée dans des œuvres caritatives et une troisième partie où elle s’est politisée. Adèle meurt en 1923. Elle ne connaît pas la montée du nazisme, mais elle commence à voir l’antisémitisme se déployer sur Vienne. D’ailleurs, les écrivains commencent déjà à s’emparer de ce sujet, comme Schnitzler qui écrit « Vienne au crépuscule » et, bien plus tard, « Le Monde d’hier » de Stefan Zweig. Mais les germes de l’antisémitisme sont là. D’ailleurs, il y a un afflux de réfugiés juifs qui viennent de Bohème, de Moravie ou de Hongrie et qui fuient les pogroms. Donc, on est déjà dans une période très antisémite. » Elle décrit aussi une femme très cultivée, qui parlait le français, l’anglais et l’allemand : « Elle lisait beaucoup, elle était abonnée à des revues de mode qui venaient de Paris. Les jeunes filles étaient élevées pour tenir salon, tenir leur rang et tenir leur foyer. Donc, elle apprenait les choses de la vie, mais aussi à avoir un très bon vernis culturel. Elle était chez elle avec des précepteurs, avec sa sœur, elle a ainsi appris les langues étrangères et la littérature. »
Mais revenons sur le personnage de Klimt, c’était déjà une star à l’époque ! Valérie Trierweiler confirme : « C’était à la fois une star - même si le mot est un peu anachronique - on va dire un peintre renommé, qui avait répondu à de nombreuses commandes de l’État. Il avait peint le théâtre, il avait peint des fresques à plusieurs endroits de la ville de Vienne. Toute la ville avait des peintures et des fresques de Klimt… À un moment, il va de plus en plus loin et il dessine des nus. C’est là qu’il devient rejeté par la bonne bourgeoisie. Il choque, c’est un rebelle, c’est un hérétique, il n’est pas compris de tout le monde. C’est quelque chose qui l’agace mais, en même temps, il aime ne pas être compris de tous. On parle d’Adèle qui est une femme de la bourgeoisie et qui était consentante, mais il y a aussi des modèles qui posaient pour l’argent. Jusqu’où était leur liberté ? Il avait une très mauvaise réputation et c’est un homme qui n’était pas marié, ce qui était assez rare à l’époque, puisqu’il avait une compagne officielle, Emilie Flöge, et il vivait chez sa mère avec ses sœurs. Donc, il voulait garder une partie de sa liberté. Il avait une très bonne cote et il fallait au minimum deux ans, parfois plus, avant de pouvoir avoir un tableau de Klimt. C’était très long, parce qu’il travaillait sur plusieurs tableaux en même temps, et aussi des fresques. Donc, cela prenait forcément un certain temps et, en plus, il voyageait dans toute l’Europe. »
À la fin du livre, elle revient sur la réticence de l’État autrichien à restituer aux familles les œuvres confisquées par les nazis : « C’est l’épilogue puisque, évidemment, Adèle est déjà décédée à ce moment-là. Mais c’est en même temps une partie très importante qui fait que ce tableau est l’un des plus connus au monde et qu’il a été vendu à un prix record : 135 millions de dollars en 2006, c’est toujours le tableau le plus cher au monde. » Ce livre est une réussite, Valérie Trierweiler a toujours des mots justes, elle nous fait partager, comme si c’était un film, cette vision de Vienne à l’époque de Klimt. Ce livre est à conseiller dans vos lectures estivales.
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