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Etats-Unis : les gros nuages se sont accumulés, mais on refuse de les voir.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui.Le 23 juin 2017 (numéro 898) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Ce lundi, dans son édition datée du 12 juin, le quotidien « L’Opinion » a publié en dernière page un long point de vue réalisé par trois étudiants à Sciences Po Paris puis à l’UC Berkeley, Camille Chevalier, Charles-Henri Alloncle et Florent de Place. Ce sont les auteurs d’une très intéressante analyse financière où ils ont évalué le risque des« zombies », ces sociétés stagnantes qui s’accumulent dans les portefeuilles des fonds d’investissement. Ils ont travaillé durant leur séjour à Berkeley pour un gestionnaire de fonds en capital-risque qui travaille sur le marché secondaire à San Francisco.
Ce qu’ils ont décrit est particulièrement effrayant. L’abondance extraordinairement forte de liquidités a fait que les fonds de capital-risque ont eu énormément d’argent, et se sont mis à avoir la « fear of missing out », ce qui s’explique par la peur de laisser passer une éventuelle prochaine pépite. Du coup, l’inventaire de leur portefeuille est parfois particulièrement étonnant, scandaleux, souvent proche de l’escroquerie.
Des actifs surévalués chez les FCPI.
On vous dit que le taux de mortalité des jeunes pousses est quelque chose de tout à fait normal, et que lorsqu’il y a une réussite, on est compensé, au-delà même, des pertes sur les entreprises en faillite. Pour réussir dans ce capital investissement, il suffirait donc d’investir dans tout ce qui se présente, quelques fois on a un « Chopin », parfois on a une perte sèche… mais, in fine, le rendement est correct, et en plus, c’est à la mode ! Les start-up (jeunes pousses), sont presque moitié à faire faillite. Environ 20 % réussissent à entrer sur le marché, ou sont rachetés dans une opération de fusion-acquisition. Il en reste une petite moitié qui se répartit également en deux parts plus ou moins égales, certaines sont avec des profits négatifs, elles sont donc mourantes à court ou à moyen terme, et certaines sont financièrement plutôt saines, mais n’intéressent personne, c’est celles-là que l’on appelle les « zombies ». Vous me direz que les fonds levés par les capital-risqueurs ne sont pas aussi importants que cela. Il s’agit tout de même de 2 milliards d’euros en France dans la récolte de 2016, il s’agit de 69 milliards de dollars dans le monde, cela n’est pas du tout à négliger. Le vrai problème, c’est que si on passe par pertes et profits les entreprises qui font faillite, de façon naturelle, pour le cas de « zombies », la valeur théorique, qui est parfois légèrement supérieure à celle de l’investissement initial, est totalement artificielle puisqu’il n’y a pas de porte de sortie, pas de capacité pour le fonds investisseur de récupérer sa mise.
Il y a, à terme, également un facteur d’illiquidité. Du coup, les fonds ne pouvant sortir, ils sont obligés de rester actifs, du moins en théorie, même lorsqu’ils ont récupéré par de brillants succès et via des cessions ou introductions boursières des sommes permettant de rembourser leurs investisseurs, avec peut-être même parfois un gros profit à l’appui. Il y a une accumulation qui a été signalée par ces trois jeunes auteurs, qui fragilisent les portefeuilles, devrait lasser les investisseurs et conduire à un assèchement des capitaux, qui resteront bloqués, faute de possibilité de liquider les fonds d’investissement. Il faut savoir que, en France, le rendement médian des 450 fonds communs de placement en innovation (FCPI) qui ont été clôturés entre 1997 et 2016 a été de moins 8 % ! Certains fonds n’ont remboursé que 6 % de leur mise, certains ont multiplié la mise par sept ou huit, mais la moyenne, c’est à moins 8 %, ce qui n’est pas du tout glorieux.