Nous, fossoyeurs. Le vrai bilan d’un fatal quinquennat.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Serge Federbusch est énarque, président du Parti des Libertés et fondateur de Delanopolis, le premier site indépendant d’informations en ligne sur l’actualité politique parisienne. Il a publié en janvier dernier un livre détaillant le bilan du quinquennat de François Hollande et, à l’occasion de la passation de pouvoir à Emmanuel Macron, nous lui avons demandé quelle était son analyse.

D’abord, dans son ouvrage, Serge Federbusch ne fait aucun cadeau à François Hollande, dont il estime le bilan absolument négatif sur tous les points : « Il n’y a pratiquement rien de positif, malgré la réécriture de l’histoire qu’il a entamée, parce qu’en réalité il a gaspillé les quelques chances que l’on pouvait avoir du fait d’une situation économique internationale qui était meilleure et la France, qui était numéro deux derrière l’Allemagne en Europe en termes de performances économiques, est devenue avant-dernière devant l’Italie. Quand on prend tous les chiffres, en dissipant l’écran de fumée, on se rend compte qu’il y a un million de chômeurs de plus, que la dette a augmenté, que la pression fiscale s’est alourdie et que les dépenses publiques n’ont pas reculé. Tout cela compose un tableau désastreux. Il y a aussi la gangrène liée à l’islamisation radicale, l’échec sur le front de la lutte contre le terrorisme, l’atteinte à l’image présidentielle liée à l’homme au casque de la rue du Cirque, au coiffeur à 10 000 euros et aux affres de Cahuzac… Globalement, le bilan a été très négatif par rapport aux autres pays. Évidemment, cette réécriture de l’histoire était au départ destinée à promouvoir ses intérêts, quand il imaginait être à nouveau candidat à la présidence mais, paradoxalement, cela a aussi aidé Macron à faire oublier sa participation à ce régime désastreux. »

Pourtant, avant de quitter l’Élysée, François Hollande a affirmé qu’il laissait le pays en bien meilleur état qu’il ne l’avait trouvé : « C’est la méthode Coué ! On est dans la réalité virtuelle et le fake news, il cherche à créer une réalité parallèle et à faire oublier la dure confrontation avec les statistiques. J’ai fait un travail que j’estime sérieux, j’ai pris les chiffres très précisément, les chiffres de l’OCDE, car c’est ce qui compte. Il faut voir comment on s’est comporté en comparaison aux Allemands, aux Anglais, aux Américains, aux Italiens ou aux Espagnols… Sur chaque élément, nous avons glissé, alors que la France aurait pu se comporter d’une façon bien meilleure. Il y a un facteur structurel sur lequel Hollande n’a pas apporté de remède : c’est la boursouflure, l’ankylose et l’hypertrophie du secteur bureaucratique. Tout cela fait que nous n’avons pas de capacité de reprise et il a même aggravé tout cela par une stratégie d’augmentation de la fiscalité qu’il a adoptée sous couvert de lutte contre la finance, mais cela s’est surtout retourné contre les classes moyennes supérieures, les cadres et les familles nombreuses, et tout a cela cassé l’élan de reprise que l’on a constaté dans d’autres pays. C’est une réponse de publicitaire, c’est une tentative de créer une réalité alternative, mais la réalité réelle ne ment pas… »

Selon Serge Federbusch, le quinquennat de François Hollande va marquer l’histoire de la France comme celui qui aura définitivement anéanti la situation du pays : « Dans le fond, c’était sans doute la dernière chance que nous avions de nous en sortir. Il était encore possible, en 2012, de prendre le taureau par les cornes, d’essayer de réformer l’administration, de lutter contre l’islamisation et de taper du poing sur la table en Europe. Il est arrivé en demandant la renégociation des traités européens, mais il n’a rien fait. Il a baissé culotte devant Madame Merkel, comme l’ont fait tous les présidents depuis une vingtaine d’années et comme, probablement, Macron le fera… Le problème, c’est que plus ça va, plus les renoncements sont coûteux, et plus le fait de remonter la pente devient difficile. Je crains qu’avec Hollande nous n’ayons atteint le point de non-retour. C’est pour cette raison que les Français ont voté pour cette espèce de pochette de mode qu’est Macron. Ils ont besoin d’une impression de renouveau, alors qu’en réalité le vieux sang est en train de pourrir dans les veines de la bête. »

Dans ce contexte, « le point de non-retour a été atteint et cela m’étonnerait que Macron arrive à s’en sortir. À un moment ou un autre, la solution arrivera par la crise… J’ai écrit un livre sur les risques révolutionnaires dans la France d’aujourd’hui et je ne renie rien de ce que j’ai écrit. Si Macron a gagné et si Le Pen s’est effondrée au deuxième tour, c’est parce qu’en réalité la situation ne va pas aussi mal que cela. Le Front national n’a pas bien compris ce point, parce qu’ils sont restés sur une situation d’il y a un an et demi, quand beaucoup de gens se sentaient menacés dans leur entreprise. Il y a toujours autant de chômeurs, mais un peu moins d’anxiété, parce que la situation économique est meilleure depuis un an et demi en France. La situation est meilleure parce que Mario Draghi, à Francfort, rachète nos dettes et il a ramené les taux d’intérêt à zéro. Comme c’est concomitant à une baisse des matières premières, cela a donné un peu de respiration à l’économie française et les gens ont retrouvé suffisamment d’optimisme pour se faire gruger par Macron. Maintenant, tout cela est extrêmement fragile. Draghi rachète de plus en plus de dettes, on ne sait pas comment tout cela va se finir, mais on sent bien qu’un jour cela va s’arrêter. On ne va pas continuer à imprimer de la fausse monnaie indéfiniment. Et puis, il y a des pays européens qui vont beaucoup plus mal que nous : la crise n’est absolument pas traitée en Italie, la Grèce peut exploser à tout moment, il n’y a plus vraiment de gouvernement au Portugal, et l’Espagne fait tous les efforts du monde mais ils en sont toujours à un taux de déficit budgétaire considérable… Macron, c’est une dernière dose d’optimisme dans cette croyance un peu naïve que l’on pourra s’en sortir sans faire d’efforts. Effectivement, cela va légèrement mieux depuis un an et demi, mais c’est lié à la prise d’antalgiques et d’antidouleurs, pas du tout à l’amélioration du problème dont on est atteint. »

Alors, l’élection d’Emmanuel Macron s’explique facilement : « En France, il y a 57 % de dépenses publiques dans le PIB, cela veut dire que 60 à 65 % de la population vit d’une manière directe ou indirecte des protections de l’État, des transferts, des allocations ou des professions réglementées. Cela fait 70 % de l’électorat au minimum, donc nous sommes dans une situation où beaucoup d’électeurs bénéficient encore de ce système. Cela fait longtemps que certains n’en bénéficieraient plus s’il avait fallu rembourser les dettes par le biais d’une réduction drastique des dépenses publiques, ou par une hausse encore plus importante des impôts… » Cette enquête passionnante de Serge Federbusch permet d’avoir un état des lieux précis du quinquennat de François Hollande et aussi de comprendre ce qui nous attend avec celui d’Emmanuel Macron.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.