La guerre numérique analysée par un ancien agent secret et grand policier

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Eric Meillan : « Nous préconisons de faire des enquêtes extrêmement pointues sur les administrateurs de réseaux et de ne pas accepter que ces gens présentent la moindre vulnérabilité vis-à-vis de grands groupes numériques ou vis-à-vis de groupes criminels ou terroristes. »

Dans l’actualité, on évoque souvent les faits divers autour du piratage informatique, du vol des données ou du sabotage à distance, mais le monde entier a pris conscience, ces 12, 13 et 14 mai, de la gravité que pouvait constituer une attaque mondiale, puisque 200 000 entreprises ont été touchées sur la planète. Même Renault a dû interrompre sa chaîne de fabrication dans plusieurs de ses usines. François Levieux, ancien directeur de recherche à l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique) et ancien directeur technique chez Thalès, évoque ce sujet avec Éric Meillan, ancien sous-directeur de la DST.

Les auteurs plaident pour une approche globale en termes de sécurité informatique et pour une prise de conscience du grand public dans ce domaine. Ils rappellent que la fonction d’administrateur de réseaux est hautement stratégique dans une entreprise et ils n’excluent pas que des terroristes ou des pirates tentent de se faire recruter dans ce domaine. Eric Meillan a été sous-directeur à la DST et directeur de l’IGS (Inspection générale des services), la fameuse police des polices. « Survivre à la guerre numérique » de François Levieux et Eric Meillan est publié aux Éditions Jean Picollec.


L’Hebdo-Bourseplus : Pendant des siècles, les militaires et les policiers ont été confrontés à des attaques ciblées. Les policiers devaient lutter contre les bandits de grand chemin ou les voleurs de banques, tandis que les soldats devaient affronter des armées organisées. Aujourd’hui, la guerre numérique concentre tout cela…

Eric Meillan : Le numérique a totalement envahi notre société et nous sommes incapables d’envisager de vivre sans le numérique, qui est partout, dans tous les domaines, régaliens comme privés. Le numérique est quasiment né de la guerre puisqu’il est né des machines de guerre allemandes, avec la machine à chiffrer Enigma, qui permettait de transmettre des messages chiffrés au sein de l’armée nazie. Du côté britannique, une fois qu’Enigma a été cassée, il s’agissait de pouvoir traiter une énorme quantité de messages par ce que l’on a appelé la bombe de Turing, une machine permettant de traiter instantanément des centaines de messages Enigma.

C’était la guerre secrète et l’informatique est née de cela. Depuis, l’informatique a toujours été un compagnon de route du monde du renseignement. Aujourd’hui, quand vous voulez briser un pays avant de l’envahir - on l’a vu dans un certain nombre d’opérations, comme dans les pays baltes, les Balkans ou en Géorgie - la première chose que vous faites, ce sont des attaques numériques qui vont paralyser l’électricité, les communications et la distribution d’un certain nombre de choses. Nous sommes dans la nouvelle guerre.

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