Le tourisme pour compenser la disparition de l’activité agricole

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Guy Pierson, maire de Chavanges (Aube) : « La ruralité sera ce que les ruraux en feront ! »

Guy Pierson, maire de Chavanges, un village de 650 habitants situé dans le département de l’Aube, n’est pas du genre à se plaindre des difficultés du monde rural. Il analyse avec pragmatisme la situation de l’agriculture et, pour compenser la disparition de l’activité agricole, il a décidé de miser sur le tourisme. Il faut dire que Chavanges est un très beau village, avec des édifices à pans de bois, et le maire a décidé de racheter des ruines pour les retaper et les louer. De nombreux équipements ont ainsi pu être livrés l’année dernière, comme une épicerie, une maison médicale, une pharmacie, un restaurant et même une boulangerie… La mairie utilise toujours le même procédé, qui fonctionne efficacement : acquérir à bas prix une maison délabrée, la transformer et la louer à des jeunes entrepreneurs. Guy Pierson nous fait partager son analyse sur la situation du monde rural.


L’Hebdo-Bourseplus : Comment expliquez-vous la faible activité du monde rural ?

Guy Pierson : La perte d’attractivité de la ruralité est due à la perte d’activité dans le milieu agricole principalement. Dans nos villages, vous avez de la polyculture, avec des fermes assez importantes, mais il n’y a plus d’élevage, donc plus de main-d’œuvre. Maintenant, les fermes sont devenues des fermes de culture, le matériel est de plus en plus important et une seule personne peut gérer une ferme de 200 hectares, alors qu’auparavant il en fallait au moins cinq ou dix s’il y avait de l’élevage. La chute d’attractivité de la campagne est liée à la disparition des agriculteurs. L’agriculture est de plus en plus performante mais, en augmentant ses performances, la main-d’œuvre diminue complètement. La cause de la chute des campagnes, c’est la mort des agriculteurs moyens.

Le dernier coup dur pour l’agriculture, c’est que l’agriculteur a énormément de difficultés à quitter sa ferme, car il doit payer énormément de plus-values avant de prendre sa retraite. Alors, il préfère ne pas s’arrêter… Comme il a une retraite minable, il va essayer de valoriser sa ferme de deux façons : soit en faisant la gestion d’un terrain loué à quelqu’un d’autre, soit en se faisant racheter par une ferme plus grosse. Ces fermes plus grosses, ce sont des fermes de 300 ou de 500 hectares qui se sont gavées avec la PAC (Politique agricole commune) et qui ont des réserves financières très importantes pour reprendre des fermes à des tarifs incroyables : j’ai eu récemment le cas d’une ferme de 80 hectares qui a été reprise pour 500 000 euros... C’est un phénomène de concentration dont est responsable la FNSEA,et je dis cela en n’étant pas anti-FNSEA… Actuellement, nous avons 3000 hectares de terres cultivables sur la commune, il doit rester une douzaine d’agriculteurs et le phénomène de concentration va s’amplifier.


Est-il possible de compenser cette situation ?

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