Les maires tentent de résister à l’abandon des campagnes

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Christian Grossan, maire de Ceillac (Hautes-Alpes) : « Nous avons vraiment le sentiment d’être traités comme des citoyens de deuxième classe. »

Christian Grossan, maire de Ceillac, un village de 300 habitants situé dans les Hautes-Alpes, fait partie de ces nombreux maires qui s’insurgent contre l’abandon de la ruralité par les pouvoirs publics. Il a fait parler de lui la semaine dernière en s’opposant à la suppression de la dernière cabine téléphonique qui se trouvait sur sa commune. Il vient par ailleurs d’apprendre que le distributeur automatique du village ne serait plus alimenté en argent liquide, pour des raisons de sécurité. Le premier magistrat de Ceillac lance un cri d’alarme. Il répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous venez de vous opposer au retrait de la dernière cabine téléphonique du village. Au-delà de l’anecdote, il y a aussi tout un combat pour la survie d’une commune comme la vôtre…

Christian Grossan : Aujourd’hui encore, nous n’avons toujours pas Internet, car c’est très aléatoire. Et sans téléphone et sans Internet, on se demande ce qui va nous rester ! On nous annonce la fibre à court terme, mais maintenant on vient nous dire que ce court terme, c’est entre cinq et huit ans ! Car les réseaux vont être construits par un syndicat constitué entre le département des Hautes-Alpes, le département des Alpes-de-Haute-Provence et la région, puisque les opérateurs ne sont pas intéressés... De toute manière, quand on est en province, on a bien l’impression qu’il n’y a plus de services publics. Toutes les entreprises vont là où c’est rentable et le reste peut péricliter… Nous avons vraiment le sentiment d’être traités comme des citoyens de deuxième classe.

Je pense que le phénomène va aller en s’aggravant dans la mesure où une part de plus en plus importante de la population vit en milieu urbain et les instances politiques ne raisonnent plus qu’en termes d’électeurs, pas en termes de territoire : donc, politiquement, on peut se passer du monde rural. On accentue la désertification, qui semblait se tasser un peu et, aujourd’hui, on nous sort des tartes à la fraise comme le télétravail, mais sans Internet ! Je suis persuadé que si nous avions des débits convenables, certaines petites entreprises ou des travailleurs indépendants pourraient tout à fait s’installer chez nous. Mais évidemment, ils ne peuvent pas le faire, parce qu’ils n’ont pas accès au minimum de services dont ils ont besoin pour assurer leur activité.


Paradoxalement, les nouvelles technologies permettraient de dynamiser les villages, or on ne le fait pas. Comment expliquez-vous cela ?

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