Daimler : un constructeur qui marche désormais sur deux jambes et demie.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 28 avril 2017 (numéro 890) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Le marché automobile européen est en train de rattraper ses chiffres records d’avant crise, et il est aujourd’hui presque vraisemblable que, sauf retournement surprise au milieu ou en fin d’année, les ventes de 2007 seront rattrapées, sinon dépassées, du moins pour les voitures particulières. En 2007, le groupe Daimler sortait tout juste de son mariage raté avec Chrysler, et Chrysler était au bord de la faillite. En 2017, dix ans plus tard, Daimler (Mercedes, Smart, véhicules utilitaires légers), affiche un mois de mars record en Europe avec une progression de 12,7 % de ses immatriculations.

Le groupe a changé complètement de dimension, sans oublier la stratégie, qui a complètement évolué, surtout depuis l’alliance conclue avec Renault-Nissan en 2011. Mercedes, comme tous les constructeurs, a été obligé d’élargir vers le bas sa gamme, avec les Classe A, Classe B et Classe C, sans oublier les petites Smart. Lors de la conclusion de l’alliance avec Renault, plus de 15 milliards d’euros de pertes cumulées avaient été consentis dans cet investissement vers le bas de la gamme, cela n’était pas supportable.


Grâce à Renault : tout l’argent va vers l’essentiel.

Le groupe a décidé de se concentrer sur ce qu’il savait faire le mieux, à savoir les Classe E, Classe S et les silhouettes attractives, pour tout ce qui est bas de gamme, récupérant, pour ses motorisations de base, tout ce dont il pouvait avoir besoin dans la gamme Renault, essentiellement, ce qui lui a été hyperprofitable. Par ailleurs, la petite plate-forme MFA de Daimler est utilisée pour les Infiniti Q30 et QX30, ce qui en allonge les séries. Mercedes récupère également des véhicules complets, comme le nouveau pick-up une tonne dérivé du Nissan Navarra et du Renault Alaskan, qui sera commercialisé dans le monde entier en version plutôt haut de gamme, même s’il sera fabriqué dans les usines Nissan de Barcelone et Renault de Buenos Aires. Dans les utilitaires, Mercedes a récupéré chez Renault un véhicule d’entrée de gamme, le Citan, qui n’est autre qu’un Renault Kangoo avec un cockpit modifié, et une face avant marquée de l’étoile.

Mine de rien, cela contribue à la saturation de l’usine de Maubeuge, dans le nord de la France, et cela permet à Mercedes de gagner de l’argent, tout en proposant désormais une gamme de VUL complète, avec les Vito et les Sprinter. Pour sortir du gouffre financier chez Smart, Mercedes a confié la gestion à Renault, les Smart actuelles, à deux ou à quatre portes, partagent 70 % des éléments avec les Twingo et leurs moteurs viennent de Pitesti, une usine de Renault située en Roumanie. Mercedes est l’un des premiers clients de l’usine de moteurs de Renault à Cléon, et le troisième client pour l’usine de moteurs de Séville. Beaucoup d’économies sont réalisées dans le développement de la gamme grâce à ce partenariat qui a été conclu moyennant l’échange de 3,1 % du capital de Renault et 3,1 % du capital de Nissan contre 1,55 % du capital de Daimler détenu par Renault et 1,55 % détenu par Nissan.

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