Algérie, Turquie : deux bombes à nos frontières.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 21 avril 2017 (numéro 889) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Le lecteur grognon va encore s’exclamer : « Miguet se moque du monde, la Turquie n’est pas à nos frontières ». C’est vrai pour la France, ce n’est pas vrai pour l’Europe. Je rappelle que la Turquie est aux frontières orientales de l’Europe, frontalière tant avec la Bulgarie qu’avec la Grèce, sur la partie continentale européenne de la Turquie comme sur la partie asiatique, qui est à quelques kilomètres des îles grecques de la mer Egée. La Turquie est un pays important, de près de 90 millions d’habitants, et il y a aujourd’hui plus d’1 % de la population européenne, peut-être même 1,5 % qui est d’origine turque, la Turquie nous concerne donc, et pas seulement parce que c’est un débouché économique.

Nous n’avons peut-être pas de frontières terrestres non plus avec l’Algérie, mais en France, ce pays que nous avons artificiellement créé en dépouillant une partie de l’ancienne province africaine de l’Empire romain (Bougie)… et du Royaume du Maroc (Oranie et toute la région occidentale de l’Algérie), pour les réunir à l’ancienne et petite principauté d’Alger, sans oublier le Sahara que nous avons conquis puis laissé à l’Algérie avec son pétrole et son gaz, c’est un pays de 42 ou 43 millions d’habitants, qui nous fait face de l’autre côté de la Méditerranée, et avec qui nous avons des liens très forts, historiques, sanguins puisque 10 % ou presque de la population française métropolitaine actuelle est plus ou moins originaire de l’Algérie, qu’il s’agisse des pieds noirs ou de leurs descendants, des harkis ou de leurs descendants, ou plus encore de personnes immigrées, de première, de deuxième, de troisième voire quatrième génération. 


Deux pays au bord de l’explosion.

Ces deux pays sont actuellement au bord de l’explosion, du moins c’est mon avis. En effet, le président turc Recep Tayyip Erdogan cherche à changer la constitution, pour transformer la Turquie, sinon en califat, du moins en régime présidentiel, à travers les succès électoraux de l’AKP (parti islamiste), qui a assuré un développement économique particulièrement rapide du plateau anatolien et qui en a bénéficié électoralement. En Algérie, il n’y a pas véritablement d’élections puisque, lors de la dernière élection présidentielle, bien qu’impotent, suite à une attaque cérébrale dont il ne s’est jamais remis, le président Bouteflika a été réélu, « dans un fauteuil » (roulant, le fauteuil). La génération qui avait entre 20 et 35 ans au moment de l’accession de l’Algérie à l’indépendance, il y a désormais 55 ans, est aujourd’hui au bord de la tombe, et on se pose beaucoup de questions sur la légitimité du pouvoir qui succédera, alors que les islamistes, là encore, ont fait leur trou, malgré le laïcisme théorique du régime qui se revendiquait naguère comme socialiste et libérateur notamment pour la femme.

Le 16 avril, la Turquie va voter pour valider ou non la réforme constitutionnelle défendue par le pouvoir. Les islamoconservateurs sont au pouvoir depuis 2002 et ils ne veulent plus des institutions héritées de la période Atatürk. Il y a eu une répression féroce après le « pseudo-putsch » qui est intervenu à l’été dernier. Plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires ont été révoqués, y compris des enseignants, on les accuse d’être membre d’une secte islamiste particulièrement agressive, qui veut tuer son chien l’accuse d’avoir la rage. L’économie turque en a été complètement déstabilisée, car beaucoup d’entreprises ont été confisquées, elles se trouvent aujourd’hui gérées par des administrateurs provisoires et la confiance manque.

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