Les véritables enjeux des migrations.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un livre très documenté sur la question des migrations qui vient d’être publié par Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique, les migrations et l’islamisme radical, où l’auteur nous présente une étude très pointue sur l’immigration, mais aussi sur l’expatriation des citoyens français. Cet ouvrage commence par fournir une approche statistique des migrations et les chiffres se révèlent relativement stables depuis quelques années. Pourtant, ce n’est pas ce que ressent une grande partie de la population. Alors, la naturalisation constitue-t-elle un moyen de faire baisser les chiffres ? Jean-Paul Gourévitch répond : « La naturalisation transforme les étrangers en Français, mais cela n’a aucun rapport avec l’immigration elle-même. Parmi les étrangers, certains gardent leur nationalité d’origine et certains autres deviennent Français. Il ne faut donc pas considérer la naturalisation comme un élément clé. Il faut considérer d’un côté l’origine et, de l’autre, les descendants de ces immigrés. Là, il y a quelque chose de très intéressant puisque, pour la première fois, au terme d’un long combat, nous avons obtenu les premières statistiques ethniques publiées par l’INSEE et c’est quand même assez clair : nous avons en France un peu plus de 7 millions directs d’immigrés, un peu plus de 4 millions pour ceux qui ont deux parents immigrés, et un peu plus de 3 millions pour ceux qui sont nés d’un mariage mixte, c’est-à-dire entre un immigré et un Français. Cela signifie, pour être le plus synthétique possible, que les immigrés et leurs descendants représentent entre 18 et 22 % de la population française, ce qui constitue une augmentation importante par rapport aux années précédentes. »

Le livre permet également de découvrir que 14 % des unions sont des mariages mixtes. Alors, sommes-nous proches d’un point de basculement ? L’expert ne dramatise pas cette situation, mais les éléments qu’il communique ne sont pas neutres : « Je suis toujours très réticent sur les prévisions, parce que les futurologues se sont toujours un peu trompés. Nous regardons donc les chiffres avec beaucoup de circonspection. On peut dire que le nombre de personnes d’origine étrangère augmente. Il faut tenir compte aussi de l’expatriation. En même temps qu’un certain nombre d’immigrés arrivent et font des enfants, un certain nombre de gens quittent la France pour s’expatrier… Nous sommes loin du grand remplacement de Renaud Camus, mais cela fait quand même 0,5 % de la population qui change chaque année. Ce n’est pas énorme, mais ce n’est pas non plus négligeable. »

Certains craignent un changement de population en France, avec une arrivée importante d’immigrés et un départ tout aussi important de personnes d’origine française. Une question se pose : ces expatriés reviendront-ils ? « L’INSEE travaille sur une année, alors que je travaille sur un bloc de quatre à cinq ans, mais on peut dire que chaque année la France perd définitivement entre 80 000 et 120 000 personnes. Vous avez environ 285 000 personnes qui quittent la France chaque année, 205 000 qui reviennent, donc c’est environ 80 000. L’INSEE dit 120 000, mais c’est quand même un élément grave. On peut dire que les investissements qui sont faits pour l’immigration peuvent donner des résultats le jour où les enfants d’immigrés entrent sur le marché du travail. Inversement, pour ceux qui sont partis, il n’y a pas de dividendes par rapport à ces investissements, puisqu’on leur a payé leur formation, leur santé, et leur qualité de vie et, à l’exception des transferts de fonds, il y a très peu de retours sur le plan économique. Cela sert peut-être un peu l’image de la France dans le monde, mais la rentabilité des investissements consentis est très faible. »

Malheureusement, notre pays n’est plus suffisamment attractif : « Comment faire pour dissuader un certain nombre de gens de partir et comment faire pour faire revenir ceux qui sont partis et qui se sont installés définitivement, ou pour une très longue période, à l’étranger ? Nous n’avons pas su créer, sur le plan de l’éducation, de la formation, de la création d’entreprise, ou même sur le plan fiscal, un appel d’air suffisant pour faire revenir un certain nombre de gens qui sont partis. On n’a pas su créer des projets porteurs et mobilisateurs pour inciter les gens à ne pas partir… » déplore Jean-Paul Gourévitch.

Il ajoute que « la principale motivation de ceux qui partent est économique : ce sont des gens qui vont chercher du travail ailleurs, créer leur entreprise ailleurs, ou délocaliser leur entreprise, en emmenant parfois une partie de leurs salariés. De ce côté-là, il y a des espoirs faibles que certains reviennent. Il y a la migration étudiante, qui représente 30 % des gens qui partent, et l’on peut espérer qu’un certain nombre de ces étudiants reviendront. Il y a aussi la migration des retraités. Ce sont des gens qui ont décidé d’aller s’installer ailleurs, pour des raisons de sécurité, de soleil, ou des raisons fiscales et nous avons peu de chances de les faire revenir. Ce n’est pas tellement un problème de génération, c’est un problème de motivation. Ceux qui reviendront sont ceux qui auront considéré à un moment ou à un autre de leur vie que l’appel de la patrie sera plus fort que les difficultés qu’ils pourront rencontrer. Ce n’est pas perdu, car, avec la mondialisation, le risque zéro n’existe plus et il n’y a pas de lieu qui soit véritablement préservé sur la planète. On le voit bien pour ceux qui sont partis au Maghreb, sur la petite côte sénégalaise, en Malaisie ou en Thaïlande, avec des dangers qui commencent à se préciser… »

Ensuite, Jean-Paul Gourévitch aborde l’approche géopolitique des migrations. D’abord, au niveau des pays d’origine, en analysant les itinéraires des migrants, le problème des réfugiés, la notion de migrations environnementales, l’impact de l’aide aux pays en développement sur le désir de migration, ainsi que les transferts de fonds. Puis, au niveau des pays de destination, l’auteur examine des aspects aussi variés que les quotas, le regroupement familial, le droit du sol, les migrations médicales et sociales, l’Aide Médicale d’État, les faux demandeurs d’asile et le problème des reconduites, les mineurs isolés et les prestations sociales injustifiées…

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