Entretien exclusif avec le candidat à la présidence de la République

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean Lassalle : « La France ne veut pas de révolution, elle sait qu’elle est à nos portes et elle ne veut pas d’un nouveau bain de sang. »

Jean Lassalle est député centriste des Pyrénées-Atlantiques et candidat à l’élection présidentielle. C’est aussi l’un des parlementaires les plus médiatiques de France : il a chanté en béarnais à l’Assemblée nationale pour dénoncer la disparition des services publics de proximité, il a fait une grève de la faim de 39 jours pour éviter le départ de l’usine Toyal de la vallée d’Aspe et, du 10 avril 2013 au 11 décembre 2013, il a effectué un tour de France de 5000 kilomètres à pied à la rencontre des citoyens pour écouter leurs griefs… Enfin, en 2014, il a fait un tour d’Europe qui lui a permis de rencontrer de nombreuses personnalités, dont Angela Merkel. Il dresse un constat sévère sur l’Europe : manque de démocratie, absence d’identité européenne, opacité des institutions européennes et croissance des inégalités. Son dernier livre s’intitule « Un berger à l’Élysée ».


L’Hebdo-Bourseplus : En analysant votre programme, on pourrait résumer votre approche de la manière suivante. Beaucoup de gens utilisent des phrases comme « Les riches doivent payer » ou « La finance est mon ennemi… » Mais ce sont les mêmes qui matraquent fiscalement les classes moyennes et qui abandonnent les petits entrepreneurs. Or, à travers quelques propositions concrètes, vous dénoncez la domination de la finance dans le monde, mais vous ne tombez pas dans la lutte des classes et vous ne considérez pas comme des ennemis les artisans, les commerçants et même les patrons qui réussissent et qui veulent gagner de l’argent sans être étouffés fiscalement… Est-ce votre philosophie économique ?

Jean Lassalle : Je n’ai pas un seul mot à retirer à ce que vous venez de dire. Nous nous trompons totalement depuis 25 ans. La chute du Mur de Berlin a été le point de départ de tout cela. Avant, les alternances se faisaient avec dignité et solennité, Margaret Thatcher pouvait côtoyer Helmut Schmidt et, pourtant, ils ne pensaient pas la même chose. On pouvait débattre. Avant, la gauche, le centre et la droite avaient une signification. Seulement, le dernier véritable rendez-vous, auquel les Français se sont rendus très massivement, c’était celui de François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing. En votant pour François Mitterrand et pour le programme de gauche, nos compatriotes avaient le sentiment de voter pour plus de partage, plus de social, plus d’humanité et pour le retour aux affaires de toute une partie de la France qui n’y avait pas été depuis longtemps. En votant pour Valéry Giscard d’Estaing, d’autres avaient le sentiment de s’ouvrir vers plus de liberté d’entreprendre, plus de sécurité, plus de stabilité… C’était un vrai débat. Depuis, nous avons tous fait les mêmes choix, nous avons fait de ce modèle un modèle qui se projetait sur un avenir radieux.

Malheureusement, nous n’avons pas vu ce qui allait se produire, c’est toujours dans les crises et dans les mouvements de mondialisation que cela se manifeste. C’était la même chose lorsque Vasco de Gama, qui était pourtant quelqu’un de hardi, Christophe Colomb, Magellan et les autres, ont découvert les Amériques… Les tonnes d’or qu’ils ont ramenées en Espagne, au Portugal, en France ou en Hollande ont été telles que déjà les rois, à l’époque, ont envisagé le meilleur pour leurs sujets. Mais des esprits malins, moins bien inspirés, se sont dit qu’ils n’auraient jamais autant d’argent à brasser pour organiser la lutte entre les hommes… À cette époque, le facteur temps était plus long… Regardez ce qui s’est passé entre 1780 et 1900… À cette époque, il y a un deuxième mouvement de mondialisation, puis la création des ondes courtes, des ondes longues… On voit ces trains qui partent au bout de l’Europe, ces cargos dans lesquels on charge des villes entières et surtout cet étrange liquide, de couleur indéfinissable, dont on imagine le sous-sol entièrement couvert. Les démocrates, qui ont une certaine vision de la civilisation, pensent que cela va amener des progrès considérables et il y a parmi eux - c’est le sens de votre question - des grands hommes comme Monsieur Renault, Monsieur Peugeot, Monsieur Citroën ou Monsieur Schneider…

Ils ont de l’argent et ils veulent laisser leur nom dans l’histoire. En même temps, ils veulent rendre meilleures les conditions de vie de l’homme. Mais il y a ceux qui agissent en cachette pour gagner toujours plus et ils arrivent à mettre à la tête de quelques-uns des pays les plus puissants et les plus évolués du monde des monstres qui vont amener cent millions de morts. Cette fois-ci, nous sommes de nouveau dans la même situation, notamment avec Internet, avec une capacité extraordinaire à communiquer et à échanger des montagnes d’argent, la plupart du temps fictif, à la nanoseconde. On a fait un appel massif à de l’argent qui n’a pas de maître, alors que Confucius avait dit que l’argent est le meilleur des serviteurs et le pire des maîtres. Nous sommes depuis un théâtre d’ombres, nous ne représentons plus rien. Malheureusement, nous avons été suivis en cela par la quasi-totalité des médias nationaux… Il faut leur trouver des circonstances atténuantes, puisque 70 % d’entre eux appartiennent à des intérêts privés qui voient d’abord l’intérêt privé et c’est le malheur pour le politique qui a fait tant d’efforts pour devenir député de la Nation. Nous sommes sous une dictature aujourd’hui sauf que, le problème auquel nous devons faire face, c’est que, pour la première fois, le dictateur n’a ni visage, ni frontières, ni armée.

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