La Métamorphose : réintroduire l’humain dans les écosystèmes.
LITTÉRATURE
C’est un lecteur de L’Hebdo-Bourseplus qui a souhaité que nous évoquions dans cette rubrique le livre d’Étienne Levesque : « La Métamorphose : réintroduire l’humain dans les écosystèmes ». Cette approche est effectivement intéressante et nous avons donc interrogé l’auteur sur son ouvrage de politique-fiction. En effet, il plonge ses lecteurs en 2030 et il imagine un monde où la pollution est maîtrisée, le chômage vaincu et où la société solidaire a remplacé l’État-providence. Pour cela, Étienne Levesque a conçu un système où tous les prélèvements obligatoires reposent sur la production de gaz à effet de serre et la pollution. À partir de là, on est dans une fiscalité progressive et redistributive qui irrigue de manière homogène tous les territoires de l’Union européenne. Dans sa démarche, l’auteur, qui est un ancien chef d’entreprise, a voulu faire passer un message fort : « Taxons la pollution, mais pas le travail, parce qu’actuellement l’essentiel de la fiscalité est corrélé avec le travail. »
Son idée consiste donc à faire payer des taxes chaque fois que l’on détruit l’environnement : « Si l’on produit des gaz à effet de serre ou, si par notre consommation, on participe à lâcher des produits toxiques dans la nature ou dans les biens que l’on fabrique, on paie une taxe, comme une TVA aujourd’hui. On peut aussi consommer sans polluer. Par exemple, si j’achète des légumes bio, je consomme sans polluer, surtout si j’y vais à vélo ! »
Par ailleurs, il préconise de passer de l’État-providence à la société solidaire : « C’est basé sur le volontariat à deux niveaux. Le salarié aurait le droit à deux systèmes d’indemnisation de chômage : l’un similaire à celui que l’on connaît aujourd’hui, ou il pourrait toucher en net sur sa fiche de paie 80 % de ce qu’il cotise pour la caisse de chômage et il y aurait 20 % de cet argent qui irait à une commune rurale de son choix, qui serait volontaire pour accueillir les gens qui se retrouvent au chômage. Cette commune proposerait de loger un chômeur et sa famille gratuitement pendant six mois et de l’intégrer dans un système d’échange local. Ainsi, sur la base de ces deux volontariats, nous pourrions créer un lien entre la ville et les zones rurales. Par exemple, en tant que salarié, à travers cette cotisation de 20 %, je vais évidemment m’inquiéter de ce qui se passe dans ce village ou dans cette zone rurale, ne serait-ce que pour vérifier que les gens sont accueillis correctement quand ils se retrouvent dans le besoin. On pourrait même imaginer que ces gens se regroupent en associations. De cette manière, il y aurait des liens entre ceux qui sont encore salariés en ville et le village rural. Cela pourrait servir de source de financement pour une PME qui démarrerait et, à l’inverse, on pourrait distribuer des produits du village dans la ville. L’idée générale est qu’entre un pôle urbain industriel et un pôle rural et plutôt agro-écologique, on chercherait à faire circuler tous les flux possibles - humains, financiers et techniques - de manière à alimenter cela dans les deux sens, alors qu’aujourd’hui on a plutôt des campagnes qui se vident au profit des villes ou des campagnes occupées par des gens qui ne sont là que pour leurs loisirs et qui ne s’investissent pas localement. Ce système ferait de la ruralité le lieu privilégié de la solidarité et de la ville le lieu privilégié de l’efficacité. »
Ainsi, dans le contexte de cette « métamorphose » et de ces nouveaux échanges, l’argent servirait à ce pourquoi il a été fait, c’est-à-dire une monnaie d’échange : « En revalorisant l’échange par l’intermédiaire des systèmes d’échanges locaux, on permet à des gens qui ont été marginalisés et exclus de la société de retrouver une place. Tout le monde a des compétences. Récemment, je me suis retrouvé président d’une association, « Les amis de la solidarité et de l’insertion», qui fonctionne sur des bases assez identiques et cela me fait dire que les idées que je développe ne sont pas du tout utopiques. Les gens qui sont dans le besoin, lorsque vous les avez assurés qu’ils auront à manger pour 10 % de ce qu’ils paieraient dans les grandes surfaces et qu’ils pourront nourrir leur famille sans trop de difficultés, si vous leur expliquez qu’ils doivent participer en contrepartie au fonctionnement de l’association, ils le font évidemment. »
Cet ouvrage est pour Étienne Levesque le fruit de plusieurs années de réflexion.: « J’ai été chef d’entreprise pendant vingt ans. J’aurais voulu faire évoluer mon entreprise de manière à polluer moins ou à dégager moins de CO2, mais les efforts que j’ai pu faire n’étaient pas du tout à la mesure de ce que j’aurais voulu. J’ai été pris à la gorge sur le plan de la trésorerie. Comme dans de nombreuses PME, il y a eu des évolutions en termes de bien-être des salariés, on aurait voulu aller beaucoup plus loin, mais on n’a pas pu le faire parce que la pression du quotidien est trop grande. Finalement, si les chefs d’entreprise n’ont pas des contraintes financières majeures pour réorienter notre monde dans une direction écologiquement satisfaisante, ce mouvement va être le fait d’une minorité de militants et ce n’est pas suffisant. Il faut toucher les gens au porte-monnaie ! Si l’on prend l’exemple des énergies renouvelables, l’évolution du coût des énergies renouvelables est liée à ce que l’on appelle la courbe d’expérience. Plus on fabrique un produit en grand nombre, moins ce produit coûte cher et, chaque fois que l’on double la quantité produite, on diminue le coût de revient de 20 %. C’est une loi quasi automatique en production industrielle. Cela veut dire que les panneaux solaires, les éoliennes ou les hydroliennes vont avoir un coût qui va baisser sur le long terme. À l’inverse, tout ce qui est énergie non renouvelable a un coût qui va évoluer en fonction de l’accès à la matière première. Donc, on a d’un côté des énergies qui ont tendanciellement un coût à la baisse et, de l’autre, des énergies qui ont tendanciellement un coût à la hausse. Mais si l’on ne fait rien, cela va demander longtemps avant que les courbes ne se croisent. Je préconise ainsi que, par la fiscalité, les courbes se croisent tout de suite. »
Cet essai de politique-fiction est très bien argumenté et le livre constitue « l’anti-Brexit » par excellence, car il montre le chemin d’une révolution fiscale à l’échelon européen : une très forte baisse de la consommation des énergies non renouvelables, ce qui entraîne une simulation et un fort développement de la recherche et, dans le même temps, une économie centrée sur les régions, surtout les zones rurales, avec de nouveaux rapports entre les villes et les campagnes. C’est ce que l’auteur appelle une société plus solidaire, un terme largement utilisé par les démagogues. Or, Étienne Levesque propose une vision réfléchie pour réintroduire l’être humain dans les écosystèmes.
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