L’entreprise bretonne de biotechnologie marine, spécialisée dans le développement de transporteurs d’oxygène innovants, lève 8 millions d’euros
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Franck Zal, PDG d’Hemarina : « Nous avons trouvé l’ancêtre de nos globules rouges chez ce ver marin. »
Hemarina vient de boucler une nouvelle augmentation de capital de 8 millions d’euros, portant ainsi de 15 à 23 millions d’euros le montant des fonds levés depuis sa création, intervenue en 2007. Hemarina est une société de biotechnologie marine basée à Morlaix, dans le Finistère, avec une filiale à Boston, aux États-Unis, et un site d’aquaculture sur l’ile de Noirmoutier. L’entreprise développe des transporteurs d’oxygène universels d’origine marine pour des besoins médicaux non satisfaits dans le domaine de la santé humaine. Hemarina a identifié trois applications prioritaires : substitution des globules rouges pour le transport de l’oxygène, oxygénation des organes en attente de transplantation (un essai clinique prometteur dans le domaine de la greffe rénale est en voie d’achèvement) et pansement oxygénant pour les plaies à cicatrisation difficile. À l’origine, tout vient d’un ver marin, explique le docteur Franck Zal, celui que l’on peut observer à marée basse sur les plages bretonnes et dont le nom latin est Arenicola marina. Il y a quinze ans, Franck Zal, alors chercheur au CNRS, étudie leur respiration entre deux marées. Il découvre que l’animal présente des caractéristiques « proches de l’hémoglobine humaine, et notamment, le fait d’être un transporteur d’oxygène universel. » Dix ans plus tard, les vers marins d’Hemarina sont fécondés in vitro sur l’île de Noirmoutier et grandissent dans des piscines de 2000 mètres carrés. La ferme marine produit plus de 200 tonnes de vers à l’année. Franck Zal, fondateur et PDG d’Hemarina, revient sur son aventure.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment avez-vous eu l’idée de travailler sur ce ver marin que l’on observe sur les plages bretonnes ?
Franck Zal : C’est vraiment le hasard. J’ai commencé comme scientifique dans la recherche fondamentale et je me suis demandé comment le ver marin était capable de respirer entre la marée haute et la marée basse. C’est purement une question de recherche fondamentale. Il faut savoir que ce ver a 450 millions d’années, alors que l’homme a 3 millions d’années : donc, cela fait 450 millions d’années que ce ver subit la marée haute et la marée basse. La plage, c’est un environnement que l’on appelle extrême, parce qu’il y a la marée haute et la marée basse, l’eau douce quand il pleut, cela arrive en Bretagne, et aussi ce mélange de froid et de chaud. Donc, les organismes qui sont sur la plage ont développé des adaptations extrêmement intéressantes pour les scientifiques.
C’est comme si vous aviez une loupe pour déterminer une adaptation. Dans ma recherche, je me suis focalisé sur le transporteur d’oxygène de ce ver. Chez nous, c’est l’hémoglobine contenue dans les globules rouges et, chez ce ver marin, j’ai trouvé une hémoglobine qui est extracellulaire. Cela veut dire que la protéine est une hémoglobine dissoute dans le compartiment circulatoire de ces vers sans globules rouges. Cela a un premier impact. Nous avons tous un typage sanguin, qui est lié à des sucres qui sont à la surface de nos globules rouges, et je me suis aperçu que cette molécule n’avait pas de globules rouges. En revanche, tout ce qui composait la molécule, les chaînes de globines, correspondait exactement à la chaîne de globine humaine, donc nous avons trouvé l’ancêtre de nos globules rouges chez ce ver marin. Quand j’ai commencé à discuter avec des médecins sur nos recherches, ils ont voulu comprendre ce que nous avions trouvé. C’était il y a une quinzaine d’années dans l’amphithéâtre d’un hôpital parisien et j’avais au départ le sentiment d’être le petit Breton qui venait parler de ses vers sur la plage…
Au fur et à mesure de mon exposé, ils ont tous été passionnés par mes propos et ils m’ont dit : « Ce n’est pas possible, vous n’avez pas fait une découverte pareille, c’est ce que l’on recherche depuis quarante ans pour créer un substitut sanguin universel ! » Vous savez, il y a un énorme mur de Berlin entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale et, quand on commence à dire que l’on va valoriser les travaux de recherche fondamentale, il est généralement très difficile de passer le mur... J’ai toujours gardé cela à l’esprit et j’ai développé cela quelques années plus tard en faisant des tests dans des conditions réelles sur des animaux de laboratoire.
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