Après la tentative Kraft Heinz sur Unilever, les géants mondiaux de l’alimentaire sont sous pression.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3  mars 2017 (numéro 882) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Détenu de façon presque majoritaire par les deux vieux comparses que sont Warren Buffett et Jorge Paulo Lemann, multimilliardaires américain et brésilien, le groupe Kraft Heinz s’est redressé de façon vigoureuse, devenant un as de la rentabilité. Warren Buffett est âgé de 86 ans, Jorge Paulo Lemann de 77 ans… c’est la troisième fois en quatre ans que ces satrapes du business se lancent dans une grosse opération. On se souvient qu’ils avaient décidé, ensemble, de faire du groupe AB InBev le numéro un mondial de la bière, à travers une fusion géante qui avait défrayé la chronique l’an dernier. Le fonds 3G, personne ne le connaît, pourtant, le financier brésilien Jorge Lemann est un géant dans son genre. Cela fait quatre ans qu’ils se sont mis, de concert à la « chasse aux éléphants ». En 2013, les deux compères se sont offert les ketchups Heinz pour presque 25 milliards de dollars, et ensuite ils ont lancé une grosse restructuration… désormais, la capitalisation boursière de l’ensemble Kraft Heinz est supérieure à 110 milliards de dollars. Le fonds 3G, de Jorge Paulo Lemann, s’est spécialisé dans les raids sur les entreprises qu’il juge mal gérées, « en surpoids ». Sa doctrine, c’est le « budget base zéro », qui consiste à contraindre des entreprises à justifier leurs dépenses chaque année, sans tenir compte d’aucune manière de l’exerciceprécédent. Toutes les dépenses courantes sont donc passées à la paille de fer, on supprime les postes qui peuvent l’être, on ferme les usines qui ne sont plus productives. 


Kraft Heinz est devenu une machine à profits.

Chez Kraft Heinz, depuis le mariage de 2015, il y a eu déjà 1,5 milliard de dollars d’économies annuelles, sur un chiffre d’affaires de 25,1 milliards au 31 décembre 2016, la marge a été plus que doublée ! Warren Buffett affiche son caractère placide… mais aime bien s’appuyer sur ce qui est considéré comme un « voyou de la finance » qui, par ses méthodes brutales, peut faire passer le duo âgé comme le « bon flic, mauvais flic ». 3G n’est pas une entreprise de haute spéculation à court terme. C’est un fonds d’investissement de long terme, et ne fait pas de coups, sauf rares exceptions. 3G ne revend pas, ou presque, et le groupe utilise les entreprises qu’il a redressées comme une plate-forme pour se développer, comme une base de départ pour un géant encore plus gros, permettant une valorisation beaucoup plus forte. C’est bien sûr ce qui a poussé AB InBev à lancer la fameuse offre sur le brasseur SabMiller, l’an dernier. Comme les deux entrepreneurs travaillent avec de l’argent qu’ils ont et non pas de l’argent emprunté, ils n’ont pas la pression du grand bankstérisme sur les épaules. Ils paient en titres, ils paient en faisant des augmentations de capital parfois, mais ils ont aussi du cash dans la poche.

Toutes les cibles doivent s’inquiéter. En effet, après une période de résistance, les capitulations ont été enregistrées partout. Sur le papier, la complémentarité entre le groupe Kraft Heinz et le groupe Unilever est évidente. Le groupe Kraft Heinz est essentiellement présent aux Etats-Unis (plus de 70 % du chiffre d’affaires), et l’Europe ne représente que 9 % de son activité, le reste du monde 12 %, le Canada plus les Etats-Unis presque 80 %. Chez Unilever, il s’agit d’une entreprise mondiale, très diversifiée, qui est sortie depuis très longtemps de ses racines européennes. Le chiffre d’affaires de l’an dernier était de 52,7 milliards d’euros, l’Europe ne représentait qu’un quart, l’Amérique à peine un tiers, le reste étant bien dispersé dans tous les autres pays du monde, notamment en Asie, en Russie, en Turquie… et même dans la si complexe économie indienne. Kraft Heinz fait 100 % de son chiffre d’affaires dans l’alimentation (essentiellement les sauces, les mayonnaises, le ketchup…), alors qu’Unilever est un poids léger dans ce secteur particulier, notamment à travers les glaces Miko.


Unilever est beaucoup plus diversifié.

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