Vers la chute de l’Empire Occidental.
LITTÉRATURE
Olivier Piacentini, diplômé de Sciences-Po Paris et consultant en entreprise, revient sur les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés et il en arrive à la conclusion que nous vivons une période similaire à celle qui avait conduit à la décadence de l’Empire romain. L’auteur peut-il être rangé dans la catégorie des déclinistes ? « Je refuse ce terme de décliniste, car on aurait l’impression que nous sommes pour le déclin, alors que nous ne faisons que le constater ! En réalité, je me suis rendu compte qu’il y avait un parallèle entre les questions économiques et les questions géopolitiques, avec un faisceau d’événements qui concourent à un réel déclin de l’Occident. Il y a aussi des parallèles avec la décadence de l’Empire romain qui nous laissent penser que nous sommes dans une phase très délicate de notre histoire. »
L’ouvrage commence avec une dénonciation de la barbarie islamiste, signe de notre faiblesse. Toutefois, il convient de faire remonter les causes de cet effondrement un peu plus tôt : « Le déclin a commencé avec la chute du Mur de Berlin et l’orientation mondialiste qui a été prise en termes d’économie. On a assisté à un relâchement de la pression des pays occidentaux sur le tiers-monde, sur le plan du renseignement notamment, et, dès le début des années 90, ce déclin a commencé. Mais, c’est véritablement le 11 septembre 2001 que nous nous sommes rendu compte que ce déclin pouvait avoir des conséquences catastrophiques et que nous entrions dans une phase, non pas d’apaisement comme on l’a cru après la chute du Mur, mais plutôt de conflit comme on ne l’a jamais connu… »
Ainsi, la destruction du Mur de Berlin a eu pour effet de rebattre les cartes : « Nous étions auparavant dans une civilisation occidentale qui était confrontée à une civilisation concurrente, en tout cas un modèle concurrent, le marxisme-léninisme. Nous sommes un modèle de capitalisme industriel à la base, et de démocratie libérale, alors que le bloc soviétique reposait sur le marxisme-léninisme avec la collectivisation des moyens de production et un système de centralisme démocratique, qui n’avait de démocratique que le nom. Le monde s’est partagé entre ces deux blocs. » Or, « au moment de l’écroulement du mur de Berlin, on nous a dit qu’il était nécessaire de diffuser partout le modèle occidental et qu’il fallait que la prospérité occidentale se répartisse sur l’ensemble de la planète. Les industries lourdes et les activités à faible valeur ajoutée ont été délocalisées en Asie ou en Amérique latine et l’Occident a conservé les activités à forte valeur ajoutée. Sur cette base, il y a eu de très nombreuses délocalisations d’industries, sauf qu’à aucun moment les activités que nous avons voulu promouvoir n’ont pu prendre le relais et compenser la perte qu’il y avait de l’autre côté. Finalement, l’Occident a beaucoup perdu dans cette aventure. » Après ces références à la chute du Mur de Berlin et à la tragédie du 11 septembre, on peut se demander quelle funeste orientation l’auteur envisage pour notre destinée...
Pour Olivier Piacentini, il y a un point commun à tout cela : nous avons perdu tout concept de nation, pas simplement en termes de frontières, mais aussi en termes de ressenti individuel, c’est-à-dire ce que l’on pourrait qualifier de patriotisme. Il rappelle cette formule qui énonce que ce qui est bon pour General Motors est bon pour les États-Unis : « Cela veut dire que les grandes entreprises, comme Peugeot en France, sont des entreprises qui ont des racines sur le territoire et qui font travailler en priorité les travailleurs du pays. L’activité de ces entreprises profitait directement au pays. Avec le système qui a été mis en place au moment de la mondialisation, tout ceci s’est complètement déstructuré et il n’y a plus de nationalisme économique de la part des grands groupes à qui on a sous-traité la gestion de la richesse. Leurs intérêts sont ailleurs, puisqu’ils nous ont lâchés ! J’évoque le dépeçage des économies occidentales qui a été organisé par les élites et j’évoque également la trahison des élites. Les grands patrons de multinationales et les grands banquiers ont vraiment tourné le dos au patriotisme économique. »
En outre, cette trahison des élites a affecté tous les secteurs : « Nos industries ont quitté nos contrées, nous ne sommes plus exportateurs de produits industriels, mais importateurs, donc nous avons un déficit en devises et, tous les ans, il y a des devises en grosses quantités qui quittent les pays occidentaux pour payer toutes les importations. Avec cet argent, ces pays réinvestissent dans nos multinationales, en prenant une part du capital des sociétés, où ils refinancent notre dette. Comment voulez-vous que nous nous opposions au Qatar et à l’Arabie Saoudite - dont on sait très bien qu’ils financent en sous-main des mouvements terroristes - dans la mesure où nous sommes dépendants d’eux sur nos approvisionnements pétroliers, mais aussi sur le refinancement de notre dette ? Avec la mondialisation, nous sommes tombés dans un piège ! »
Mais nous sommes aussi confrontés à un défi d’une autre nature : au même moment, l’Occident bascule dans la civilisation des loisirs, avec un temps de travail moins important… Ainsi, « on a compartimenté le monde, la production n’est plus en Occident, mais dans les pays émergents, alors que nous continuons d’être créatifs, nous avons aussi les activités financières, mais notre rôle principal c’est finalement de consommer... Nous sommes le principal débouché de ces produits manufacturés produits ailleurs. Pour que cette consommation se maintienne, nous faisons la promotion des aides sociales, du maintien du niveau de vie et du déficit budgétaire, et c’est ainsi que nous sommes entrés dans un cercle vicieux. »
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