Les enjeux juridiques de la robotisation et de l’intelligence artificielle

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Arnaud Touati : « Les sociétés sont-elles prêtes à avoir des entités non humaines qui seront en mesure de bénéficier d’une forme de conscience artificielle ? »

Arnaud Touati est avocat au Barreau de Paris et associé fondateur du cabinet ALTO Avocats. C’est l’un des spécialistes en France des aspects liés à la robotisation et à l’intelligence artificielle. Il travaille depuis longtemps sur des questions qui se poseront demain dans les tribunaux : Qui est responsable en cas de propos diffamatoires, racistes ou xénophobes tenus par une intelligence artificielle ? L’homme à l’origine de l’algorithme ? L’utilisateur qui a appris au robot ? Le robot lui-même ? Faut-il interdire au robot l’usage de certains mots ? Quid des mots acceptés par une culture et pas par une autre... L’avocat spécialisé dans les nouvelles technologies répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Votre cabinet est membre de l’incubateur du Barreau de Paris. Cette jonction entre incubateur et Barreau de Paris est surprenante. Qu’est-ce que cela signifie ?

Arnaud Touati : L’incubateur du Barreau de Paris est une institution qui a été créée il n’y a pas très longtemps et qui a pour objectif de permettre à cette profession, qui est une vieille profession, de se moderniser et de réfléchir sur la manière dont elle est susceptible d’évoluer. On se rend compte que le rôle de l’incubateur est d’autant plus important maintenant, puisque les avocats sont confrontés à la concurrence de ce que l’on appelle les «legaltech», c’est-à-dire ces sociétés privées qui ont tendance à faire du droit low cost en ligne. Cela oblige, ce qui n’est pas forcément négatif, la profession à se moderniser. L’incubateur est très utile parce qu’il a vocation à faire de la prospective sur la manière dont le droit et le métier d’avocat sont susceptibles d’évoluer, tout en maintenant les garanties qui sont celles de la profession d’avocat, notamment la déontologie.


Pourtant, chaque cas est particulier, même dans une procédure de divorce…

Cela dépend du type de droit. Il y a effectivement des domaines du droit qui font qu’il y a un intuitu personæ fort, une relation extrêmement forte entre l’avocat et son client, qui rend extrêmement difficile de considérer que l’on puisse ubériser, donc désintermédier, le rapport entre l’avocat et son client. Pour autant, il y a d’autres domaines pour lesquels il est plus facile d’imaginer que le rôle de l’avocat n’est plus central et que le prix est plus important. Donc, ces personnes estiment qu’il est plus facile de passer par ces «legaltech». Je pense que nous sommes dans une société où tout le monde a accès à l’information. En revanche, ce qui fait la valeur ajoutée, ce n’est plus l’information, mais la sélection de l’information. C’est là que l’avocat a un rôle déterminant à jouer. Ces «legaltech» vous permettent d’avoir des prestations à des prix extrêmement réduits mais, en même temps, vous n’avez pas le cœur de ce qui fait l’activité d’avocat, c’est-à-dire la prestation de conseil, la capacité à choisir une forme sociale plutôt qu’une autre, à faire un choix de société plutôt qu’un autre, etc.

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