Interpréter nos maladies et en comprendre les causes intérieures
LITTÉRATURE
Le docteur Pierre-Jean Thomas-Lamotte est l’auteur de deux ouvrages passionnants sur les causes et l’interprétation des maladies. À l’origine de ce travail, il y a d’abord une interrogation : « Pourquoi, après avoir vu en un jour 20 personnes terrassées par la grippe, soit 100 en une semaine, un généraliste non vacciné ne l’attrape-t-il pas ? Pourquoi cette personne qui n’a jamais fumé a-t-elle un cancer des poumons, alors que ce fumeur invétéré qui grille sa cigarette depuis 50 ans n’a rien ? Pourquoi les femmes séparées ou divorcées sont-elles la majorité des cancers du sein ? Pourquoi tous les hommes ne font-ils pas un cancer de la prostate ? »
Il en est arrivé à la conclusion que la maladie n’est pas toujours l’effet d’une cause extérieure, mais bien celui d’une cause intérieure. En effet, il y a une idée ancrée dans notre inconscient collectif selon laquelle une maladie survient souvent après un problème psychologique : donc, finalement, la tête contrôlerait le corps. C’est dans notre inconscient, mais la science ne s’était jamais vraiment penchée sur ce sujet. Pourquoi cette étude ? Pierre-Jean Thomas-Lamotte souligne : « J’ai été médecin hospitalier, chef d’un service de neurologie et, un jour, dans un lieu de prière, j’ai vu une personne paraplégique se remettre à marcher du jour au lendemain. On ne m’avait évidemment pas appris cela à l’École de Médecine… Cela m’a tellement interpellé que j’ai donné ma démission pour aller écouter les gens et savoir comment on pouvait retrouver la santé, dans un certain climat bien sûr, mais manifestement il ne pouvait y avoir comme explication que le psychisme. »
Pourtant, la médecine rejette toutes ces questions : « D’abord, ce n’est pas rentable sur le plan financier... Quand vous écoutez quelqu’un pendant deux heures, vous n’avez pas les tarifs qui correspondent. Il y a aussi le lien avec l’industrie pharmaceutique qui n’est plus le même. Là, on va chercher à guérir les gens simplement en leur faisant raconter ce qui les a traumatisés et on observe que le symptôme apparaît lorsque le souvenir se réveille. Ce n’est pas au premier choc que les symptômes vont apparaître, mais lorsque ce mauvais souvenir va revenir dans l’inconscient, en raison d’une certaine culpabilité, ou d’une dévalorisation. C’est quelque chose que l’on n’a jamais dit à quiconque et il faut donc rechercher ce que la personne a ressenti comme mauvaise conscience. »
D’ailleurs, lorsque quelqu’un passe un moment difficile, son entourage lui dit «Arrête de te rendre malade ». L’auteur estime que «le langage populaire est très juste, mais les médecins ne s’occupent pas beaucoup du langage populaire. Ils ont leurs théories sur les mécanismes des maladies, ils essaient d’appliquer, non pas un soulagement de la conscience des personnes, mais ils luttent contre le symptôme qui n’est qu’un symbole pour nous déculpabiliser. Ray Charles voit son petit frère se noyer à trois ans et demi, il devient progressivement aveugle et, à l’âge de sept ans, il est complètement aveugle : une fois aveugle, il ne peut plus voir son petit frère se noyer et il ne peut pas se sentir coupable de ne pas l’avoir aidé. »On pourrait renverser la preuve en prenant le postulat inverse, avec ces gens qui ont des intenses moments de bonheur, qui sont heureux et ne tombent pas malades... Les assureurs ont mené une étude scientifique pour calculer les primes des viagers et ils ont constaté que l’espérance de vie des vendeurs progressait après la conclusion du viager : « Absolument, parce que la personne a été libérée d’un souci… Il faut voir aussi le symbole qu’il y a derrière. Quand vous touchez l’argent, c’est la reconnaissance de votre identité qui se retrouve valorisée. Une personne qui n’a pas été acceptée par ses parents ou qui a eu des difficultés au travail, tout cela s’efface. L’argent est un symbole d’identité » ajoute le docteur Thomas-Lamotte.
Dans son livre, il raconte des exemples incroyables, comme une personne qui a un cancer après une faillite ou un licenciement. Un enseignant redoutant d’être muté reçoit la confirmation de sa mutation et une hémorragie cérébrale se déclenche… En fouillant un peu, on s’aperçoit qu’il y a toujours une cause psychologique : « Ce n’est pas au moment où le stress survient que l’on va reconnaître le symptôme. Les règles sont variables, suivant les circonstances, mais le symptôme peut n’apparaître que six mois après un épisode imprévu, donc la personne ne fait pas le lien avec ce qui s’est passé auparavant, puisque l’imprévu est déjà passé dans sa tête au moment où les symptômes apparaissent. Quelqu’un peut aussi déclencher une maladie simplement au moment où il tourne une page. C’est le problème de toutes les maladies infectieuses : c’est au moment où vous allez mieux que vous faites votre épisode infectieux. C’est aussi le cas pour certains cancers. Il y a des cancers relationnels, en relation avec la tête, le cerveau, les bronches, le larynx ou les voies urinaires… C’est au moment où la personne a une situation qui la satisfait qu’elle déclenche ce cancer ! C’est comme si quelqu’un qui a connu la misère toute sa vie voulait faire des provisions quand il a retrouvé une situation à peu près normale. Effectivement, on voit apparaître ces cancers à ce moment-là, ce qui est purement scandaleux pour l’esprit humain. C’est quand celui avec qui j’ai eu une violente dispute meurt, que se déclenche un cancer des bronches… Pour cela, il faut faire une analyse précise avec la personne et on retrouve des circonstances qui n’ont rien à voir avec ce que les scientifiques nous décrivent comme des facteurs de risques. Une cause de maladie n’a rien à voir avec les facteurs de risques. »
Ainsi, dans le cas d’un attentat ou d’une catastrophe aérienne, les autorités mettent des psychologues à la disposition des survivants et de ceux qui ont perdu un être cher, pour les aider à ne pas se rendre malades eux-mêmes… Quant à la littérature, elle nous conte depuis l’aube des temps des histoires d’amour dans lesquelles l’être délaissé meurt de chagrin. Si l’on peut empêcher une victime de « s’en rendre malade », on devrait pouvoir l’éviter à un père de famille de 45 ans après qu’il a reçu sa lettre de licenciement. Lui aussi aurait besoin d’un psychologue pour « digérer» son drame. Il aborde évidemment la question du cancer et c’est sur ce point qu’il est le plus politiquement incorrect en ne mettant pas tout sur le dos du tabac : « Bien sûr, le tabac, ou n’importe quel facteur de risques, si c’est la cause, les faits doivent se produire dans 100 % des cas... Donc, vous fumez avec votre nourrisson et il doit faire son cancer des bronches, ce qui n’est bien sûr pas du tout le cas. Le tabac, c’est quelque chose qui donne symboliquement une certaine autonomie, qui nous fait prendre un certain espace, et c’est dans la lutte pour avoir son espace que se jouent les problèmes de cancer. Le fumeur a du mal à se faire son territoire et ce n’est qu’un trait de caractère psychologique. Quand on dit que le soleil donne des cancers de la peau, c’est complètement absurde, puisque des enfants naissent avec des mélanomes alors qu’il n’y a pas eu de soleil dans le ventre de la maman. Le soleil est symbolique du père et, chaque fois qu’il y a eu un manque aigu de père, du point de vue psycho-affectif dans l’histoire de la personne, on va avoir un mélanome qui n’a rien à voir avec le soleil, si ce n’est avec sa valeur symbolique, puisque le soleil c’est le père qui dans le ciel. »
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