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Le maire rural a nettoyé son village des dealers
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Denis Szalkowski, maire de Saint-Eloi-de-Fourques (Eure) : « Je me suis retrouvé à devoir chasser seul 25 jeunes adultes du terrain… »
Pendant plusieurs années, les 499 habitants de la commune de Saint-Eloi-de-Fourques, dans l’Eure, ont été confrontés à la présence de trafiquants de drogue le soir dans certains espaces publics du village. Les habitants n’ont pas osé se plaindre et c’est le maire de la commune, Denis Szalkowski, qui a mis le coup de pied dans la fourmilière en chassant lui-même les dealers du village. Pour cela, il a notamment dû détruire un ancien abri d’autobus, qui servait de lieu de rendez-vous, et il a également organisé des patrouilles avec la gendarmerie. Aujourd’hui, la commune a retrouvé sa sérénité. Denis Szalkowski répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment votre village a-t-il été confronté à ce phénomène de délinquance ?
Denis Szalkowski : Nous n’avons pas été confrontés à de la petite délinquance, mais uniquement à du trafic de drogue. Pour consommer, il faut acheter, et ceux qui vendent du cannabis doivent évidemment le vendre au plus près des gens. Mais les consommateurs deviennent parfois eux-mêmes des trafiquants… Il y a eu des trafiquants qui sont venus d’ailleurs mais, pour l’essentiel, on a assisté à la constitution d’un trafic à l’échelon local. Le problème, c’est une génération qui s’est mise à vieillir et qui s’est mise à consommer. En 2008, nous avions pris un arrêté municipal, lorsque mon prédécesseur était maire, et nous avions interdit la fréquentation du terrain multisports par les jeunes de plus de 16 ans. Or, cet arrêté n’a jamais été mis en œuvre et, lorsque j’ai été élu à la mairie, il était déjà trop tard. Les jeunes venaient de partout et l’espace public devenait une sorte de propriété qu’ils étaient en train de privatiser...
Vous avez été élu en 2014 et vous avez pu constater que la population avait peur et n’osait pas dénoncer ce qui se passait…
C’est très net. Ce n’étaient pas des gros problèmes au départ, mais la population a préféré se taire. A priori, par peur, les gens ne se sont pas confrontés au réel et ils ne sont même pas allés voir les jeunes pour leur dire qu’ils faisaient du bruit. Par exemple, à la mairie, personne n’était venu se plaindre du trafic. L’employé communal était au courant de ces trafics, mais il n’a rien dit, par crainte de se faire casser sa voiture... Donc, c’est vraiment une faillite commune, puisque tout aurait pu être arrêté dès le départ ! Je me suis retrouvé à devoir chasser seul 25 jeunes adultes du terrain… J’ai été menacé de mort une fois, mon épouse aussi. Mais j’observe que l’on a laissé s’enkyster un phénomène de privatisation de l’espace public. On a démonté un abribus, on a dû passer beaucoup de temps pour chasser ces personnes, on a demandé aux gendarmes de patrouiller là où il y avait des regroupements nocturnes. Les choses ont été faites, mais on a pris conscience du phénomène un peu tard.
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